LES BATIMENTS ROYAUX
Il faut voir les comptes des bâtiments royaux.de 1527 à 1546, pour concevoir les beaux et {grands ouvra(;es qu'il fit exécuter en France; le soin de ses résidences l'occupe autant que le soin de la guerre; il si(;ne constamment des lettres patentes pour l'embellissement des châteaux et des rendez-vous qu'il lait élever dans l'Ile-de-France, dans l'Orléanais et autres riches provinces bien boisées. La teneur de telle de ces lettres patentes révèle seule le plaisir que prend le Roi à ces constructions. Le premier jour d'août de l'an de (;râce 1528 entre autres, il écrit : « Comme pour prendre nostre plaisir et desduict à la chasse des grosses bestes, nous avons puis naguères ordonné faire construire, bastir et édiffier un édifice au lieu de Fontainebleau, en la forest de Bière, et deux autres aux lieux de Livry, et l'autre en nostre bois de Boullongne près Paris , èsquels lieux nous sommes délibérez quelquefois nous retirer poiu' le plaisir de la chasse » Combien
d'autres ordres furent ainsi donnés pour les « chasteaux de Saint-Germain en Laye, de Yilliers-Cotterets, de Ghambord , de Loches, Chenonceaux, de Saint-Léger, près M o n tfo il- r A m au r y ' .
* Vovez toujours pour cette époque la Renaissance des arts, par le C*<' de Laborde. « Chanibord, dit le savant M. de Laborde, était tout Français. En 1526, Pierre Trinqueau de Blois Ht ce diàteau pour loger une merveille d'escalier, mais lescalier permit à peine d'y loger le Roi; en 1527, Gilles le Breton, maitre maçon, c'est-à-dire architecte français, commence la transformation de l'ancien Fontainebleau; bientôt après, Serlio, et avec lui une colonie d'artistes italiens, s'abattent sur ce château et en font leur domaine. L'année suivante, en 1528, s'éleva le château du bols de Boulogne, bijou aux mille couleurs, reposant gracieusement dans son écrin de verdure. C'était l'teuvre de Jérôme délia Robbia, et le premier essai en France d'une féconde innovation dans l'art. » P. 1036.
Sur Chatnbord particulièrement voyez un petit volume dû à la plume et au savoir de L. de La Saussave, de l'Académie des Inscriptions et belleslettres, " Le cliâleaii de Chanihord. » f Huitième édition, imprimée chez Perrin, ù Lyon, 1859, en vente chez Aubrv, à Paris.)
410 DE LA DIPLOMATIE VENITIEx\?sE.
. Les ambassadeurs vénitiens ont jaarlé fort peu des maîtresses du Roi , du moins dans les relazioni; sans doute ont-ils été plus explicites sur ce galant chapitre dans leurs dépêches. Dans les premières, je n'ai vu citée qu'une fois madame d'Etamj)es , à propos d'argent reçu par elle pour favoriser une affaire; toutefois, le goût du Roi pour les dames y est souvent mentionné, ne serait-ce que par des allusions au sujet des dépenses. Lorsque, énumérant les dépenses du Roi, Marin Giustinian porte 96,000, 100,000 et même 150,000 écus à l'article des menus plaisirs, il a soin de dire : « Car dans ce chapitre sont compris les achats de bijoux, notamment de diamants, les présents publics faits aux daines de la cour, et le Roi , dans ces choses-là, ne reconnaît pas de limites [ed in ciù il Re non ha modo alcuno). » Le Roi aimait les dames pour l'agrément de sa cour, et il aimait les femmes autant par instinct que par tempérament. Il faut voir comment Brantôme, toujours si facile h excuser les sens et si ingénieux à trouver de belles raisons dès qu'il s'agit des dames, raconte le plaisir qu'avait eu le roi François à bien former la petite bande des dames de la cour, « dames de maison, des damoiselles de réputation, qui paroissoient en la cour comme des déesses au ciel. » Le Roi était l'inspirateur, l'Apollon de toutes ces Muses, fort lascif du reste, ayant le mot aussi hasardé qu'heureux, adorant Boccace et Arioste, et portant communément avec lui en voyage quelques beaux exemplaires de leurs merveilleux livres; c'était bien l'homme fait pour tolérer le sarcasme gouailleur et solliciter même le rire et les scandales bouffons de l'Arétin, qui ])oussait la plaisante impudeur jusqu'à dédier au Roi Très-Chrétien un petit écrit fort grotesque sur la personne et le nez de Sa Majesté elle-même. Cela était adressé au Roi sous le titre de Nasea overo Diccria de nasi di Ser