AUTRES AMBASSADEURS A LOUIS XII
La seconde ambassade extraordinaire des Vénitiens au roi Louis XII lui fut envoyée à Milan pour honorer son entrée. Le Sénat, en raison de son étroite entente avec le Roi, avait voulu que cette ambassade fut aussi pompeuse qu'une ambassade d'obédience à un nouveau Pontife : pour la première fois, en matière temporelle, elle nomma quatre ambassadeurs à titre de marque honorifique et comme preuve d'hommage. Ce furent Nicolo Michiel, Marco Zorzi, Bénédicte Giustinian et Benedicto Trevisan '. Ils étaient au premier rang, magnifiquemeiit
cours du peuple, sa fuite en Allemagne (septembre 1499), sou retour avec les Suisses et les Bourguignons (février 1500), sa rentrée en possession de Milan, sa trahison dont il fut la victime, euHn son entrée en France comme prisonnier et son long emprisonnement et sa mort dans le cbâteau de Loches, sont les faits successifs des dernières années de Ludovic le More. Il y a dans les Diarii de Marin Sanuto la copie d'une lettre de Benedetto Trevisan qui donne d'intéressants détails sur l'entrée à Lyon du seigneur Ludovic comme prisonnier de guerre du Roi de France. M. Romanin a connu ce document. Il y a matière à un remarquable tableau d'histoire. Le Roi était alors à Lyon : c'était le 2 mai, trois mois à peine s'étaient écoulés depuis que Ludovic avait reacquis son duché ! « Douze sergents d'armes le précédaient pour maintenir le peuple qui voulait crier contre lui ; le gouverneur de Lyon suivait à cheval ainsi que le prévôt de la justice du Roi ; venaient ensuite cent archers de la garde royale, et derrière eux, lentement, s'avançait le malheureux prince en habit de camelot noir, avec des bottes et la berrette de même couleur. Ludovic tenait en main cette berrette, regardant un moment ici, un moment là, s'efforçant de ne point trahir son amertume dans un si grand changement de fortune. «
1 Voir leur commissio : « 1499, die xxvi septembris. — Nos Augustinus Barbadico, Dei gratia Dux Venetiarum, etc. Committimus et in mandatis damno vobis viris nobillbus, Nicolao Michiel, doctori et equiti : Marco Georgio, Benedicto Justiniano et Benedicto Trevisano, equiti, dilectis civibus et honorabilibus oratoribus nostris. Quod in nomine Spiritus Sancti, cum omni possibili celeritate proficiscamini ad Ghristianissimam Maestatem Francorum quam verisimiliter reperietis haud longe a Mediolano in quam civitatem Majestas sua de proximo est ingressura : et vehementissime cupimus ut in dicto ingressu illi vos assistatis quam in hoc principaliter consistit honor et fructus presentis legationis : et propterea non tantum vos properarc, sed advolare vcllemus.... « Suivent les instructions politiques à la date du 28 se[)tembre, au nombre de quatorze articles avec des additions, aux feuilles 131 tergo, etc.
parés et montés, à l'entrée triomphale du Roi de France, le 6 octobre 1499. Le mois suivant, un décret de la Seigneurie détachait Benedicto Trevisan comme ambassadeur ordinaire auprès du Roi qui retournait en France, laissant à ses généraux le gouvernement du pays. L'année suivante, le Roi reçut le nouvel ambassadeur Francesco Foscari, et en 1 501 , avec une commissio en date du 29 octobre, une ambassade extraordinaire, composée de Domenico Trevisan, Hieronymo Donato, Francesco Capello. La première lettre de Foscari , d'après Sanuto , est en date du 15 novembre, et la première des trois nouveaux ambassadeurs extraordinaires du 19 décembre 1 501 . Quelques notes sommaires de la relazione prononcée par le premier de ces patriciens et conservées par notre fidèle chroniqueur, rompent pour un instant le dur silence des documents :
« Comme on venait d'achever la lecture des lettres, Ser Domenego Trevisan, K''*, et Hieromino Donato, D"", ambassadeurs revenus de France, entrèrent au Sénat, et le Trevisan fit sa relation. Il rappela comment lui et ses collègues avaient été auprès de Sa Majesté, d'abord pour la féliciter de la conquête du royaume de iXaples et des fiançailles conclues entre sa fille et le fils de l'archiduc de Bourjjogne, ensuite pour l'exciter à armer contre le Turc. Il dit que sur ce dernier point il voulait que la Seigneurie en supportât toutes les dépenses L'ambassadeur nous dépeignit le Roi comme ayant l'esprit peu stable, disant oui et non... de stature maigre et grande, sobre dans le manger, ne se nourrissant presque que de bœuf bouilli; de nature avare et retenue; son grand plaisir est la chasse à l'oiseau; de septembre jusqu'en avril, il chasse. Il a sept capitaines, chacun ayant cent lances. Le cardinal de Rouen fait tout, cependant rien à l'insu du Roi; il a pris son frère auprès de lui. Le Roi dépense peu; il a cent cinquante mille ducats de revenu. La Reine est une femme libérale, sage, et dépense bien son
1 Ce signe K"" ainsi placé à la suite d'un nom patricien indique la qualité de chevalier : le personnage devait ordinairement cette marque de distinction à un souverain près duquel il avait représenté la Seigneurie.