‹ La diplomatie VénitienneChapitre 142 sur 246 · ÉPREUVES ET TRAVAUX POLITIQUES · texte numérisé non relu

ÉPREUVES ET TRAVAUX POLITIQUES

cessation de la rivalité armée entre l'Empereur et le Roi. Venise fit le possible en matière politique pour jouer le rôle de conciliatrice ; elle fut en })lusieurs circonstances à la même hauteur (jue le Pape au con^jrès de ^ice ' . Le pape Paul III, lui aussi, ne voulait-il pas la paix entre ces deux j>rands champions, qui, sous prétexte d'accommoder toujours les choses de ce monde, et d'arriver aux solutions des questions toujours posées, étaient les grands perturbateurs de ce temps? Le travail politique auquel s'était livré le (gouvernement vénitien depuis les épreuves de la ligue de Cambrai, les discussions très-vives, très-serrées, qui s'étaient entendues à la tribune, au S(hiat; les luttes éloquentes, les partis qui s'étaient formés, l'usage enfin de la lil)erté de penser dans les débats parlementaires, l'encouragement et la force des études classiques, le goût profond des gjrands lettrés d'Athènes et de Rome, dont les livres se répandaient alors sous l'industrieuse protection de l'immortel Aide Manuce; telles sont les raisons vraies pour lesquelles Venise avait des diplomates habiles, qui parfois étaient des penseui'S profonds , ciipables de surprendre autant par l'ingéniosité de leurs raisonnements que par le charme de leurs observations et le maintien si dijjne de leur personne. Un Mémoire écrit par Nicolo Da Ponte ', alors sénateur vénitien, homme politique depuis l'année 1513, plusieurs fois ambassadeur, et enfin doge en 1578, mémoire consacré non-seulement au récit, mais à l'appréciation de la paix

1 Sur le conjfrès de iNice, il v ;i une relation spéeiale de iNieolù Tiepolo, publiée par M. Tomniaseo : Relazinne del clarisxiiuo M. Niccolà Tiepolo ritornato amhasciatoie dal convento di JS'izza dove fu fatta la trejja fra Carlo Ouinto, lîe Franccsco primo, con l'intervcnto di Papa Paolo III".

^ Mancfiçjio délia puce di Bolor/na (1529) tra Clémente VII, Carlo Quinte, la l\cpul)ljlica di Vonezia e Francesco Sforza. Scrittura originale del Doge ÎNiccolo Da Ponte. Ce mémoire a été publié dans le Recueil-Albèri (rollcction de Florence), VU* volume, série 2, t. III, de la l)age 141 à la page 247.

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de Bologne, conclue entre Charles-Quint et le pape Clément yil , donne une juste idée du progrès énorme qui s'était accompli dans le mode d'écrire sur la science de gouverner : tout diplomate devrait lire ce Mémoire, et, sans danger pour son amour-propre comme sans crainte sur le fruit rpi'il en tirerait, il pourrait en user comme d'exemple et comme de méthode. J'ai jugé nécessaire d'entrer dans ces considérations avant de citer un seul fragment des relazioni qui appartiennent à cette période même : la différence qu'il y a entre elles et les précédentes est si grande, (jue le lecteur, involontairement, ne se serait pas rendu compte des causes d'une si liotahle transformation.

Nos ambassadeurs, ii l'avenir, ne sont plus de ces naïfs et curieux rapporteurs tels que Zaccaria Contarini et Francesco Capello, que nous avons vus à la cour de Charles Ylll ; ils sont tous de grands appréciateurs; parmi eux il y a des écrivains : tous ont beaucoup lu, beaucoup appris; les éloges qu'ils font ne sont point serviles, et les blâmes qu'ils adressent sont indépendants de leurs intérêts privés. Que de beaux écrits de leurs contemporains n'ont-ils pas d'ailleurs sous les veux, sans qu'il leur soit indispensable de recourir à des sources inspiratrices telles que le De officiis ou le De oratore! N'ont-ils pas déjà leurs classiques italiens? et Florence, Florence la lettrée et la cultivée, Florence la polie, la vraie Athènes itcdienne celle-là; Florence recueillant les admi rallies fruits de la protection donnée aux lettres et aux sciences par le grand Cosme, n'a-t-elle pas déjà doté toute l'Italie d'un classique tel que Guicliardin, et d'un philosophe d'État tel que Machiavel? Les trois diplomates vénitiens dont les relazioni appartiennent à la seconde moitié du règne de François I" se |)résentent donc à nous entourés des preuves d'un ])rogrès accom-

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