‹ La diplomatie VénitienneChapitre 139 sur 246 · MARI>' SAXLTO A LA TRIBU>E DU SÉNAT VÉNITIEN · texte numérisé non relu

MARI>' SAXLTO A LA TRIBU>E DU SÉNAT VÉNITIEN

sidération; et bien que je voie la proposition faite par MM. les Sages d'envoyer un seul ambassadeur à Sa ÎMajesté Très-Chrétienne, cependant — tameii — je n'ai pas voulu manquer, pour l'acquit de ma propre conseience, â venir exposer mon opinion. Sérénissime Prince, j'approuve fort l'envoi d'un ambassadeur en France, et Dieu veuille qu'il y soit expédié promptement, car je crains que, selon notre habitude, nous n'arrivions trop tard. Je ne vois en effet dans les termes de la proposition aucune clause de faire partir au plus tôt ledit ambassadeur, comme il le fiiudrait pour nos intérêts.

» Il me semble ensuite, Sérénissime Prince, qu'il y a quelque addition à faire au projet proposé, et quand je considère que tout notre appui est sur le Roi de France, et que la seule raison qui ait empêché le traité avec Sa Majesté l'Empereur a été le désir de demeurer unis avec la France, et qu'ensuite, lorsque le Roi fut prisonnier, vous avez cherché tous les movens possibles de vous allier avec la France, ^ je ne dis pas avec la nation même, mais avec Madame la Régente, qui semblait avoir été chargée de tout par le Roi son fils; — quand je considère cela et ce que vous avez fait, je dis que vous avez bien fait, car les tendances de Sa Majesté Césarienne vont tout droit à l'empire du monde.

» Mais maintenant que, délivré, le Roi est arrivé en France, — ce dont beaucoup doutaient; — qu'il vous a donné à entendre par plusieurs voies qu'il n'avait point envie d'observer ses traités; que par des lettres de Lyon vous avez appris que l'Empereur, de sa propre bouche, a exprimé au Roi Très-Chrétien sa volonté, pour notre ruine, de venir en Italie au mois d'août, vous faites la proposition de lui envover un seril ambassadeur!

" Sérénissime Prince, je vois bien que le coucher de notre soleil est le Roi de Fiance — vedo clie la nostra tramontana è ii Re di Franza — s'il ne maintient pas les articles de notre traité, s'il ne fait pas cause commune avec l'Italie, ou s'il ne maintient les traités qu'en apparence, je doute fort du succès de nos affaires. Nous devons donc les plus vives démonslrations au Roi Tiès-Chrétien; c'est de lui que dépend le salut de notre État. Et quand je considère que notre Réjiubliquea toujours euvové deux ambassadeurs pour porter des félicitations, il me semble plus qu'étrange

qu'en cette circonstance le Collège réuni incline à l'envoi d'un seul ambassadeur. Comment, le Roi maintenant est lilire, le Roi vient de se marier, et nons ne lui envovons qu'un seul ambassadeur! Lorsqu'en 1491, le 7 février, le roi Charles se maria à la duchesse de Bretagne, ne lui a-t-on pas envoyé deux ambassadeurs, messer Zaccaria Contarini et messer Francesco Capello? Au Roi actuel, ne lui avez-vous pas envoyé deux ambassadeurs en toutes occasions, et quand il vint à Milan, messer Marco Zorzi et messer Beneto Trevisan K"', n'allèrent-ils pas audevant? Une autre fois même vous lui avez envoyé quatre ambassadeurs, au nombre desquels fut Votre Sérénité. Pour les fiançailles du mai-quis de Mantoue, du duc de FeiTare, du duc de Milan, vous avez envoyé deux ambassadeiu's , et à ce Roi, au-devant de qui toute la Fi-ance a couru pour baiser ses habits, et dont les baisers ont lacéré les habits, la Seigneurie de Venise, sa grande amie, lui envoie un seul ambassadeur!

" En vérité. Seigneurs, rappelez-vous les lettres 4' Angleterre et ces paroles du cardinal : << A peine le Roi sera-t-il arrivé en France, nous lui enverrons nos ambassadeurs. » Partout on écrit à la Seigneurie qu'elle aussi peut envoyer ses ambassadeurs. Il me semble que ces lettres disent plus cfun (pià di uno). Aussi, Seigneurs, ce serait faire une chose sage que de prendre un parti et que dans ce Conseil on décidât d'en envoyer un ou deux. Ministres, ne soyez pas ainsi ligués; Conseillers, Chefs des Quarante % faites que ce Conseil en finisse une fois et n'incline point à une telle opinion. On pourra objecter la dépense... mais deux mois sont vite passés! Je veux que deux partent et qu'un demeure; l'autre reviendra ensuite. Et quand l'empereur Maximilien épousa la duchesse de Milan, n'avez-vous pas envoyé messer Ilieronimo Lion et messer Zaccaria Contarini? Ainsi donc, amore Dei (pour l'amour de Dieu), faisons le possible pour avoir avec nous le Roi Très-Chrétien , et faites élection des premiers de ce pays , car il s'agit du monde entier [ag'Uur de toto orbe).

n Maintenant, si l'on prend la bonne voie, ce sera pour le plus grand avantage de notre République; si au contraire on

' Chefs (les fjiiairinte : ce titre pourrait répondre à celai de grands juges au criminel, La cjuarantia représentait le tribunal. Les chefs avaient voix délibérative au Sénat et avaient place au CoUegio ou ministère.

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