A L'EXCELLENTISSIME CO]N.SEIL DES DIX
« Me trouvant à la cour en même temps que deux des {jrands sei{jneurs de ce rovaume et parlant familièrement avec eux de cliosiîs et d'autres, ils me demandèrent comment il se faisait «pie Votre Sérénitié fût aussi peu stable dans sa foi, favorisant tantôt l'un, tantôt l'autre. Bien que ces paroles fussent faites pour m'émouvoir, je répondis cependant avec toiit le calme possible cjue Votre Sérénité tenait toujours et avait toujours tenu sa parole, que même le prix qu'elle mettait à la tenir l'avait jetée dans des tl-oubles très-{;rands dont elle n'aurait pas eu à souffrir si elle eût agi autrement. L'un de ces seigneurs dit iiUn-^ : « Cex Vénitienx sont des pêcheurs , isti Veneti siint pescatores. » Je me contins alors avec une force dont je ne me serais pas cru capable, et je fis le plus grand effort pour ne pas lui adresser des paroles dont la vivacité aurait pu être nuisible à la Seigneurie.
Je lui répondis simplement que s'il était venu à Venise et qu'il eût vu notre Sénat et notre noblesse vénitienne, il ne parlerait pas de la sorte; que s'il avait bien lu notre histoire, tant celle de notre origine que celle de notre ville et celle des actes de la Seigneurie, il aurait vu que ni des actions ni des origines de pêcheurs ne sont les nôtres. — Et d'ailleurs (ajoutai-je) ne sout-ce pas des pêcheurs qui ont fondé la foi chrétienne? nous avons été lt;s pêcheurs qui l'ont protégée contre les forces des infidèles. rs'os barques de pêclieius furent des galères et des vaisseaux de guerre (/e noslre bnrche piscnlorie sono stu (jalie c nave")^ nos hameçons furent nos trésors (/< luinii sono sta li danari nostr'i)^ nos amorces furent le sang de nos concitoyens morts poin- la foi chrétienne (le esche sono stu le carni de li citadini nostri che sono morti per la fedc christiuna). Ce n'est pas de riiistoire ancienne, mais ce sont de récents souvenirs J et les témoignages de nos guerres contre les Turcs, ce sont les villes et les Etats que nous leur avons pris en défendant la chrétienté, et Kégrcpout, Lépantc, Modon , Coron, Durazzo, avec une grande partie de l'Albanie.
A quoi ils répliquèrent que nous étions des pêcheurs habiles à prendre
390 DE LA DIPLOMATIE yEMTIE>'?sE.
Sebastiano Giustinian demeura en qualité d'ambassadeurordinaire près du Roi Très-Chrétien jusqu'en 1529 : ses résidences furent très-variées, autant que d'ailleurs l'étaient celles du Roi et de la cour. Il habita longtemps Blois, que le Roi n'avait pas encore abandonné pour Fontainebleau. Blois, depuis Louis XII, avait été le centre des plus grandes affaires diplomati({ues c[ui avaient été traitées en France. Ce fut surtout de cette ville que partit la correspondance du Vénitien adressée à la Seigneurie. Rarement, même jamais, jusqu'alors, un roi de France n'avait réuni près de lui des hommes d'Etat aussi éclairés et aussi illustres : un nombre considérable de dépêches sont ainsi datées de Blois, et signées par les noms les plus célèbres de la diplomatie italienne. Après Sebastiano Giustiniano, en 1529, la Cour,
l'Etat des autres , puisque à presque tous les princes de ce monde nous avions pris quelque chose. « Et l'ile de Chj'jjre, qui devrait appartenir à notre roi, ajoutèrent-ils, comment et de quel droit l'avez-vous? »
Quant à moi, sans sortii- des limites de la réserve et de la contenance, puisque ainsi l'ejifie la nécessité des temps (perché cussi la condition di teinpi la richledono), je justifiai les actions de Voire Sérénité, et quant à l'ile de GlivprCj je démontrai qu'il y a cinquante ans elle eût appartenu aux Turcs sans les flottes de la Sérénissime Seifjneurie, pour lesquelles elle a dépensé trois fois plus d'or que ne vaut cette ile, et qu'enfin après la mcHt du roi Jacques et de son fils, comme les Turcs voulaient s'en emparer et avaient déjà préparé une flotte dans ce but, la Reine, qui était une de nos zentil done , sœur de l'illustrissime messer Zorzi Corner, eh fit un abandon volontaire à la Seigneurie, elle-même fit lever les enseignes de Saint-Marc, et remit le gouvernement aux soins de quelques-uns de nos gentilshommes et elle vint à Venise, et telle est la vérité.
» Je fus ensuite appelé auprès du Piévérendissime Cardinal, qui, suivant sa coutume, entra dans ses doléances habituelles contre le Roi Tiès-Chrétien.
» Sebastiano Gicstisiax. »
n Londres, l"^"" avril 1516,
Cette remarquable et curieuse lettre a été traduite en anglais par Mi Ruskin et publiée par lui dans son très-beau livre T/ie Stones of Venice. Elle se trouve aussi traduite dans la même langue par M. Rawdon Rrown, p. 203, t. lei", des Despatches from t/ie Court of Henry VJII, que j'ai citées tant de fois.
L'AMBASSADFXTR ANDREA XAVAGERO. 391
qui était à Blois, vit arriver Andréa Navagero '. Ce grand esprit, à cette époque, n'était pas seulement l'un des plus expérimentés diplomates, il était aussi un excellent écrivain et un lettré distingué; mais arrivé à Blois, et après quelques semaines de travail dans les négociations et dans les
1 Andréa ^Navagero, né en 1483 de Bernardo Navagero et de Lucrezia Bolani. Les lettres latines lui furent enseignées par le célèbre professeur Marc Antonio Sabellico, et il étudia les lettres grecques à Padoue. Il fit partie de la célèbre académie qui portait le nom des Aide Manuce (Accademia Manuziana). Sa première preuve d'éloquence fut V Orazione funerea de la Reine de Chypre Catterina Cornaro, l'année 1510, en présence du dojje Leoiiardo Lanredano. A son grand honneur, il aida de ses lumières intellectuelles l'admirable Aide Manuce dans ses travaux sur les textes classiques : c'est ainsi qu'il a annoté les éditions des OEuvres de Cicéron , de Quintilien en 1514, de Yii'glle en 1515, d'Ovide en 1516. Son triomphe oratoire fut le beau discours qu'il prononça sur Bartolomeo d'Alviano, ce grand soldat de la République de Venise, si vaillant dans les luttes de la ligue de Cambrai et plus vaillant encore à Marignan. Navagero fut nommé vers cette épocjue conservateur officiel de la riche Bibliothèque de Venise, et par ses soins elle devint plus riche encore. Elu historiographe de la République, il est le premier patricien à qui cette digne charge ait été confiée. JSavagero correspondait avec les premiers hommes de son temps; on connaît ses lettres au grand et fin amateur Jean Grolier, au pape Léon X, à Pietro Bembo, à JacojDo Sadoleto. Ce fut pendant l'année 1523 (après le traité de paix et d'alliance entre Charles-Quint et la République de Venise) que commença la vie politique active d'Andréa Navagero : élu ambassadeur auprès de l'Empereur en compagnie de Lorenzo Priuli, il arriva à Tolède le 11 juin 1525. Cette légation fut hérissée de difficultés et pleine de travaux: elle n'eut de terme qu'au 31 juin 1528, date de l'arrivée de Navagero à Rayonne. Il se rendit à Venise, après avoir traversé la France, vu et pratiqué le Roi à Paris entre le 27 juillet et le 6 août. On le revit à Venise, en septembre, avec une joie extrême. Il était l'un des patriciens les plus en honneur et les plus aimés. Elu par le vote du Sénat à la dignité de Sage de terre ferme, il en remplit les laborieuses fonctions jusqu'en mars 1529, époque de sa nomination au poste d'ambassadeur ordinaire à la cour de France. Pour toutes ces négociations que rendaient si difficiles et si confuses les ambitions réciproques et les sentiments hostiles de l'Empereur et du Roi, Andréa Navagero s'était rendu nécessaire au service diplomatique de sa patrie. Parti de Venise le 2 mars 1529, il arriva à Bourges le il avril et à Blois le 13, au moment des chasses du Roi. Nava[i[ero trouva dans cette même ville son collègue Sebastiano Giustinian, qu'il venait remplacer. Le 21 avril, l'un et l'autre curent place au Conseil du Roi; d'iuiportantes négociations y furent commencées par Navagero, mais non continuées par lui ; la maladie
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conseils, la mort le surprit dans toute la vigueur de son talent, et la République et 'le Roi perdirent ainsi un négociateur émérite dans des circonstances politiques où il pouvait rendre les services les plus signalés. Par l'habileté de ses raisonnements, par sa prudence accomplie, par le charme de son esprit si clairvoyant, par l'agrément de sa courtoisie et la distinction de sa personne, il avait rendu de grands et notables services au gouvernement de sa patrie dans les légations dont elle lui avait confié la charge,
le surprit dans cette résidence, et il rendit l'âme le 8 nvai de cette année 1529. Son cadavre fut apporté à Venise, et, selon le désir exprimé jadis par Navagero lui-même, il fut enseveli dans la petite église de San-Martino, dans l'île de Miirano. Toutes les dépêches de cet ambassadeur ont été connues et analysées par l'érudit Gicogna, dont l'étude sur Andréa Navagero est l'écrit le plus complet qu'on puisse consulter avec fruit. La légende de V inscription, citée par Cicogna comme avant jadis orné le tombeau de cet illustre Vénitien, fut faite dans les termes les plus dignes et les plus honorables. Elle rappelle les missions de ce diplomate auprès de Charles-Quint et de François I*"", ainsi que le lieu de sa mort à Blois. J'en indique la légende à l'auteur de la curieuse et excellente Histoire de Blois, M. L. de la Saussaye, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres :
AXDRE.E. NAVGERIO
SEXATGRU A M PL ISS.
CVIVS. SIXGl'LAREM. DOCÏRIXAM. ET. R 0 M A X .B
ELOQVEXÏI.E. CAXDOREM. EVROPA. G M X 1 S. EST
ADMIRATA. PRVDENTIAM. VERG C .E T E RA S Q C E.
PRiESTANTIS. AXIMI. VIRTVTES. PATRIA. D I F F I C I I. L I M I S.
REIP. TEMPGRIBVS. VKL. VXA. ILLA. HISPAXIENSl.
DIVTVRNA. APVD. C A R 0 L V M V. L E G A T 1 O X E. S.BPIVS.
EXPERTA. EST. BLjESIO. IX. GPPIDO. AU. LIGERÎM.
5ViMM0. FRAKCISCI. G A L L 0 R V M. REGIS. MOEKORE.
APVD. QVEM. LEGATVM. AGEIiAT. VITA. FVNCTO.
QVVM. RBGEM. IPSVM. SEMEL. AVT. ITERVM
ALLOCVTVS. FLOREXTI. ADMODVM. IXGEXIG
VIR VXVS OMNIVM. SVI. SiECVLI. LONGE CLARISSIMVS
iETATIS. ANXO. SEXTO. ET. Qlj ADR AG E S I M G. XOX
MINGRI. SVO. QVAM. PATRICE. FATO. RAPEREÏVR
AXDREAS. ET BERXARDVS. D AR T H OLG M .E I. F.
PATRVO. B. M. PP. M. D. XXV
DECESSIT. OCTAVG. IDVS. MAII M. D. XXIX.
L'AMHASSADEUR ANDREA NAVAGERO. 393
On a retrouvé la copie de ses dépêches si pleines d'intéressants détails sur ses né^jociations personnelles avec l'Empereur Charles-Ouint et le Grand Chancelier pendant et après la captivité de François I". C'^'tait en parlant à Navagero lui-même, dans une audience, que l'Empereur, par un trait vraiment aussi fin cpie familier, avait caractérisé à merveille la politique que les Vénitiens s'étaient vus et se voyaient obligés à suivre : « .l'ai du reste pour amis les Vénitiens, lui disait Charles-Quint, car s'ils ne m'ont point aidé, au moins ils ne m'ont pas fait de mal. lo ho pov atnici i Veneziani , perche se no7i mi hanno ajiitato , non mi hanno fatlo maie. » Peut-on mieux caractériser l'esprit de neutralité dans lequel Venise aurait toujours voulu se tenir durant ces luttes? C'était encore à ce même Andréa Navagero que l'Empereur Charles avait dit, dans un de ces bons mais rares moments de belle humeur que lui laissaient ou sa goutte (car il l'avait déjà) ou sa colère contre le Roi son bon frère, mais son plus bel ennemi: « Savez-vous, ambassadeur, que si je voulais le trouble dans la chrétienté, cela ne dépendrait que de moi? Mais je ne cherche point autre chose que la gloire, qui consiste à ce qu'on puisse dire que de mon temps la paix et la tranquillité ont régné dans toute la chrétienté. Je désire même que cette paix soit si solide qu'elle soit durable encore après moi ; je veux que nos armes se tournent contre les infidèles, et j'espère que dans cette entreprise Dieu m'aidera! » De cette légation même on n'a retrouvé que le plan , que l'essai de la relazione conçue par cet illustre homme d'Etat : et, s'il est j)ermis de juger de la beauté d'un monument par la vue et l'examen d'un projet, on est en droit de dire que le monument écrit par Navagero , embrassant l'immense ' masse d'affaires qu'il avait vu se traiter, et à l'arrangement desquelles il avait été mêlé comme ambassadeur, aurait dii
39 i DE LA DIPLOMATIE VÉiMTIE^'NE.
être l'un des plus remarquables que les archives de la République Sérénissime auraient eu à conserver d'abord comme un précieux témoignage du talent de ses diplomates, et à donner ensuite comme le modèle le plus accompli , aux jeunes patriciens à qui les destinées politiques réservaient l'honneur de servir leur patrie auprès des princes de l'Europe *.
La mort d'Andréa Navagero nécessitait un successeur immédiat. Sébastian© Giustinian, son prédécesseur, venant de quitter la cour peu de jours auparavant, reçut l'ordre de retourner sur ses pas et de reprendre le cours des fonctions qu'il avait crues terminées : il demeura près du Pioi jusqu'au mois d'avril 1531, époque à laquelle il fut remplacé par Zuam Antonio Yenier, qui fit sa relazione le 11 mars 1533 : les Diarii nous en ont conservé le résumé. J'y vois peu de choses remarquables; la question de finances y est traitée, mais trop à la hâte. Il faut cependant mentionner ces quelques lignes qui sont particulières au Roi :
a II est d'autant plus facile au Roi d'avoir toujours de l'argent, que dans toute l'étendue du rovaume il renconti'e une soumission vraiment incomparable, et tels ils pourraient être en ce pays-là pour Dieu, tels ils sont pour le Roi. Sa Majesté a quarante et un ans; elle est d'une grande libéralité; elle dépense
* On trouvera le curieux sommaire de ce document dans Cicogna, Jnscrizioni Veneziane , p. 310.
Les œuvres publiées d'Andréa Navagero se divisent en œuvres latines et en œuvres italiennes. Ces dernières sont :
Rime, 1545.
Viarjgio iii hpagno, 1563^. (Ce voyage a été traduit par M. Tommaseo, Ambassadeurs vénitiens, t. I^"".
Lettere volijari ad Ramusio , 1556.
On a de lui de nombreux écrits inédits. Voir Inscrizioni Veneziane, par Emmanuele Cicogna, t. VI , p. 209.
FRAGMENTDELA /LEi^Z/O.Y^'DEZ. A.YEMER (1532). 395
extraoïcliiiaircment depuis un bout de raiiuée à l'autre eu joyaux, eu meubles, eu coustructious de jardius et de châteaux— Ou dit qu'il u'a pas d'écus coinptauts, bieu qu'il eu ait reçu beaucoup à la mort de madame la Régente, sa mère. Le Roi est d'uue telle nature, que, à qui lui apporte une pierre trouvée sous terre ou quelque autre chose, il donne de l'argent Il est bienveillant, vaillant et bon jouteur; il mange
seul à table, et les cardinaux et autres sont debout autour de lui; tout en mangeant, il parle volontiers d'affaiies, et se tient ainsi à table une heure et demie — Il est guéri du mal qu'il a eu, mais il lui en reste une trace sur la figuie; il lui manque aussi quelques dents, perdues par suite de ce même mal; c'est un homme très-robuste, capable de grandes fatigues à la chasse. Une fois, à une joute, il courut trente lances, et il en rompit seize d'aboi'd et douze ensuite; Il court un cerf à la chasse avec tant d'emportement, que les autres ne le peuvent suivre; quatre piqueurs seulement sont de force à suivre Sa Majesté. Après la chasse, il veut encore jouter le soir avec les siens à la balle — »
Depuis le départ de Zuam Antonio Venier, en 1533, le roi François l" vit se succéder à sa cour, jusqu'en l'année 1547, époque de sa mort, les ambassadeurs Marin Giustinian (de 1532 à 1535), Giovanni Bassadonna (1535-1537), Francesco Giustinian (extraordinaire, 1537)-, Carlo Capello (1537-1540), Matteo Dandolo (15-40-1542), Giannantonio Venier (1542-1544), Marin Gavalii (1544- 1546) : en tout sept ambassadeurs. Tous ont prononcé la relazione d'usage, mais quatre de ces documents nous sont parvenus seulement; les relazioni de Giovanni Bassadonna, de Carlo Capello et de G. Venier nous manquent. M. Tommaseo a publié celles des deux Giustinian et celle de Marin Cavalli; il n'a pas eu connaissance du rapport de Matteo Dandolo retrouvé depuis. Laissant de côté le discours de Marin Giustinian , dans lequel je ne rencontre pas, à quelques exceptions près, les qualités habituelles de précision et de clarté qui sont dans les discours de ses
collègues, je m'attacherai spécialement aux opinions et aux sentiments exprimés par les trois autres sur le royaume et sur le Roi.
Depuis le retour du Roi en France, un travail assidu et difficile , des fatigues continuelles , les inrpilétudes nombreuses qui s'étaient attachées à la condition des ambassadeurs vénitiens à la cour, l'incessante activité de la lutte entre l'Empereur et le Roi, sillonnée par tant de traités, marquée aux signes de tant de passions ambitieuses, traversée par tant d'entrevues, obligeait l'envoyé d'un Etat aussi intéressé dans la question que l'Etat de Venise à des preuves de dextérité, de prudence et de vigilance inconnues jusqu'alors. Les caractères si opposés, les natures si contraires des deux champions, rendaient la tâche de l'observateur et du négociateur d'autant plus délicate et d'autant moins praticable. Lorsqu'on voit les résultats pour Venise, qui en somme ne furent autres que ceux de la sauvegarde et du salut, il faut admirer à la fois et l'ouvrage et l'ouvrier : l'école d'expérience fut rude, mais les fruits en furent beaux. A de telles épreuves politiques, le gouvernement se faisait des hommes capables de le bien servir, par des enseignements, par des actes, par des exemples. Aussi ne faut-il point s'étonner si la réputation de la diplomatie vénitienne était si grande auprès des cours , à cette époque où des traités et des congrès qui avaient pour acteurs un Clément VII ou un Paul III, un empereur Charles- Quint et un roi François I*', offraient à des envoyés de Venise, tels que Gasparo Gontarini entre autres, au congrès de Bologne, l'occasion de faire briller hautement un de ces talents qui ne s'acquièrent point par d'autres moyens que par l'étude et l'école. De I 530 à 1540, (pie fallait-il pour que la paix du monde fût assurée? Il ne fallait pas autre chose que la