‹ La diplomatie VénitienneChapitre 150 sur 246 · BEAU PORTRAIT DU ROI · texte numérisé non relu

BEAU PORTRAIT DU ROI

qu'il sait que Cavalli doit prononcer sa relation. Cavalli se présente, le voici à la tribune; il fait d'abord un tableau de la France, il dit l'état de ses finances, l'état de l'armée, il parle des coutumes du pays, de la politique qui a été soutenue, il fait part aussi de ses prévisions. Mais le voici au moment de parler de la Cour elle-même; comme tout ce qu'il a dit précédemment forme une période bien comj)lète, il doit nécessairement s'arrêter un instant pour reposer sa voix; puis, comme il va reprendre la parole, le ]dus (jrand silence se fait de nouveau parmi tous ces illustres patriciens, tous les regards des yorporati sont portés sur lui, Cavalli va parler de la personne du Roi, et ses premiers mots mêmes sont un trait de belle éloquence :

« Le Roi, dit-il, est maintenant âgé de cinquante-quatre ans; son aspect est tout à fait royal , en sorte que sans jamais avoir vu sa figure ni son portrait, à le regarder seulement, un étranger dirait : C'est le Roi ! Tous ses mouvements sont si nobles et si majestueux, que lud prince ne saurait l'égaler. Sou tempérament est robuste, malgré la fatigue excessive qu'il a toujours endurée et qu'il endure encore dans tant d'expéditions et de voyages. Il y a ])ien peu d'hommes qui eussent supporté de pareilles adversités.... Maintenant, il mange et boit beaucoup, il dort très-bien, et ce qui lui importe, c'est de se sentir vivre dans une joie et une satisfaction extrêmes. II aime beaucoup la recherche dans son habillement, qui est galonné et chamarré, riche eu pierreries et en ornements précieux: les pourpoints mêmes sont bien travaillés et tissés en or; ses chemisée sont des plus belles, et il en montre la broderie à l'ouverture du pourpoint, toutes choses k l'usage de France, et dont l'ensemble contribue à l'exquisité de la vie et au bien de la santé '.

* Le pins l)eaii portrait du Roi qui ait été peint est sans conteste l'œuvre de Titien, l'our les autres portraits, voyez le livre indispensable mais trop rare de M. Léon de liaborde : u La Renaissance des arts à la cour de France », t. I'"", p. 18. Desciiption du portrait de François I*'' à cheval, couvert de son armure de guerre, par Jean Clouë't, p. 23; autre portrait, aussi par Jean Clouët ; il est pris de trois quarts ; le costume est de

») Autant le Roi supporte bien les fatigues corporelles et les endure sans jamais plier sous le fardeau, autant les soucis de l'esprit lui pèsent. Aussi s'en remet-il presque entièrement sur le cardinal de Tournon et sur l'amiral. Il ne prend aucune décision, il ne fait aucune réponse qu'il n'ait écouté leur conseil; en toutes choses il s'en tient à leur avis, et si jamais (ce qui arrive bien rarement) on donne une réponse à quelque ambassadeur, ou si l'on fait une concession qui ne soit pas approuvée par ces deux conseillers, il la révoque ou la modifie. Mais pour ce qui est des grandes affaires de l'Etat, de la paix ou de la guerre, Sa Majesté, docile en tout le reste, veut que les autres obéissent à sa volonté. Dans ce cas-là, il n'est personne à la cour, quelque autorité qu'il possède, qui ose en remontrer à Sa Majesté.

j) Ce prince est d'un fort beau jugement, d'un savoir trèsgrand; à l'écouter, on reconnaît qu'il n'est chose, ni étude ni art sur lesquels il ne puisse raisonner très- pertinemment et qu'il ne juge d'une manière aussi certaine que ceux-là même qui y sont spécialement adonnés'. Ses connaissances ne se bornent pas simplement à l'art de la guerre, à la manière d'approvisionner, de conduire une armée, de dresser un plan de bataille, de préparer des logements, de donner l'assaut à une ville

satin gris blanc brodé d'or. Voyez dans ce même excellent ouvrage, p. 82-89, les détails spéciaux sur les effigies de Fiauçois I*"*" prises par Fram;ois Clouët à Rambouillet. Au cliàteau de Hainptoncouit il V a un autre portrait du roi François I*^"", mais il est faussement attribué à Ilolbein.

L'effigie de François I<^'" a été souvent gravée : consultez ses médailles, il y en a de fort belles. Voyez le Catalogue raisonné des Camées et pierres gravées de la Bibliothèque impériale, par M. Chabouillet. Paris, 1858. Camées de la renaissance. Iconographie, n° 325. François I^"", la tête nue, avec une jcuirasse richement ornée. Buste de profil. A l'exergue une couronne royale ouverte. Sardonyx à 2 c, diam. 9 c. M. Chabouillet attribue ce magnifique camée à Matteo del Nassaro, de Vérone, graveur général des monnaies du Roi. Vovez aussi (même cabinet, même catalogue, n» 2485). Calcédoine. François I*^"", Roi de France, buste de profil, etc.

* Brantôme dit : » Or, entre autres belles vertus que le lloy eut, c est qu'il fut fort grand amateur des lettres et gens sçavans, et des plus grands de son royaume, lesquels il entretenoit tousjours de discours très-grands et sçavants, leur en baillant la plupart <lu temps les sujets et les thèmes. Et y estoit reçeu qui venoit; mais il ne faloit pas qu'il fust asne ny qu il bronchast, car il estoit bientost relevé de luy-même. " Discours, XL\ , p. 289.

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