DÉPENSES ROYALES
Deux pensions aux Suisses 200,000
Pension ordinaire aux Anglais, créanciers depuis six
ans 200,000
Salaires ordinaires à divers officiers 30,000
Salaires d'ambassadeurs et dons aux ambassadeurs
étrangers 130,000
Gardes des biens du Roi 25,000
Dons et présents 500,000
Gardes des forêts 10,000
Choses que Sa Majesté achète pour son plaisir (bijoux, etc.) 1()0,000
Dépenses extraordinaii-es non qualifiées 400,000
En menus plaisirs * 300,000
L'ambassadeur dit que la physionomie du Roi a été trop souvent décrite pour qu'il entre à cet égard dans de grands détails; il n'en fait pas moins ce petit portrait :
« Le Roi est beau, plutôt brun qu'autrement, très-grand, large des épaules et de la poitrine, et si ardent et courageux, que j'assure à Vos Seigneuries que je l'ai vu entrer en lice, lors du mariage de la princesse de Navarre, par la plus grande chaleur que j'aie ressentie en France, franc et aussi délié qu'aucun chevalier de ce monde; la mine toujours joyeuse, le visage long et plein, et le tout à l'avenant; la vue seulement est un peu courte, et il est toujours si bienveillant, que je n'ai jamais entendu dire que quelqu'un l'ait quitté mécontent. Il s'habille splendidement. Ce mois de septembre, il accomplit sa quarante-huitième année, comme me l'a dit la Sérénissime Reine de Navarre. »
Le Roi chasseur n'est pas oublié, et je rencontre de curieux et piquants détails sur ses prouesses et ses hauts
1 Plusieurs ambassadeurs ont énuméré les dépenses royales : ainsi Marin Giustinian, Francesco Giustinian, etc. Je fais observer à ce propos nue les uns ont compté par écus et les autres par francs. Du reste, je recommande pour ces cbapitres la plus grande circonspeclion. Je crois que pour faire une juste part à la vérité et à l'exactitude dans cette question, il importe de comparer les sources. Consultez les comptes des llois de France aux Archives impériales, ainsi que les ouvrajjes spéciaux.
408 DE LA DIPLOMATIE VÉMTIE?s>E.
faits : cotait un homme infatifjable, ne restant jamais plusieurs jours en un même lieu, ne pensant cpi'à la chasse quand il ne pensait pas à la guerre , chassant par tous les temps, si mauvais qu'ils fussent. Rien n'arrêtait le roi François dans ces entreprises-là ; il court le cerf et les femmes, c'est là son humeur. La nuit le surprend loin de ses palais, au fond des bois; il dort où cela se rencontre, parfois dans les plus infimes réduits. Le lendemain , il suit de nouveau la trace, jusqu'au moment suprême où la bête est forcée '. Les dangers, les accidents, ne l'émeuvent pas. Un jour, la bête l'enlève de sa selle, le renverse, le foule aux pointes de son bois; on le crut mort. C'est une vaillante nature, très -française, riante et souriante au péril, peu politique au fond, plus chevaleresque en toutes luttes qu'en aucuns traités; il n'y a rien en lui de l'homme de cabinet. L'étrange figure que la sienne à côté de celle de l'Empereur! Sa passion est telle pour la chasse à la grosse bête, qu'indisposé même il y veut aller. L'ambassadeur lui reprochait un jour, à Fontainebleau, un hiver, d'avoir chassé par un froid trop vif et trop rude. « Par ma foi, répondit Sa Majesté, c'est la chasse qui m'a guéri : » cependant il pouvait à peine parler. Aussitôt son diner fini, il court aux grands bois, soit à Chambord , soit à Blois et à Burv, soit à Fontainebleau, et revenu, il se met à souper, sans penser même à se reposer. A ceux qui le voudraient retenir, il dit que, même vieux et malade, il se fera porter à ses chasses, et que peut-être, même mort, il voudra y aller dans son cercueil,
* Le Traitté de la vénerie, par feu M. Budé, conseiller du rov François I*-""", et maistre des requestes ordinaires de son liostel, publié pour la première fois par Henri Clievreul (Paris, Aubrv), est fort intéressant à lire. Le {joût et la science du Roi à lendrciit des {grandes chasses v sont mis en une lumière charmante dans le dialogue et dans l'entretien qu'il a avec son conseiller.