LES PARTIS A LA COUR
excuser, et pendant longtemps le Connétable et Madame ne se parlèrent même pas. Enfin, aux instances de Sa ^Majesté, ils firent la paix en apparence, mais au fond, leur haine est aussi grande que jamais : de là maintenant ces deux partis qui sont comme deux factions à la cour. Qui s'approche d'un côté sait assurément qu'il n'aura à trouver que défaveurs de l'autre. Et comme le Connétable n'est pas trop aimé à la cour, presque tous les grands vont sous le drapeau de Madame, et parmi eux la maison de Guise, tant parce que ^I. d'Aumale est gendre de Madame que parce que le Cardinal voudi-ait être seul à gouverner. )i
La voilà signalée, cette lutte qui par regard à l'avenir, devait « combler le boisseau de nos malheurs » , et cette page de Lorenzo Contarini pourrait servir de juste éjngraphe au récit des histoires futures et prochaines, dont les héros seront les Guises, autrement dits les Lorrains '.
Giovanni Capello fut le successeur de Contarini à la cour : il y arriva au mois de novembre 1551 et se retira vers 1555; il rapporte que le Roi se donnait déjà bien plus aux affaires, et que même il étudiait les belles-lettres : deux beaux progrès assurément.
« Quant à l'emploi du temps par Sa Majesté, il ne pourrait être plus sage; le Roi ne le remplit que de choses utiles et honorables. En été, il se lève au point du jour; en hiver, avec la lumière; il commence sa journée en faisant dévotement sa prière, puis il va au conseil secret qu'on appelle Vesfroit, dans lequel entrent aussi le Connétable, monseigneur de Guise, M. de Vendôme, le grand maréchal, et où l'on délibère sur la paix, sur la guerre, sur les armements, sur les troupes, sur les approvisionnements, sur tout ce qui tient à Tadministration du
1 Voyez Raccolta Albèri, t. XI, p. 76, l'intéressant portrait du cardinal de Lorraine : « Intimo consigliere dl Sua Maestà, giovane di vinti sette anni, di bel ingegno : nel negoziare, sa assai, ;<ncorchè non ahbia maneggiato affari se non in tempo di qnesto re, e sarà senza duljbio gran mlnistro e solo, che sarà ijuando per morte o qualche altro disturbo mancasse il contestabile , clie ora è il primo. »
royaume. De là le Roi sort pour aller à la messe, après quoi il dîne, mais avec bien peu d'appétit : on le dirait tout à ses pensées. Après dîner, on tient conseil moins secret, auquel le Roi n'assiste que bieii rarement; mais les susdits conseillers y sont tous, et là il s'agit de lois, de justice et d'autres affaires semblables. Le Roi se livre ensuite à l'étude des lettres, car il sait bien que celles-ci peuvent être utiles et honorables aux princes plus que toute autre chose au monde. Ensuite il monte à cheval, aussi bien pour distraire son esprit que pour exercer son corps. Il aime la chasse, surtout le courre du cerf, et il y va deux fois la semaine. Tous ses amusements sont honnêtes, à moins que pour les plaisirs illicites il ne sache fort bien se cacher. Sa JMajesté a trente-six ans; sa taille est haute et bien prise, sa figure est belle et agréable, son teint un peu brun; ses manières sont aimables. Il est affable et courtois, et ri daigne parler à tout venant, fùt-il de la condition la plus humble. »
L'occasion de cette ambassade de Giovanni Capello me rappelle quelques notes curieuses et inédites sur la personne de Henri II, auxquelles je ne saurais trouver un cadre plus convenable que ce chapitre. Parmi les gentilshommes vénitiens qui étaient du cortège de l'ambassadeur se trouvait l'un de ses neveux : il fut au Louvre lors de la première audience; depuis son départ de Venise, il avait écrit, à la demande de quelque belle et illustre dame, le journal de son voyage. J'ai copié les passages de ce diario qui ont trait au séjour de l'ambassadeur à Paris. Voici en quels termes ce jeune Vénitien résume ses observations sur la personne royale, particulièrement sur le mode de ses vêtements, sur leur couleur et leurs ornements.
u L'audience étant obtenue, nous partîmes pour la cour après déjeuner; mais avant de quitter la maison vint un gentilhomme qui nous pria de tarder un instant, jusqu'à l'arrivée des deux seigneurs qui avaient charge de conduire à la cour l'illustrissime ambassadeur; nous vîmes en effet venir M. de Norrasier (?)