‹ La diplomatie VénitienneChapitre 119 sur 246 · L'INTRIGUE DE LUDOVIC LE MORE · texte numérisé non relu

L'INTRIGUE DE LUDOVIC LE MORE

grand citoyen , apporta dès les premiers jours les fruits de son expérience au gouvernement de la Duchesse : mais Galeaz avait laissé aussi trois frères qu'il avait tenus éloignés des terres du duché, et qui vivaient retirés à la cour de France. L'assassinat de ce duc, la régence de sa veuve, « femme de petit sens, » dit Gommynes, la minorité de son fils, laissaient le champ lihre et facile à leurs ambitions, et, par leur œuvre, de noires intrigues s'ourdirent. Le plus dangereux des trois, comme le plus habile, était Ludovic le More, figure capitale dans l'histoire de la fin du (juinzième siècle. En des phases diverses, par des moyens criminels, il réussit dans le mal. Simonetta perdit la vie, la Régente fut dépouillée de ses Etats, et Ludovic tint le mineur sous son immédiate dépendance. N'ayant que la tutelle , il voulut le pouvoir et de fait et de nom : cependant il avait marié son faible pvipille à Isabelle, fille d'Alphonse, duc de Calabre, petite-fille du Roi qui régnait à Naples. Honteuse du dépérissement moral et de l'ignorance politique dans lesquels Ludovic tenait son mari , duc légitime, ce fut d'elle que vint la lutte contre le pouvoir usurpé. Energiquement elle fit valoir les droits de son mari devenu majeur : sur ses appels réitérés, la cour de Naples envoya des ambassadeurs à Ludovic le More, afin — s'il est permis de recourir à cette légende pour un si petit prince — qu'il rendît à César ce qui était à César. Tel est l'horizon où se sont formés les grands orages qui ont éclaté ensuite sur la riche Italie et qui ont converti ses terres fertiles en champs de carnage; de là enfin cet immense écheveau d'intrigues auquel l'histoire devra regarder de près plus d'une fois encore pour le démêler parfaitement.

Renverser le trône de Naples , d'où arrivaient à Ludovic des reproches redoutables et des menaces qui gênaient sa

vigoureuse ambition , tels fui ent les amers desseins de Ludovic le More. Profondément habile, pénétrant, clairvoyant, insinuant, il acquit à ses passions le dévouement des conseillers du Roi de France, dont l'influence était directe. Aidé des barons mécontents qui vivaient à la cour depuis leur exil de Naples, il fit valoir au Roi de France ses droits sur cette riche terre par le fait de l'ancienne maison d'Anjou, et l'espoir de si précieux biens et de si brillantes conquêtes anima assez l'esprit du roi Charles pour qu'en effet sa nature chevaleresque et bouillante ne se nourrît plus d'une autre pensée que de celle de passer au delà des monts, à la recherche et à la prise de son royaume de Naples.

Le sire d'Argenton , Philippe de Gommynes, dans ses Mémoires, a dit cela merveilleusement, et toute cette page est le manifeste contemporain des grands faits qui suivirent, tant au chapitre des guerres qu'en celui des négociations.

« Nul serviteur ne parent du duc Jehan Galleasche de Millau, dit-il, ne donnoit empeschement au seigneur Ludovic à prendre la duché pour luy que la femme du dict duc, qui estoit jeune et saige, et fille du duc Alfonse de Calabre, que par devant j'ay nommé, filz aisné du roi Ferrand de Naples. Et, en l'an mil quatre cens quatre vingt et treize, commença le dict seigneur Ludovic à envoyer devers le roy Charles huictiesme, de présent régnant, pour le praticquer de venir en Italie à conquérir le dict royaume de Naples , pour destruire et affoUer ceulx qui le possedoient, que j'ay nommez : car estans ceulx-là en force et vertu, le dict Ludovic n'eust osé comprendre ne entreprendre ce qu'il feit depuis. Car en ce temps-là estoient fors et riches le dict Ferrand, roy de Cecille, et son filz Alfonse, fort expérimentez au mestier de la guerre

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