SEIGNEURS PENSIONNÉS ET ARTILLERIES
ciine, à la condition qu'aussitôt avant la solde ils se montrent bien armés et sans qu'il leur manque rien de leur fourniment. »
Parmi les pensionnaires, l'ambassadeur cite comme étant les plus élevés, les ducs d'Orléans et de Bourbon,
ayant 60,000 francs de pension chacun, le duc ?
40,000; et ainsi jusqu'aux pensionnaires à 400 et audessus : ceux-là sont du plus (jrand nombre; bref, il arrive à sigfnaler un ensemble de 2,700 hommes pensionnés. C'est entre eux qu'est partagé le gouvernement des gens d'armes, à qui 25 , à qui 30, à qui 50, mais aucun ne pevit en avoir plus de 100. Parmi eux, il désigne en les donnant comme gens de bien et de valeur, monseigneur de Querdes, premier homme de guerre de Sa Majesté et gouverneur de Picardie, monseigneur de Baudricourt, gouverneur de Bourgogne; monseigneur de Gié, l'un des maréchaux, monseigneur de Caudale, monseigneur de Yidan, gouverneur du Dauphiné, et le prince de Salerne. Enfin le magnifique ambassadeur, par les dénombrements dans lesquels il se complaît, montre d'avoir tous les instincts des sciences statistiques; il évalue, par des procédés singuliers , à combien , dans un cas de guerre générale, se pourrait évaluer la levée d'hommes du Roi de France; mais par la raison que j'ai de croire qu'il a commis quelques erreurs, je passe ses aperçus sous silence; je le tiens pour plus heureux dans ses renseignements sur nos artilleries :
« Les artilleries du Roi sont des bombardes qui jettent des boules de fer qui, si elles étaient de pleire, pèseraient cent livres environ; ils sont affûtés sur des petits chariots avec un artifice admirable, en sorte que, sans socles ou autres préparatifs de soutien, ils lancent fort bien leurs coups. Il y a aussi les spinyai-de assises sur des petites charrettes sine fine dicenles. Ces artilleries s'emploient dans deux cas : l'un , lorsque le camp est formé et qu'ils font des remparts de ces charrettes, et se
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rendent ainsi inexpugnables; l'autre, quand ils veulent démanteler quelque lieu, et alors ils ruiiient les murailles avi'c ces mêmes bombardes bien plus facilement et en bien moins d'espace de temps que nous ne le faisons avec les nôtres. Et on dit que lorsque le roi Louis formait son camp, il fallait 30,000 chevaux pour traîner ses artilleries. Aux camps faits par le Roi précédent, il lui a fallu environ 12,000 chevaux pour les lui conduire *. »
Sans aucune autre transition , et comme si le discours de nos artilleries le devait naturellement amener au chapitre de nos querelles, le magnifique Vénitien s'étend complaisamment sur l'importance des ffrandes inimitiés soulevées de trois côtés bien puissants contre le Roi. Il est certain que trois ambitions sin^julières , à l'ardeur desquelles se mêlaient de lourds sentiments de vengeance, menaçaient nos destins à l'endroit des plus beaux fleurons de la couronne : le Roi des Romains, au sens de chacun, voulait, poiu' me servir de l'expression pittoresque du Vénitien , faire ultwium de poteritia pour avoir la Bourgogne, la Picardie et la Franche-Comté; le roi d'Espagne délibérait de recouvrer r^e/pace, vel hello, Perpignan et le comté de Roussillon ; et demiim, le Roi d'Angleterre se rongeait d'envie de nous guerroyer pour nos possessions et de Normandie et de Bretagne. Assurément il y avait là de quoi durement réduire nos possessions. L'ambassadeur explique les raisons d'autrui dans une manière très-véridique , et il
1 L'établissement de notre artillerie datait du règne précédent. Louis XI, après la bataille de Guine{|ate (1479), avait compris l'importance d'une telle arme. Voyez les fragments du livre de Napoléon III : Dupasse et de l'avenir de V artillerie, OEuvres, t. IV. Paris, Amyot. — Il faut regretter que cet ouvrage ne soit pas complet : le plan en est excellent et tous les faits y sont exposés avec une méthode et' une clarté qu'on ne peut trop louer. Lisez surtout les chapitres : i^ Artillerie italienne et française avant la fin du (juinzicme siècle, » p. 123; « Effets de Vartillerii' dans les batailles, » p. 130, « La bataille de Fornoue , » p. 139.