LE ROI FRANÇOIS I
dans les lettres qu'ils adressaient aux Vénitiens, formule ainsi conçue « Nos chers et grands amys , alliez et confëdérez » , ne fut pas seulement une formule d'étiquette et de convenance, elle fut l'expression réelle des sentiments échangés. Voyez se dérouler cette longue période ouverte par l'avènement au trône du jeune François Y' (jf^nvier 1515) et fermée par la signature du traité de Westphalie (janvier et octobre 1648); pendant ce long chemin dans l'histoire , Venise fut et demeura notre alliée, notre bannière politique fut la sienne, et en plus d'une occasion Venise a rendu service et fut utile à la France. Soi] initiative à l'extérieur fut toujours concihante. La France, depuis Louis XIV, dans les écrits historiques, n'a jamais rendu complète justice à la République des Vénitiens. François P"", autant que Machiavel, plus encore que Machiavel, a compris la force du poids de ce petit peiiple dans la balance politique, et il l'a compris avec une franchise qui n'a d'égales que l'expansion de Henri IV et la logique de Richelieu.
François F"", qui, dans ses campagnes en Italie, était appelé à être un héros aussi grand par son triom])lie que par son malheur, aussi émouvant à Marignan qu'i'iriouvant à Pavie, François \" inaugura fastueusement et avec ces marques de galanterie et de bonne humeur qui étaient l'ornement de sa personne, les rapports entre la ({('publique et le royaiune. Le Roi se révèle admirablement sur la fin de la première audience qu'il donna aux amhassadeurs vénitiens, il se révèle mobile, courageux, (lé'-idé, entreprenant, un vrai héros de chevaleresques histoires, le bel adoenturenx, tout plein de vaillants projets, ne laissant pas que de donner à ses paroles ce certain ton d'assurance chaleureuse qui , dans la bouche d'un roi, est une si grande
force de séduction spontanée. Jusqu'à lui, la France n'avait
372 DE LA DIPLOMATIE VEMïIENNE.
point connu de roi de cet aspect et de cet air; il semble être l'indice, par sa personne, par ses goûts, par son élégance , par son regard vif et curieux , intelligent et lumineux, de l'élan de civilisation dont le monde était alors si plein. Chose singulière et remarquable! Dans ce dernier Valois vraiment grand, il V a tous les airs du premier grand Bourbon. François l" et Henri IV ont de nombreux signes qui leur sont communs : même nature soudaine, mêmes sourires vifs et allègi^es, même rapidité dans les projets, mêmes instincts galants, mêmes penchants à de certaines prodigalités, même amour pour l'épée, pour les lettres, les arts et les femmes, mêmes facilités d'expansion avec les ambassadeurs des nations amies.
Bien vite, dès la première heure de sa royauté, et toujours au nom et par la tradition de Valentine Visconti, François I" regarda à l'Italie, au duché de Milan, cet appât et cette nourriture des ambitions puissantes dans tous les siècles. Il eut bien garde de s'en cacher, aussi dans la manière la plus loyale fit-il part de ses projets belliqueux à ses amis les ambassadeurs vénitiens. Le premier entretien qu'il eut avec eux est tout à fait digne de remarque : il est la matière d'une page charmante pour le début politique et personnel de ce prince, qui fut, autant par les défauts que par les qualités, un prince si éminemment et si essentiellement français.
A la nouvelle de la récente succession au trône, le gouvernement de la République de Venise adressa à ses ambassadeurs Pietro Pasqualigo et Sebastiano Giustinian, alors en route pour les cours de France et d'Angleterre, l'ordre d'attendre à Lyon de nouvelles lettres de créance '.
* La nouvelle commissio se trouve dans les Sécréta Senato, registre des années 1513 à 1515, p. 92 et 93. — Elle est datée de 1514, l^r février (jno;-e Veneto),