APPRÉCIATION DE L'E:\1PEREUR ET DU ROI
pli : leur méthode n'a rien d'identique. Comme on le dit des artistes, ils ont leur manière, et celle de Marino Cavalli se rapproche beaucoup, dans la peinture qu'il fait du Roi, de la inanière vivante, splendide, lumineuse et puissante de Titien, ce grand prince des peintres. Francesco Giustinian est un observateur des plus froids et n'a point le coloris de Marino Cavalli; il voit et dit simplement, et sa philosophie est dirigée par un bon sens qui est loin de tous signes vulgaires ; il a des axiomes politiques ; il avance que dans l'union des princes c'est quelquefois la nécessité amenée par les événements qui opère ce que ni la nature ni le calcul n'ont pu faire. Matteo Dandolo diffère de l'un et de l'autre; il est tout proche d'un peu de causticité, il a le trait dans l'olîservation , il a trop vu pour ne pas être un peu sceptique.
Le Milanais, ce duché terre-promise, cette pomme de discorde de la première moitié du seizième siècle, et sur le titre et le fait de la possession duquel s'était si implacablement et si tenacement établie la sanglante rivalité de Charles et de François, le Milanais, ou plutôt les destins du Milanais, sont bien, au dire et au jugement de Francesco Giustinian , l'ohstacle à la paix universelle tant souhaitée , tant désirée par tant de peuples harassés au service volontaire et involontaire de cette querelle. A l'égard de cette paix, Giustinian ne la croit point prochaine :
« Et dans le cas où elle arriverait, dit-il, on pourrait bien répéter : « A Domino factiim est istud, et est mirabite in oculis noslris, » ainsL que le dit le Roi lui-même en apprenant que l'Empereur voulait lui céder l'État de Milan et conclure la paix — »
Mais l'Empereur, en effet, ne donna pas lieu de crier au miracle, et il ne se déposséda point de ce beau fleuron de sa couronne : je me demande même, s'il y eut renoncé
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dans Je cas où le fils aine du Roi, Charles d'Orléans, n'eut pas été enlevé par une mort rapide qui annula les conventions d'après lesquelles, en épousant une fille de l'Empereur, le Dauphin de France eût reçu le duché pour apana^je. L'amhassadeur a eu soin d'exposer les désavantages de la cession pour l'Empereur, et c'est la force de ces désavantages qui le rend incrédule. Il ne reconnaît pas qu'il soit dans les habitudes de l'Empereur de se priver d'un État qui lui assure beaucoup de puissance quelque part, et surtout lorsqu'il est question de s'en priver pour la plus grande fortune de son plus grand ennemi :
(I II y en a qui croient que les choses se seraient mieux arrangées si l'on avait pu inspirer à ces deux potentats une confiance réciproque; mais d'après ce que j'ai pu comprendre par la physionomie du Roi (car de cet indice on déduit quelquefois la pensée des hommes), par ses paroles et enfin par les propos de Sa îMajesté la Reine de Navarre et des sei^jneurs de la cour, je dis que le Roi Très-Chrétien se serait fié à l'Empereur, si celui-ci avait voulu relâcher quelque chose des dures conditions de la capitulation de Madrid. Mais comme Sa Majesté Impériale n'en voidut pas démordre, tout traité fut rompu , au grand regret des diverses nations chrétiennes. »
Et Giustinian , tenant à donner à son raisonnement le prestige de déductions toutes politiques, ajoute alors une pa;;e remarquable dans laquelle il prie les illustres Seigneuries qui l'écoutent de considérer comment se forment les amitiés entre particuliers, et comment se nouent les bonnes relations entre princes. Ce qu'il a entendu de la bouche même du Roi de France pendant son séjour près de lui , et ce qu'il a entendu de l'Empereur dans le conseil de la Seigneurie, est une preuve que, d'après ses principes à lui sur l'union des princes, il n'y a guère lieu de compter sur celle de Charles et de François. La sœur même du Roi, la Reine de Navarre [la quale è donna di molto valore e spirito