AUDIENCE DU ROI A ÉTAMPES
ce moment , « a toute la faveur du Roi ' » . Us y restèrent jusqu'au samedi 11 du mois, d'où ils vinrent à Etampes sur l'avis du Roi , qui les reçut dans cette ville en audience solennelle le lendemain dimanche, à l'auberge de la Fontaine [dagandone audientia non in palazi jna in la Iwstaria di la Fontana). Le Roi était vétn de velours noir. Ce fut à Messer Antonio Loredan que fut réservé l'honneur de porter la parole; le grand chancelier lui fit réponse.
« Vous me direz (ajoute le correspondant familier auteur de la lettre à laquelle j'emprunte ces détails), vous me direz qu'un si grand Roi ne devrait point se tenir à l'auberge; je vous répondrai que, dans ce pays d'Etampes, les meilleures maisons sont encore les auberges. H y a bien dans ce lieu un château roval dans lequel loge la Reine, épouse du Roi défunt; néanmoins Sa Majesté a voulu donner l'audience dans cette hôtellerie, toute
* Louis de Luxembourg, comte de Ligny : il avait fait la campagne d'Italie sous Chai-les VIII, et avait été capitaine de Sienne. La Seigneurie le tint en faveur et se conquit son esprit par ses bonnes grâces. Elle eut à traiter directement avec lui lorsqu'il occupa Milan après la fuite de Ludovic.
Voici un fait entièrement ignoré et qui lui est tout personnel. Monseigneur de Ligny fut le premier seigneur français déclaré Noble de Venise et inscrit en cette qualité sur le Livre d'or. Cette notice est d'autant mieux en place ici que cette marque d'honneur, — si grande pour le temps , ' — ne lui fut conférée que sur le rapport des deux ambassadeurs extraordinaires. V^oici le texte du décret d'après les Bec/istres du Maggior Consiglio :
« 1499, die 15 septembris. Ex relatione virorum nobilium lI;eronymi Georgio et ISicolao Michael doctoris militum, reversorum novissime ex legatione Gallica, nobis innotuit quanta afticiatur nostro Doniinio Illustrissimus Dominus Ludovicus Cornes de Ligny unus ex principalibus Baronibus Franci«e affinis Christianissimae Majestatis et ab ea slngulariter amatus qui elsdem oratoribus dedaravit gratissimum sibi futurum ascribi et communerari inter nobiles et patricios nostros et conveniat nostro Dominio ejusniodi principes regia stirpe natus nobis plurimiini benevolos reddere.
» Vadit Pars quod supradictus Illustrissimus Dominus de Ligny erectur et assumatur in nobilissima civitate nostra Venetiarum et ad dignitatem hujus majoris consilii cum filiis et heredibus suis legitimo matrimonio natis et nascituris in perpetuum cum omnibus immunltatibus, privllegiis, honoribus, gratiis, et conditionibus quibus reliqui nobiles nostiù de nostro majori concilio uti et frui dignoscentur. »
tendue expressément de drap de velours alexandrin avec des lis d'or à l'endroit où le Roi se tenait, et, aussitôt 1(! discours fini, Sa Majesté s'est levée, et a fait un accueil tout fraternel aux magnifiques ambassadeurs. Le Roi a fort bonne mine, une mine souriante; il est âgé de quarante ans, et paraît fort dispos de sa personne. Aujourd'hui lundi 13 août, les ambassadeurs ont été reçus en audience secrète. On dit que demain Sa Majesté se confessera et communiera, puis, qu'elle touchera les gens atteints d'écrouelles (lesquels, dit-on, une fois touchés, se porteront bien mieux, chose merveilleuse). Nous sommes ici comme des bohémiens, — cingari, — comme des gens sans demeure fixe. Et où nous irons? je ne sais le dire. D'aucuns nous assurent que nous retournerons à Paris, d'aucuns prétendent que nous irons à Bourges "à la suite du Roi. Bref, tout cela n'est que paroles en l'air.
» Écrit d'Étampes le 13 août 1498 *. «
Cette lettre privée forme la part du côté pittoresque et familier de la visite : c'est à l'instruction, à la commissio dont le texte ne comprend pas moins de six pajjes in-folio, qu'il faut demander le côté politique, dont un traité signé à }3lois le 15 avril 1499 fut le résultat. Venise se déclarait l'alliée du Roi de F>ance , partageait et approuvait ses desseins de s'emparer du duché de Milan et de renverser ainsi le seigneur Ludovic. Ce duc si versatile, en effet, venait d'user de fourberie et avait fait acte d'inimitié contre la Seigneurie dans l'affaire de Pise, qui , loin d'être arrivée à son terme , offrait matière à des agitations et à des dissidences infinies^.
1 Voyez pour tous ces détails intimes : Bibliothèque de Saint-Marc à Venise, Codici Marin Sanuto, Diarii, vol. II, supplément, de la feuille 47 à la page 125, paxsiin. La lettre en date d'Etampes fut écrite par l'un des familiers au service de l'ambassade.
- Le mécontentement des Vénitiens contre Ludovic n'attendait du reste qu'une occasion pour éclater. Son changement de politique dans la guerre