‹ La diplomatie VénitienneChapitre 157 sur 246 · IIE>'RI II ET DIANE DE POITIERS · texte numérisé non relu

IIE>'RI II ET DIANE DE POITIERS

il est très-net et très-ferme dans ses opinions; ce qu'il a dit une fois, il y tient mordicus. Son intelli(jence n'est pas des plus promptes; mais ce sont souvent ces hommes-là qui réussissent le mieux : c'est comme les fruits de l'automne qui mûrissent les derniers, mais qui par cela même sont meilleurs et plus durables que ceux de l'été ou du printemps. Il tient à (farder to'ujours un pied en Italie, et il n'a jamais pensé qu'on dût céder le Piémont. Il entretient dans ce but les Italiens mécontents des affaires de leur patrie. Il dépense son ar^jent d'une manière à la fois sage et honorable. Il n'est {yuère adonné aux femmes : la sienne lui suffit; pour la conversation, il s'en tient à celle de madame la Sénéchale de ?sormandie, âffée de quarante-hviit ans. Il a pour elle une tendresse véritable; mais ou pense qu'il n'y a rien de lascif, et que dans cette affection c'est comme entre mère et fils; on affirme que cette dame a entrepris d'endoctriner, de corrijjer, de conseiller 31. le Dauphin, et de le pousser à toutes les actions dijjnes de lui. »

Il y a ici un trait curieux qu'il ne faut pas laisser passer. L'ambassadeur est en effet l'écho d'un sentiment qui alors était général : on était d'avis que le Daupliin avait plutôt dans cette Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, sénéchale de Normandie, une sorte de nymphe Egérie, une manière de conseillère et d'inspiratrice qu'une maîtresse dans l'acception sensuelle du mot : mais il ne faut point prendre ce dire au pied de la lettre; l'ambassadeur n'affirme rien, d'ailleurs; il dit : on pense. Quand le Daiq)hin fut roi, on sut à peu })rès à quoi s'en tenir. Au reste, que le lien fut idéal ou physique, peu importe à l'histoire; car, à ce point de vue, la Sénéchale ncn a pas moins joué le rôle de maîtresse du Roi , maîtresse reconnue , honorée, saluée, consultée, crainte et redoutée autant que maîtresse de roi l'a jamais été, ayant même étendue de pouvoir sur l'esprit de Henri II , que la Pompadour sur l'esprit de Louis XV. Diane fut à la fois une Pompadour et une Maintenon. La belle Sénéchale tint

dans ses mains le jeu de la politique, c'est-ii-dire l'intrigue de la cmir, absolument au même degré que la délicieuse marquise : à la toilette près et sauf les mœurs des temps, l'une et l'autre furent un peu le gouvernement de la France avec une maison-ministre à sa dévotion : Diane de Poitiers et la maison de Guise, madame de Pompadour et la maison de Choiseul, voilà les partenaires du jeu de la couronne de France h deux époques lointaines. Le rapprochement pourrait se conduire au plus loin : même grand esprit d'intrigue, même grand goût des arts, mêmes demeures fameuses, exquises et amoureuses : Anet pour Diane, Luciennes pour Pompadour; deux styles merveilleusement originaux : on dit style de Henri II; on dit style de Louis XV; — et sur le trône de chacun régnait non pas une reine, mais une maîtresse en titre. Il n'y a en cela nulle exagération, nulle fantasque manière de traiter l'intimité de l'histoire.

Le même Vénitien Matteo Dandolo, qui avait connu ce Henri à vingt-trois ans et qui le dépeignit au Sénat comme prince taciturne, fut élu de nouveau pour aller à la Cour et saluer roi celui qu'il avait connu dauphin. Voici le second portrait qu'il fit de ce prince dans sa seconde relation. D'après lui, il faut croire que dès les premiers jours la couronne de France parut fort belle à voir sur la figure de Henri , puisqu'elle eut le don de le transformer :

« Sa ^Majesté est dans sa vinryt-neuvième année, et bien qu'ici même je l'aie représentée à Vos Excellences comme un prince à la mine pâle, livide, et si mélancolique que beaucoup de ceux qui le fréquentaient disaient ne l'avoir jamais vu rire de boa cœur^ aujourd'hui je dois vous assurer qu'il est devenu gai, qu'il a uue mine rosée et qu'il est en parfait état. Il a peu do barbe, mais néanmoins il la rase; il a les yeux plutôt (jros qu'autrement, mais il les tient baissés; sa physionomie, d'un

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