VAILLANTS EXERCICES DU ROI HENRI IL
côté de la mâclioire à l'autre et du front, manque de largeur, aussi la tête n'est-elle pas trop grosse. Il est fort bien proportionné du corps, plutôt grand qu'autrement; de sa personne tout plein de valeur, très-courageux et entreprenant; il recherche le jeu de paume au point de n'y jamais manquer un jour, à moins de pluie, car il joue à ciel ouvert, et quelquefois même après avoir couru à tout train un ou deux cerfs, exercice des plus fatigants, comme le savent Vos Excellences. Le même jour, après avoir accompli de telles manœuvres, il fera des jeux d'armes durant deux ou trois heures, et il y est des plus fameux. Lors de ma première ambassade, j'ai assisté à des joutes de ce genre, et je puis dire que parfois elles ne sont pas sans danger. Courant en effet aux barrières sans trop y voir, le père et le fils se renversèrent un jour, et celui-ci porta à celui-là un tel coup à la tête, qu'il lui enleva force chair. Il faut dire aussi qu'il ne se comporte pas moins en bon soldat qu'en bon capitaine: je le tiens d'une personne digne de foi, qui m'a dit s'être trouvée avec lui dans un lieu plein de périls, et il ne voulait pas en départir, mais tout au contraire y demeurer intrépidement, i»
Ce dernier trait confirme bien ce passage de Brantôme où le Roi et le Connétable font si grande figure dans un discours tout empreint de familiarité vaillante et cent fois pleine d'honneur : « Or, pour retourner à nostre Roy Henry, dit le merveilleux bavard sire de Brantôme, ainsy qu'il estoit tout martial et né tel, il aima fort à faire la guerre et ne s'y espargna non plus que le moindre soldat des siens. Et c'est ce que luy dit un jour M. le Gonnestable, au voyage d'Allemagne, qui le voyoit ordinairement aux tranchées des villes qu'il assiégeoit et prenoit : « Sire, sire, si vous voulez faire cette vie, il ne faut plus que nous fassions d'estat de Roy non plus que d'un oyseau sur la branche , et qu'ayons une forge neuve pour en forger tous les jours de nouveaux, si tous les autres veulent faire tout de mesme que vous. Comme de vray, il estoit trèsbrave, vaillant et généreux Roy et du tout adonné aux
armes '. » L'ambassadeur, parlant encore de Henri II dans un autre endroit de son rapport, dit aussi :
« Sa Majesté se montre relifjieuse; elle ne monte pas à cheval le dimanche, au moins le matin, et je veux dire à Vos Excellences que madame la Sénéchale, sa favorite, racontait à une dame d'honneur, qui me l'a redit, que remarquant en quelle dévotion profonde était le Roi au moment de recevoir la couronne, et lui ayant demandé depuis de lui vouloir bien dire pour qui il avait tant prié Dieu, le Roi lui avait répondu que ce n'avait point été pour une autre fin que la suivante : Que si la couronne qu'il allait prendre promettait un bon gouvernement et assurait le salut de ses peuples. Dieu lui fit la grâce de la lui laisser pour longtemps, qu'autrement il la lui prît bien vite. »
Cet ambassadeur Matteo Dandolo n'était venu qu'extraordinairement et pour complimenter; aussi ne fit-il qu'un bref séjour. Lorenzo Gontarini fut envoyé à titre ordinaire, et demeura en France pendant près de trois ans. Il est celui de tous qui parle le plus au long de la cour de Henri II. Prolixe de son naturel, à en juger par l'étendue de son rapport, diffus même, il détaille la personne et le caractère du Roi comme l'un de ces romanciers de notre temps qui consacrait dix pages au portrait de son héros pour n'en donner que deux à ses aventures.
« Henri est seul maître d'un grand Etat; âgé maintenant
de trente-deux ans et huit ou neuf mois, de grande stature, gros à proportion, poil noir, beau front, les yeux noirs et vifs, le nez grand , la bouche commune et la barbe tirant en pointe de la longueur de deux doigts; tout l'ensemble lui donne une figure des plus avenantes et respirant un bel air de majesté. Il est d'une très-robuste complexion et grandement adonné aux exercices du corps, au point que chaque jour, deux heures après dîner jusqu'au soir, il dépense ce temps à jouer à la paume ou
1 Brantôme, édition Je la Haye, 1740; t. VII, p. 13-14.