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LES DEPLACEMENTS DU ROI FRANÇOIS I

bassadeurs revinrent par la Provence, le Daupliiné, le Lyonnais, la Bourgogne et la Champagne, jusqu'en Lorraine, où le Roi devait rencontrer le land(;rave de Hesse. Marin Giustinian assure que ce voyage lui a coûté six cents écus au-dessus de la pension de son gouvernement; le change de Lyon à Venise avait haussé de dix j)our cent, tout le monde tirait sur cette place, et le Pape Clément avait négocié à lui seul pour quarante mille écus. Encore ce voyage avait-il été accompli dans un but- politique. Mais pendant les rares années où l'Empereur laissa reposer le Roi, ce dernier ne pouvait demeurer tranquille : les Parisiens le voyaient peu. Il lui fallut des châteaux, des vallées et des grands bois. Matteo Dandolo estime que de son côté il n'est pas resté trois mois sans voyager à la suite de la Cour, et, parlant du Roi, il le montre vagatido sempre per tutta la Francia. Je ne sais si c'est à cette instabilité qu'il faut attribuer l'absence de commentaires politiques dans sa relazione. Son esprit, en effet, parait être tout à l'opposé de celui de Francesco Giustinian; il ne fait pas le philosophe, il se contente d'avoir été un bon oJjservateur, il recherche les détails, il a la phrase courte et assez vive :

« Je diviserai, dit-il, mon discours en trois parties. Dans la première: la description de la France, non point selon Jules César, mais selon que Sa 3Iajestc la possède, puis le gouvernement; dans la seconde, les revenus et les dépenses; dans la troisième, les habitudes de Sa ^lajesté et des Sérénissimes Princes ses enfants, ainsi que sa disposition d'esprit à lé^jard des puissances étrangères avec lesquelles il faut compter, à l'égard de l'Empereur surtout; cela m'amènera à parler de la présente guerre *. »

Matteo Dandolo, en vrai docteur qu'il est, aime h dire

' La relazione de Matteo Dandolo n'a pas été connue de M. Tornmaseo.

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l'origine des choses : du reste il s'exprime bien et trouve assez juste les étymologies; il admire beaucoup le pays de France, et il entre sur ses limites dans de petites appréciations pittoresques assez heureuses :

« Le pont Beaiivoisiii, qui, par un petit fossé, une tranchée (îina piccola trinciera) , divise la France de la Savoie, s'appelle ainsi, parce qu'anciennement le Roi était appelé par ce Duc le Beauvoisin (il Belvicin).

Il énumère nos parlements; il paile des conseils du Roi :

« Le (jrand Conseil est composé de cinquante premiers docteurs; la moitié d'entre eux est en service pendant la moitié de Tannée; ils suivent toujours la cour et sont honorablement lo(jés, le plus souvent au même lieu que les ambassadeurs, ou dans un endroit voisin du séjour où le Roi doit se tenir; cela fut établi vraiment par les officiers et les courtisans du Roi et autres princes et seigneurs qui suivent la cour, afin que ces conseillers puissent défendre leurs intéi'êts en même temps qu'ils font leur office auprès du Roi, chacun à son tour.

)) Sa 3Iajesté a ensuite son petit Conseil, qui peut être comparé à notre Sénat, parce qu'on y traite des questions de même nature. Ce Conseil se réunit chaque jour après que Sa ^Majesté s'est retirée pour dormir. Sont présents le chancelier (Guillaume Poyet alors), l'amiral (Philippe de Brion-Chabot), monseigneur Ânnebaut, les Révérendissimcs cardinaux de Tonrnon et du Bellay, qui est frère de monseigneur de Langey, le même monseigneur de Langev, le révérend et illustrissime de Ferrare, l'évêque de Soissons et le secrétaire Bavard, lequel a la charge des expéditions et des ordres de Sa ^lajesté, tels que privilèges, grâces et choses semblables.

» Sa Majesté Très-Chrétienne a encore son Conseil très-secret; on le désigne sous le nom de les affaires. Y out accès la Sérénissime Reine Marguerite de iNavarre, sœur du Roi qui, à cet effet est obligée à se trouver partout où se trouve Sa Majesté, pour si incommode que cela soit; le Séréuissime Roi de ?savarre lorsqu'il est à la cour, monseigneur Famiral, monseigneur d'Annebaut, le révérendissime de Lorraine et monseigneur le Dauphin; ce Conseil se tient sans aucun secrétaire. »

e:mploi du te:mps par franc.ois I". 405

L'ambassadeur ajoute que ce dont on traite dans cette réunion demeure en effet très-secret, et à un tel point, que s'il ne s'en était rendu compte par lui-même il ne l'aurait pas cru. A l'issue de ce conseil, le Roi allait à la messe, puis à diner : c'était après ce repas qu'il s'entretenait habituellement avec le chancelier sur des affaires courantes; levé de table, il se retirait dans un coin de la salle ou près d'une fenêtre, et donnait audience aux ambassadeurs; une foule de cardinaux et de princes étaient présents, et si l'audience devait être toute secrète, le Roi leur donnait l'ordre de s'éloigner, Matteo Dandolo entre ensuite dans quelques considérations sur les trois plus grandes charges et dignités du rovaume : celles de chancelier, de connétable et de grand amiral. Il énumère l'armée : voici, à titre de détail, ce qu'il dit de la garde du corps du Roi :

« Sa Majesté a iOO archers à cheval pour la ^arde de sa personne : 300 sont Français, 100 Ecossais; ;24 d'entre eux forment la garde du corps, c'est-à-dire qu'ils veillent la nuit. Crs archers ont 300 francs de solde à l'année, et ceux du corps 400. Sa ^lajcsté a en outre 100 Suisses recevant dix sous par jour (uu quart de notre ducat).

j) Sa ^lajesté tient avec elle 200 fyentilshomuies, à iOO francs chacun par an, sous le comniandeuieut de deux chefs, l'un monseijjneur Louis de rs^evers, oncle du duc de 3Iautoue, l'autre luonseiyiieur de...; tous les deux ont un beau nom dans les armes; pour cette char(je, ils ont chaciui 1,200 francs à l'année.

» Le Roi a de revenus ordinaires 5 millions d'écus. Le roi Louis tirait seulement des tailles 1,550,000 francs, le présent roi François en tire 5 millions. »

L'ambassadeur passe ensuite aux revenus du rovaiune, apprécie les décimes du clergé, et entre, à proj)os des finances générales, dans des détails qu'il sera toujours bon

de consulter. Il répartit enfin dans le cadre suivant les dépenses royales :

Aumônes ordinaires 16,000

Postes des courriers 45,000

Deux mille hommes d'armes 900,000

Augmentation de 20 pour 100 dans les compafjnies. . 25,000 Dépenses ordinaires pour les choses de {juerre en temps

de paix 200,000

Artilleries ordinaires qui se font chaque année et frais

y attenants 54,000

Artilleries extraordinaires, charges et salaires 19,000

Marine de Marseille 140,000

Marine de l'Ouest 14,000

Gardes des palais et jardins 20,000

Table du Roi 85,000

Ecuries, maîtres, sci'viteurs et palefreniers 80,000

Etoffes d'or et de soie que le Roi donne 50,000

Valets (le chambre, écuyers, agents comptables. . . . 190,000

Table de la Reine et toutes dépenses pour elle. . . . 140,000

Dépenses du Dauphin et de la Dauphine 280,000

Services des messes et autres choses in spiritunlibus. . 60,000

Deux cents gentilshommes à 4C0 francs Tun 80,000

Garde des Écossais 34,000

Trois régiments d'archers français 93,000

Garde des Suisses 13,000

Prévôté du château 10,000

La fauconnerie 60,000

Salaire du grand connétable 17,000

Officiers du parlement de Bretagne 8,000

Général de la justice de Paris 3,000

Bagages ordinaires 12,000

Constructions aux frontières de Picardie 90,000

Constructions du palais de Chambord (jusqu'à présent

elles coûtent 400,000 francs) 30,000

Constructions de Fontainebleau 50,000

Constructions des frontières en Champagne et en

Bresse • • 15,000

Au Roi au comptant selon son bon plaisir 500,000

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