‹ La diplomatie VénitienneChapitre 15 sur 246 · COMMERCE DES SECRETS D'ÉTAT · texte numérisé non relu

COMMERCE DES SECRETS D'ÉTAT

moyens ne manquèrent pas pour arriver mystérieusement à la possession de ces précieux e'crits.

De tout temps, en effet, il y a eu des entremetteurs de documents politiques secrets. A Venise, sous la vigilance du Conseil des Dix et des inquisiteurs d'Etat, ce commerce était dangereux, mais aussi les tarifs étaient-ils en raison des risques que courait le négociatexiv, c'est-à-dire trèsélevés. Ces négociateurs hardis et mystérieux avaient pour principale et puissante clientèle les cabinets diplomatiques de l'Espagne et de Rome, auxquels, en vertu des moyens de corruption et des ressources ingénieuses dont ils pouvaient et savaient disposer, ils livraient à grands frais les résultats de leurs souterraines manœuvres. Il n'était pas nécessaire que l'auteur ou le détenteur officiel des pièces originales mît sa personne en jeu dans des négociations aussi hasardeuses; mais les gens qui les entouraient, leurs serviteurs, leurs familiers, étaient parfois dévoués, sinon à la personne même de ces escrocs de secrets, du moins aux ducats et aux sequins de leur escarcelle. En telles matières, d'ailleurs, l'impossible est possible. A cet égard, que ne nous révèlent pas les papiers de Mazarin? et pour lui, savoir était-ce autre chose qu'un jeu d'enfant? Ainsi se pratiqua pendant longtemps ce commerce ténébreux; et ainsi s'explique la circulation de papiers dont l'Etat se croit souvent le seul possesseur. Nulle part donc je n'ai vu de traces du consentement , soit avoué , soit tacite , des chefs du gouvernement de Venise, pour la communication des relazioni. Sans le secret exigé pour les re/azioni. où eussent été pour les ambassadeurs les garanties de la liberté du langage dans les censures qu'ils faisaient de telles actions ou de telles mesures des princes auprès desquels ils avaient longtemps séjourné? La République ellemême n'aurait-elle pas été en butte à des demandes d'ex-

AS DE LÀ DIPLOMATIE YÉMTIEiN'rsE.

plication continuelles de la part des représentants de ces mêmes jirinces, non satisfaits du portrait que l'ambassadeur aurait pu faire ou du ju^jernent qu'il aurait pu porter? On n'aurait point eu alors pour excuses les obligations qui sont les conséquences d'un mode de fjouvernement aussi constitutionnel et aussi indépendant que celui de la Grande- Bretagne, ou bien les nécessités de l'usage (jui existe de communiquer au parlement les pièces diplomatiques.

Lorenzo Contarini , qui avait suivi Ferdinand aux campagnes contre les protestants d'Allemagne, connaissait bien aussi Charles-Quint ; il avait eu de lui plus d'une audience, et en 154-8, date de sa relazionc au sénat, il ne se fit point faute de dire hautement les erreurs que, selon lui , l'empereur Charles avait commises. Les aurait-il décrites avec la chaude éloquence et la logique serrée dont il fit preuve, s'il eût été assuré que l'empereur Charles pût avoir connaissance d'opinions aussi formellement exprimées dans une solennelle assemblée? Je ne le crois pas. Et je m'étonne d'autant plus que M. Gachard, qui connaît cette relazione, entre autres, pour l'avoir magnifiquement analvsée et mise en son beau jour, ait conjecturé la moindre tolérance du sénat de Venise à l'endroit de semblables pièces. Ce même Lorenzo Contarini ne pourrait-il pas être envové de nouveau à ce même empereur? Comment le revoir alors? Quelle confiance lui inspirer? Quelle aménité ou quelle complaisance en attendre? Giovanni Sagredo, an retour de sa mission extraordinaire à Cromwell, assure hautement que le Protecteur est j)lus craint qu'aimé, et que, conformément à cette loi générale qui fait que ce qui s'a]ipuie sur la violence n'est point durable, il a peu de confiance sur la durée de sop gouvernement... L'aurait-il dit avec cette fermeté de paroles, s'il eût douté même que Cromwell en pût être instruit? Sans la garantie

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