‹ La diplomatie VénitienneChapitre 127 sur 246 · ACCUEIL FAIT AU SECRETAIRE VEMTIEN · texte numérisé non relu

ACCUEIL FAIT AU SECRETAIRE VEMTIEN

ses dépêches, en date du 23 mars, écrite de la résidence royale à Vincennes, raconte les façons courtoises de son accueil. Le Roi lui fit dire qu'il lui donnerait audience selon son agrément. Stella alla trouver Sa Majesté avant souper :

« Le Roi était assis et parlait d'affaires avec quelques-uns de ses familiers; mais aussitôt qu'il eut vu le secrétaire, il se leva, alla au-devant, et ne voulant pas qu'il s'agenouillât, il l'embrassa; puis, lui mettant la main sur l'épaule, il lui dit : « Secrétaire, vous êtes le bienvenu. Comment vont la Seigneurie et votre Doge? Nous vous vovons avec plaisir. » Le secrétaire lui présenta les lettres de créance. Le Roi ayant appris en les lisant l'élection et l'envoi des trois ambassadeurs à sa cour, en manifesta grande satisfaction, disant : a Je n'ai jamais vu Zorzi, mais je le connais bien; cpiant à Loredan, je l'aime fort, et déjà il fut à cette cour il y a quelque temps. »

Le Roi lui dit encore qu'il aimait beaucoup la Seigneurie, qu'il n'y avait point d'Etat en Italie dont il fit plus de cas, qu'il était roi pacifique, que tout le royaume lui avait donné obéissance, qu'il avait pardonné à tous ses ennemis, qu'il cherchait à se les faire amis. Stella enfin donnant à la Seigneurie quelques nouvelles des personnages de la Cour, l'entretient de cet homme de bien et de célébrité dont je ne rencontre jamais le nom sans penser combien il est méritant de toute sa gloire par les écrits qu'il a laissés , titres glorieux et tous à l'honneur du langage français dans sa primeur : je veux dire Philippe de Commynes, sire d'Argenton : '

« Item, Stella écrit encore que Monseigneur d'Argenton était aussi à la Cour, et qu'il lui avait fait excellente mine (bona ciera), et qu'il se rappelait au souvenir de la Seigneurie, et qu'il l'avait assuré avoir toujours parlé au roi Charles de la grande puissance de la Seigneurie, et qu'il tenait pour certain que le Roi nouveau serait fort notre ami.... «

Ces nouvelles avaient engagé d'autant plus la République à presser le départ de ses ambassadeurs ; aussi , à la date du 4 juin, fut-il décidé par le Sénat (ju'ils dussent se rendre à leur poste sous peine d'amende. Le 5 août, la Seigneurie reçut de leurs nouvelles en date de Lyon ; le héraut d'armes du Roi de France , vêtu aux lis d'or, avait traversé le royaume jjour les venir rencontrer : ils furent à Lyon le 1 9 juillet ; tous les citoyens se mettaient aux fenêtres pour les voir ainsi précédés par ce héraut, et, dit leur secrétaire dans une lettre privée, « on leur faisait la meilleure figure, comme si jamais il n'y avait eu guerre et dispute entre la France et nous » . Ils prirent ensuite la route de Paris, d'où Monsieur de Ligny était parti de son côté pour venir au-devant d'eux avec cent archers et donner ainsi de grandes marques d'honneur aux ambassadeurs d'un État aussi considéré que l'était alors la République de Venise.

Le 3 août, ils étaient à Montlhéry, où ils rencontrèrent la Reine Anne, femme du Roi défunt, dans une voiture recouverte de cuir ; elle avait en sa compagnie la fille du Roi de Naples. « A mon sens, dit le narrateur, toutes deux me semblèrent fort belles; elles étaient accompagnées de nomljreuses damoiselles à cheval et de quelques vieilles dames qui suivaient en voiture. » Tous les logements étaient pris dans tous les villages de la contrée; tant la suite des courtisans était nombreuse. Force fut à l'ambassade d'aller jusqu'à Longjumeau, où la compagnie occupa six auberges, elle y passa deux jours. Le Roi envoya le grand maître de sa maison avec une belle escorte, afin d'amener les ambassadeurs à Paris, où il leur avait fait préparer l'hôtel du grand trésorier. L'entrée se fit le 5 août, avec une compagnie de plus de huit cents cavaliers, au nombre desquels Monseigneur de Ligny, l'homme qui, dans

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