ENTRÉE DES AMBASSADEURS A PARIS
de Sa Majesté, démonstration qni n'a point été faite ni aux ambassadeurs de IMilan, ni à fous autres ambassadeurs depuis bien longtemps; ils étaient suivis d'un très-grand nombre de chevaux, si bien que tous réunis arrivaient à être cinq cents et plus. Par ordre et décision du Roi, nous n'entrâmes pas à Paris par la porte qu'il fallait prendre pour aller on droit chemin à notre résidence; mais par la porte Saint-Antoine % plus sur la gauche et un peu en dehors de la route, et il en fut ainsi pour que nous ayons à passer devant la demeure du Roi, lequel, derrière une fenêtre, et pai-eillement la Reine, derrière une autre (mais en façon d'ùico'fjnito) , nous voulurent voir^; et, d'après ce que nous avons compris. Leurs Majestés s'en applaudirent beaucoup. Toute cette compagnie enfin nous fit cortège jusqu'à l'hôtel de M. de Noès (?), qui nous fut rései"vé et préparé par les ordres du Roi : c'est un bel et parfait hôtel, tout tendu des plus belles tapisseries qu'ait M. d'Orléans ; à tel point, Prince Sérénissime, que ni les logements que nous eûmes lorsqu'au nom de Votre Sublimité nous allâmes chez le Duc de Mantoue, ni ceux que nous eûmes l'année d'après chez le Duc de Ferrare, bien que préparés fort somptueusement par les ordres de ces seigneurs, ne furent tant et si bien ornés de tapisseries et autres choses nécessaires comme l'était celui-là. »
* « La porte Saint-Anthoine : an dehors près d'icelle est une abbaye de nonnains appelée de Saint-Anthoine; après est la grandie aux Maichiers , après l'ostel de Gonflans; item le séjour du Roy; item le pont de Charenton, où il y a deux grosses tours, oultre lequel est l'église Nostre- Dame de Mets (de Mesche ou des Mesches). Description de Paris an nuinzième siècle, par Guillebert de Metz, publiée par M. Le Roux de Lincy, p. 78. Voyez les notes plus loin extraites de ce précieux petit ouvrage.
2 II paraît que le roi Charles se plaisait fort au spectacle de telles entrées et qu'il aimait ainsi à les voir dans un seniblant ô! incug nito . Il fit la même chose absolument pour l'entrée de l'ambassade de Milan. Elle précéda de deux mois celle de Venise. Je possède, non la relazione (les Milanais n'en faisaient pas), mais la copie des dépèches de cette solennelle compagnie. La dépêche résumant les détails de l'entrée des andjassadeurs de Milan est en date du 29 mars 1492. Ils vinrent par Moulins, Etampes, Montlhéry, Corbeil, Villeneuve-Saint-Georges, le pont de Charenton, et entrèrent aussi par la porte Saint- iintoine : « Davanti laquale a lo alogiamento de la Maestà sua. Cosi facessimo per obbedirla... Et fossimo facti passare davanti lo alogiamento de la Maestà regia e la Maestà de la Regina et Madama del sangue era aile fenestre sccretamente per vedcrnc passare. »
Gela se passait le 28 ; le lendemain , les ma^jnifiques ambassadeurs eurent leur première audience , et ils nous en ont laissé des détails plus circonstanciés encore que ceux que nous leur devons sur leur entrée. En vérité, h les entendre, on croirait voir une cérémonie de France chez le Roi, en son palais des Tournelles, le tout j)eint par un bon peintre de Flandre. Après le récit des audiences, nous aurons les curieux portraits du Roi Charles et de la Reine Anne.
« Le 29, la Majesté Royale nous envova 51. de Sens, M. de Candale, M. de Miollans, M. le sénéchal de Provence, en compagnie de beaucoup d'autres hommes de qualité [itomini di coiito) , pour nous conduire en sa présence. Nous trouvâmes Sa iMajesté dans une salle grande à peu près comme la moitié de celle de ce Conseil (le Sénat de Venise), siégeant sur une estrade, avec tenture au fond et un ciel ou ombrelle de velours alexandrin brodé de ses lis d'or. Dans la longueur de la salle étaient deux bancs: l'un à droite, entièrement occupé par les seigneurs du sang, et l'autre à gauche, par les prélats résidents à la cour, lesquels sont tous du conseil secret de Sa Majesté. A une autre extrémité de la salle était disposé un banc pour nos personnes, et le Roi voulut à toute force que nous y demeurâmes assis pendant le temps même que nous devions employer à lui exposer l'objet de notre ambassade. Ce fut là que nous lui présentâmes nos lettres de créances, lesquelles, une fols entendues de Sa Majesté, le magnifique messer Francesco ' lui fit part des commissions dont nous avait chargés in mandatls Votre Sublimité. A cet effet, il usa de graves paroles et des plus choisies, si bien qu'au jugement de chacun il donna pleine satisfaction et au Roi et à tous les assistants, et on estime son discours pour avoir été dit dans un langage de la dernière élégance. Cela fini, et après un peu de recueillement de la part de cette assemblée, en pi'ésence de Sa Majesté, l'un des présidents du parlement, qui faisait office du grand chancelier,
1 On voit d'après cela que celui des deux ambassadeurs qui prononça Ja relazione au Sénat de Venise, fut l'ambassadeur Zaccaria Contarini et non son conè{{ue Francesco Gapello.