‹ La diplomatie VénitienneChapitre 121 sur 246 · L'ITALIE, CENTRE DE LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

L'ITALIE, CENTRE DE LA POLITIQUE

Le premier ambassadeur ainsi envoyé fut « ungf nommé Perron de Basclie, nourry en la maison d'Anjou, affectionné à la dicte entreprinse, qui fut vers le Pape, les Venissiens et les Florentins. Ces praticques, allées et venues, durèrent sept ou Imict mois ou environ, et se parloit de la dicte entreprinse, entre ceulx qui la sçavoient, en plusieurs façons. »

Toute l'histoire des antécédents de l'expédition du roi Charles VIII est encore à écrire : pour avoir le secret de ce jeu et la raison de ce mouvement, pour se rendre compte non point par à peu près, mais entièrement et absolument, de l'esprit de négociation qui fut en lice, il faut pénétrer dans les arcanes de cette époque, il faut connaître les lettres et les rapports échangés alors entre toutes les cours intéressées et leurs envoyés. Regardez aux dates pour voir le temps que prit pour s'ébattre la politique parlée avant que la politique armée se montrât active et executive. Les ambassadeurs de Ludovic le More commencèrent à battre en brèche l'esprit du Roi vers avril 1492, et lorsque le Roi commença la campagne, on était en septembre 1494. L'entreprise fut annoncée officieusement aux Vénitiens par la femme même de Ludovic le More, par Béatrix d'Esté, et officfellement par Perron de Basche le 8 juillet 1493. Ainsi, depuis le commencement de l'année 1493 jusqu'au déclin de l'année 1494, vous avez, par l'examen des textes qui ont été conservés, le spectacle du jeu de la politique la plus consommée et la plus variée cyixe jusqu'alors le monde ait encore vue.

Considérez l'Italie de ce temps ! Voici l'intrigue de Milan et de Ferrare, l'opposition, un jour politique, un autre jour aussi chaleureuse qu'imprudente, de Florence, la temporisation et le doute de Venise, la frayeur astucieuse du Pape (il faut dire qu'alors le pape était Borgia),

l'embarras pusillanime du lloi de Naples. Il n'est ])oint d'État, si petit qu'il soit, qui ne se révèle. A l'étude, ù la connaissance et à la pénétration des textes d'une diplomatie active, à la concordance des faits par celle des négociations, voilà où doit tendre l'historien de cette intéressante et vivante j)ériode.

Si les archives de Venise n'ont à offrir d'autres dépêches que celles des ambassadeurs que la République envoya à Ludovic et à Maximilien (et elles sont fort curieuses), n'ontelles pas à nous offrir intacts les registres dits Sécréta, où sont les correspondances révélatrices des volontés du Sénat? Pour la conduite de Rome , le Vatican a des papiers , et le grand œuvre de Baronius, continué récemment par l'érudit oratorien le père Theiner, n'est pas sans contenir de graves et précieux renseignements ; les archives de Milan sont conservées dans les salles encombrées de San-Fedele, et les instructions sur ces temps où le seigneur de ce beau duché jouait le plus important rôle, sont accessibles aux recherches savantes. Pour les Florentins, un volume tout à fait appréciable a paru dernièrement en France; M. Abel Desjardins, un des ouvriers de cette légion laborieuse qui , dans le domaine des sciences de l'histoire, sous les féconds auspices des ministres et du souverain même, a p'arcouru l'Europe depuis une période de trente années environ dans le but de chercher les preuves de nos annales, M. Abel Desjardins, aidé par l'érudition florentine de M. Canestrini ', a publié un recueil désormais indispensable à ceux

1 M. Canestrini est l'hôte le plus intime tles archives de Toscane : il a heaviconp cherché et beaucoup trouvé. C'est lui (pii, pendant le com-s de nombreuses années, a consacré à Florence les soins les plus intelli{{cnts a la riche collection de documenta formée par Thonorable et illustre M. Thiers sur les premiers et les yrands Médicis. On sait (jue l'honorable 31. Thiers, fati{;ué de décrire des batailles, caresse depuis longtemps le projet de faire l'histoire des Médicis au cpiinzième siècle, particulièrement de ce grand et admirable Gosme dit Père de la Patiic.

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