‹ La diplomatie VénitienneChapitre 131 sur 246 · FRAGMENT D'UNE RELAZIONE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UNE RELAZIONE

revenu. Le duc de Bourbon a une fortune de cent cinq mille ducats de rente. Nos ambassadeurs sont bien vus de Sa Majesté. Au sujet de l'affaire persounelle au cardinal Ascanio % l'ambassadeur en ayant parlé an Roi, celui-ci lui dit : « Faites comme il vous semble bon. n Cet Ascanio a du reste été mis en liberté. Le seigneurLudovic, son frère, est dans une forteresse, en prison ; il joue à la paume et aux cartes, il est plus gros que jamais. L'ambassadeur conclut à ce que la Seigneurie éloigne tout soupçon de l'esprit de Sa Majesté, et tende à se tenir bien unie avec elle »

Cette trop courte paf^e est le seul débris ou la seule trace existante des relazioni des Vénitiens qui furent envoyés ensuite à Louis XIL A Frahcesco Foscari succéda en qualité d'ambassadeur ordinaire , Marco Dandolo ; il arriva à la cour le 1" octobre 1502; vint ensuite Luigi Mocenigo; je retrouve, en 1505, la trace de sa première dépêche; voici enfin Antonio Condulmer, arrivant en France vers juillet 1506 et revenant à Venise le 3 avril 1509, dans les circonstances politiques les plus graves pour le repos et la sécurité de la République. La ligue de Cambrai était formée et connue. La politique de temporisation du gouvernement de Venise avait nonseulement fatigué , mais irrité Louis XII ; le cardinal de Rouen, Georges d'Amboise, pour des raisons personnelles, n'avait pas eu lieu de se louer toujours des procédés de la double politique des Vénitiens, particulièrement à la cour de Rome dans l'affaire de l'élection de Jules IL De quels ennemis n'allait pas se trouver entourée l'active République? Le Pape lui-même, qui de chaud

1 Le cardinal Ascanio, frère de Ludovic le More, ancien cardinal, vicechancelier du pape Borgia. A la nouvelle que le Duc son frère était prisonnier du Roi, le cardinal s'était échappé de Milan ; mais rencontré par les troupes ennemies vénitiennes, il fut pris et conduit à Venise. Le Roi de France le réclama aux Vénitiens, qui le lui firent remettre. Le cardinal Ascanio vint ainsi en France au temps où son frère était dans la tour de Loches : il rentra ensuite en grâce.

ami qu'il avait d'abord été pour la Seigneurie, devint pour un temps son plus fier ennemi; et ce violent Pontife lança contre elle autant de foudres temporelles que de foudres spirituelles.

Je rêve depuis longtemps la composition d'un Mémoire sur les antécédents de la ligue de Cambrai, ce grand fait de l'Europe d'alors, qui réunit de si grandes alliances contre un si petit peuple : il n'y aurait point d'occasion plus favorable que celle d'un tel écrit, pour montrer tout le travail opéré et accompli par la diplomatie de ce temps, les moyens dont elle disposait, le progrès qui s'était effectué dans les procédés dont elle usait. J'ai réuni beaucoup de textes épars sur ce drame politique déjoue à la longue et non sans luttes difficiles, par l'extrême habileté du gouvernement vénitien; mais, parmi les documents dont il faudra toujours déplorer la perte, la relazione de Gondulmer est au premier rang. Aucun texte ne pourrait être d'une nature plus utile et offrir un intérêt plus vif : j'ai vu, par les sommaires du contenu de ses lettres, tout ce qu'il V avait eu de minutieux et de préparé dès longtemps pour l'éclosion de cette lutte.

Les efforts auxquels se vit contraint l'ambassadeur, les insinuations auxquelles il dut se livrer pour forcer la franchise du Roi et faire qu'il eût le courage d'avouer les intentions qui avaient été conçues à Cambrai, sont racontés au long dans ses dépêches : mais, je le répète, nous n'avons trouvé trace de sa relazione. Que l'ambassadeur en ait fait une, il n'v a point à en douter; je trouve dans Sanuto cette indication précise :

" 3 avril 1509. — Arrivée à Venise de l'ambassadeur Condulmer tant désiré.

)) Le 4 avril. — Condulmer est venu aux Prégades (au Sénat). // y a fait son rappoi-t. n

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