‹ La diplomatie VénitienneChapitre 126 sur 246 · PREMIERS ACTES DE COURTOISIE · texte numérisé non relu

PREMIERS ACTES DE COURTOISIE

Quoi qu'il en fut, le Roi Louis XII reçut promptement les compliments de la Seigneurie, et nous avons la date même de l'ordre enjoint par le Sénat au secrétaire résident en Savoie, Pietro Stella, d'aller trouver le cardinal de Saint-Pierre aux Liens, d'obtenir un sauf-conduit, d'aller en France avec des lettres de créance pour le nouveau roi et de le féliciter sur son avènement. Le Roi avait d'ailleurs pris les devants par une lettre en date d'Orléans le 20 avril et signée de sa main, lettre gracieusement définie par Sanuto de molto dolce e segnal di grande benevolentia. Il l'avait envoyée à la Seigneurie par un courrier spécial assurant que le Roi n'avait point écrit à d'autres qu'au Pape, aux Vénitiens et aux Florentins.

Si le règne de Louis XII se fut accompli pour les Vénitiens dans les formes de courtoisie qui l'inaugurèrent, ce n'eût été en vérité qu'enchantements politiques entre les deux pays. La chronique de Sanuto raconte ainsi les circonstances aussi curieuses qu'intimes dans lesquelles l'ambassade solennelle au Roi de France avait été décidée. Cette page se lie trop étroitement au détail de mes recherches pour que je ne la reproduise pas ;

« Le Roi, dit le chroniqueur (par cette lettre molto dolce e segnal di grande benevolentia), notifiait son avènement, et nous avisait qu'il serait tôt à Paris pour y être couronné, et qu'il voulait être dans les meilleures grâces avec la Seigneurie, la tenant pour sa chère amie [per sua cara amiga). Quand cette lettre eut été lue dans le Collège, tous en furent joyeux. Il est bon de savoir que le duc de Milan, en ce jour même, avait écrit à son ambassadeur auprès de nous qu'il devrait aller au Collège nous notifier que le Roi des Romains avait ordonné à tous les ambassadeurs que ceux qui étaient de la ligue, c'est-à-dire le Pape, Naples, Venise et Milan, ne devraient plus le suivre, non plus qu'aucun ambassadeur de prince italien, excepté, en somme, l'ambassadeur d'Espagne; et les choses n'étaient guère de propos : on doutait qu'il ne voulût entrer en intelligence

avec la France, et il faisait cela pour nous donner la peur. Mais le Sérénissime Prince, à l'arrivée dndit ambassadeur au Collège, et après l'avoir laissé accomplir sa commission et dire cpio le roi Maximilien manifestait de vouloir Pise comme étant chambre de t Empire {caméra de Imperio) , le Sérénissime Prince, cet homme très-saj<je, lui dit : « ?*ous avons entendu vos nouvelles, mais nous vous donnerons maintenant les nôtres; » et il ordonna à Gasparo de la Vedoa (secrétaire au Sénat) de lire la douce lettre du Roi de France, et ledit ambassadeur en fut bien étonné, et ainsi la copie de ladite lettre fut envoyée à nos ambassadeurs à Rome, à Naples, à Maximilien et à Milan, afin qu'il en fût question entre les alliés. Cependant les nôtres firent un pas en avant, puisque après le diner, sans autre discussion, on convoqua le Conseil des Prégades, et on décida l'élection et l'envoi de trois ambassadeurs au Roi Très-Chrétien, et le résultat du vote fut rélection de iNiccolo Michiel, doctor et cavalier; d'Antonio Loredan, cavalier, et d'Hieronimo Zorzi, cavalier. Appelés aussitôt devant le Conseil, ils demandèrent jusqu'au matin pour accepter; ils l'ont fait très-volontiers. Michiel un instant aurait voulu s'excuser, puis pour le bien de la République, tout s'est passé de bon gré. Deux d'entre eux, c'est-àdire Antonio Loredan et Ilieronimo Zorzi , ont déjà été ambassadeurs en France. Ainsi fut formée cette honorable ambassade. On a écrit à Zuam Piero Stella, qui était en chemin pour aller en France, et de même à toutes les puissances. Cette nouvelle donnera à penser à beaucoup, qui ne manqueront pas de dire : (1 Voilà Venise qui va s'entendre avec France, nous ferons une ligue en Italie »; cependant il ne faut pas nous émouvoir. En somme, tout le pays prit grand plaisir à cette nouvelle. ».

Non-seulement le choix du seciétaire résident, Pietro Stella, pour porter les compliments de la Seigneurie au nouveau Roi de France était heureux, parce que se trouvant alors en Savoie, le secrétaire pouvait se présenter rapidement à la cour de France, mais encore parce que ce Stella était le même qui avait rempli ses fonctions d'envoyé à la même cour au temps de Charles VIII. C'était une figure connue : il entendait et parlait le français. Une de

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