LES DÉPLACEMENTS DU ROI FRANÇOIS I
grande, et qui intervient à tous les conseils) dit un jour à l'ambassadeur lui-même que si on voulait que ces deux hommes fussent d'accord, il serait nécessaire que Dieu s'occupât de refoire l'un sur le modèle de l'autre. Il montre le Roi libéral, ouvert, focile à entendre l'avis d'autrui ; l'Empereur, au contraire, taciturne, peu donnant, préférant s'écouter lui-même que d'écouter les autres. Enfin, ajoute Giustinian dans le but de prouver combien le Roi se rend compte de l'opposition qui existe entre son caractère et celui de l'Empereur :
<i Sa jMajesté, un jonr qu'elle causait avec rExcellentissiine Capello et moi de la question des trêves, nous dit qu'il crevait vraiment que l'Empereur s'étudiait à lui être contraire en tout, que si lui. Roi, proposait la paix, César répondait qu'il ne pouvait la faire, mais qu'il ferait (juelque accord; que si le projet d'accord venait de lui, César parlait alors des trêves, de manière que jamais ils ne pouvaient se rencontrer dans des conditions connnunes d'esprit et de volonté \ »
Matteo Dandolo vit le Roi en 1540, un an avant les guerres nouvelles : au reste, bien que depuis 1537 la force des choses eut fait durer la trêve conclue d'abord pour trois mois, avant le congrès de Nice et l'entrevue d'Aigues- Mortes qui la prolongèrent, le Roi n'en avait pas j)our cela pris plus de repos : les chasses et les déplacements (déjà je l'ai fait observer) étaient passés dans son humeur à l'état d'habitude : tous les ambassadeurs en souffraient beaucoup , et tous déplorent le surcroit de dépenses et l'excès de fatigues auxquels les entraînent le caprice et l'inconstance du Roi dans le choix de ses résidences.
1 Voyez pour le texte on'yinal des rclazioni de Marin et de Franrc.sco Giustinian le recueil de Tominaseo , collection des Documents inédits pour servira l'histoire de France, t. P"", de la page 168 à la page 195, et la Raccoha Albèri , série l'"«".
A cette époque, en effet, les ambassadeurs suivaient le Roi dans ses déplacements : or, sous les Valois, mais plus encore sous le règne de François I" rpie sous le règne de ses successeurs, ces déplacements étaient continuels. Il n'y a jamais eu de princes moins stables que les Valois, et dont l'humeur fut plus portée aux divertissements et aux exercices des grandes chasses. Les ambassadeurs étaient dans cette étrange situation de ne jamais savoir beaucoup à l'avance le lieu et la durée des séjours. Ils ne résidaient pas, ils campaient. Un ambassadeur vénitien affirme que les charrettes et les mulets qui suivaient ou précédaient l'arrivée ou le départ de Sa ^lajesté dans quelqu'une de ses villes de plaisir coûtaient dix mille écus. Il serait curieux, avec l'aide de toutes les dépêches, de composer un itinéraire exact de tous les Valois '. « Jamais, dit Marin Giustinian, du temps de mon ambassade, la Cour ne s'arrêta dans le même endroit pendant quinze jours de suite : elle se transporta d'abord en Lorraine, en Poitou, en différents lieux de la Belgique, ensuite en Normandie, dans l'Ile de France, en Normandie derechef, en Picardie, en Champagne, en Bourgogne. » Son ambassade avait duré quarante-cinq mois, presque toujours en voyage. A peine arrivé à Paris, le Roi lui fit dire que la Cour allait à Marseille. Il traversa le Bourbonnais, le Lyonnais, l'Auvergne et le Languedoc. L'entrevue avec le Pape Clément VII, qui amenait avec lui cette petite fille que plus tard nous appellerons la Reine mère (Catherine de Médicis), annoncée d'abord pour l'été, n'eut lieu qu'en automne, en novembre. De Marseille, la Cour et les am-
1 Ij' Itinéraire dex Bois de France (dans les Pièces fiifjitlves pour servir a l'histoire de France avec des notes historiques et {;éographiques , tome I*^"", partie l''^) donne déjà une idée assez exacte sinon bien complète des déplacements du roi François I*"".