‹ La diplomatie VénitienneChapitre 110 sur 246 · RELATION SUR LÀ COUR DE FRANCE EN L · texte numérisé non relu

RELATION SUR LÀ COUR DE FRANCE EN L

plus avancée! Au siècle suivant, les ambassadeurs de Venise les prononçaient dans un langage qui, sans être d'un toscan bien pur, appartenait cependant exclusivement à la langue italienne; d'après celle-ci, au contraire, on se sent beaucoup plus près du dialecte, de la tournure et du parler vénitiens. Il y a même à faire cette observation , que si l'orateur vient à quitter accidentellement la forme du langage natal , c'est pour s'élever à celle du langage aristocratique qu'on employait au moyen âge, c'està-dire le latin vulgaire (fort vulgaire en effet), et c'est une des marques caractéristiques du temps. Ainsi, dans cette relazione de 1492, l'ambassadeur a recours fréquemment à des locutions latines, les employant de préférence pour le besoin des transitions , non moins que pour les cas du discours où il veut particulièrement frapper l'attention des sages sénateurs auxquels il s'adresse. Les preuves en sont bien fréquentes : Hinc est etiam... et cum illa forma verboruni quam vrehiiit mihi natura... et sitniliter... et denmm... et m conventu omniimi..., etc. Parvenez à un demi-siècle plus tard, à l'année 1529, vous reconnaîtrez dans la relazione du congrès de Bologne, prononcée par Laurent Contarini , combien l'art oratoire de la diplomatie vénitienne, si vous le comparez à celui de 1492, aura fait de progrès surprenants et sera à la hauteur des grands événements qui agiteront le monde à cette époque : nous aurons des traits de chaude et vivante éloquence, des aperçus d'une politique consommée , et si nous nous portons encore un peu plus loin, seulement en 1545, date de la belle relazione de Marin Cavalli, au retour de sa longue résidence auprès de François T"", nous aurons un exemple de beau style, une entente parfaite de la portée des mots , une science bien acquise de composer et dire

des portraits qui seront tels, que par le brillant des paroles

et l'habileté des périodes ils pourront rivaliser avec le bonheur du coloris et le savoir-faire du pinceau des grands maîtres de la peinture , en cette même Venise où primaient déjà ces illustres héros qui furent Titien et Véronèse.

Il semble en effet qu'alors la grandeur des événements survenus, la puissante et large ouverture donnée au champ de la politique par les vastes ambitions des souverains, aient donné une impulsion considérable aux idées d'abord et ensuite au mode de les exprimer, à la diction , à la civilisation du langage, à l'élégance de la forme. Relativement à cette fin du quinzième siècle, c'est-à-dire aux temps précédant immédiatement la descente en Italie de Charles VIII, le temps de François I" (bien proche cependant de celui de Charles) sera le siècle d'Auguste. Ici, au contraire, et quand je dis ici, je parle du moment même de cette relazione de 1492, nous sommes encore un peu, en tant que langage , forme et diction , chez les bons aïeux qui s'étonnent de bien peu et de tout, étant loin encore d'avoir tant ou trop vu.

Ne nous plaignons pas d'ailleurs, car en cela sont l'originalité, le charme, l'attrait de ces vieux devanciers des grandes étiquettes des cours. La vérité, souvent la vérité naïve, ressort de toutes leurs phrases; aussi faut-il tenir en belle estime, pour l'intérêt de notre histoire, leur relazione, vieux débris précieux d'un temps sur lequel nous ne sommes pas aussi riches de notions que nous pourrions le désirer.

Les deux derniers mois de l'année 1491 virent de grands avantages pour la France. Charles VIII, en prenant Anne pour épouse, mettait le fameux duché de Bretagne dans la corbeille de ses noces royales. Ce double coup de fortune, qui couronnait par une victoire si précieuse l'œuvre d'une guerre déjà trop longue, était de

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