‹ La diplomatie VénitienneChapitre 112 sur 246 · ENTRÉE DES AMBASSADEURS A PARIS · texte numérisé non relu

ENTRÉE DES AMBASSADEURS A PARIS

lité, l'ambassadeur pouvait justement connaître de l'estime qu'on faisait de lui et de son pays. Les Vénitiens furent eu tout temps d'une jalousie très-prononcée pour les honneurs de l'entrée : aussi ne faut-il pas s'étonner du plaisir qu'ils éprouvent à détailler le plus au lon^ possible cet événement d'étiquette, dont ils font généralement le sujet de leurs premières dépêches. En 1492, ce sentiment et ce besoin n'étaient pas encore à l'apogée des exigences qui se firent jour plus tard, mais la satisfaction que procura cet épisode du cérémonial n'en est pas moins sensible dans l'esprit et les dires des magnifiques envoyés. Si on se reporte à la curiosité des costumes , à l'aspect du vieux Paris, le récit prend les formes et la couleur d'un curieux épisode des anciens jours, où quelque événement d'exceptionnelle nature captivait au dehors l'attention des honnêtes bourgeois de la grande ville et donnait lieu aux maîtres imprimeurs du temps de faire sortir de leurs presses quelques-unes de ces petites feuilles volantes, si prisées de nos jours, sous le titre de plaquettes et avec des titres conformes , sur la première page desquelles , pour ce fait, on aurait lu : « S'ensuyt Venti-ée de lyiessires les magni- Jicques ambassadeurs de V Estât des Vénitiens. " A défaut de tel imprimé pour cette occasion, nous n'en pouvons pas moins dire, d'après les ambassadeurs eux-mêmes, ce que fut cette entrée :

« Le 26 du mois, selon l'avis que nous reçûmes, vers dixhuit heures, nous montâmes à cheval, nous et toute notre compagnie, tous revêtus de nos plus magnifiques habits; et ayant mis en avant tout notre équipage, les nôtres se rangèreftt deux à deux, et, sur ma foi. Prince Sérénissime \ 11 faisait fort beau de les voir. Bien que par des dépêches diverses nous ayons expressément instruit V^otre Sublimité du fait de notre entrée et

* Le Do{;e présidait le Sénat : c'est à lui que sont adressés ces ternies honorifiques : Prince Séréni.isime , Votre Sublimité...,

de nos premières audiences avec le Roi et ]a Reine, cependant mon intention serait d'en reparler ici, fort succinctement du reste, tant pour ne pas être fastidieux à Votre Sublimité, que parce qu'ensuite j'ai à lui narrer des choses autrement importantes. Etant donc partis de notre résidence, et comme nous étions déjà à un jet de javelot, nous rencontrâmes le Prince de Salerne % le comte de Chiaramonte et le seigneur Honoré, son frère, fils du Prince de Risignano, le comte de Saluzza, celui d'Avellino, le seigneur don Giovanni de Luna, le seigneur Imbcrto de Seinse (?), et beaucoup d'au 1res barons exilés des royaumes de Naples et d'Espagne, pensionnés et en fort bonne réputation à la cour de France, qui tous nous venaient au-devant pour nous prendre à nos logis. Nous avions à peine chevauché avec eux l'espace d'une lieno, lorsque nous rencontrâmes quatre chambellans et trois maîtres d'hôtel de Monseigneur le Duc d'OrléanSj avec tout le reste de sa maison, qui nous reçurent avec de grandes démonstrations d'amour et d'honneur pour Votre Sublimité; un peu plus loin, nous vîmes venir M. de Caudale, l'oncle de la Reine et le plus proche parent qu'elle ait, en compagnie de messire Jean Roux de Montserrat, comte de Saint-^Iartin, fort honnêtement accostés, lesquels aussi nous firent les meilleures grâces. A deux lieues de Paris environ, se présentèrent l'archevêque de Sens et l'évêquc de Chàlons, suivis de plus de soixante chevaux, qui nous venaient i-ecevoir au nom du Roi avec les plus affables paroles. Nous rencontrâmes ensuite le comte Chai'les de Belgioioso, ambassadeur du Duc de Milan, lequel, entre autres choses, nous dit venir au-tlevant de nous par l'ordre exprès qu'il avait reçu de son maître; et en dernier lieu arrivèrent M. d'Orxal, gouverneur de Champagne, et M. de Raudricourt, gouverneur de Bourgogne, avec deux hérauts Aêtus aux armes et six trompes longues de la maison

' Antoine de San.severino , comte de Marsico, prince de Salerne. Ce prince fut le plus vif instigateur des entreprises de Charles VIII sur le royaume de Kaples. Lui et les autres seigneurs cités ici par le Vénitien étaient ces barons exilés de leur royaume dont Commynes a dit : « Ainsi vindrent ces barons dessudictz en France et furent bien recueilliz, mais povrement traictez de biens. Hz feirent grant poursuyte, environ deux ans, et du tout s'adressoient à Estienne de Vers, lors sénéchal de Beaucaire et chambellan du Tlov. Ung jour vivoient en espérance, aultre au contraire. » Mémoires de Commynex, liv. VII, ch. m, p. 301.

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