CURIEUX DÉTAILS SUR UNE AUDIENCE (1551). M
et 'M. d'Augsbourg (?). Ce fut en leur compagnie et en celle de nombreux auti'es gentilsbomnies que les deux ambassadeurs et nous fûmes introduits dans la salle où Sa Majesté a coutume de prendre ses repas, au palais qu'on appelle le Louvre et qui donne sur la Seine.... Sa Majesté se tenait près d'une fenêtre, debout, vêtue d'un pourpoint de damas noir bordé de velours et doublé des plus beaux agréments, avec un justaucorps de cuir blanc, et brodé sur cbamp de deux ci'oissants d'or accommodés de manière à sembler être entre deux D. Dans cet enlacement des D, on voit d'abord un H, initiale du nom de Sa Majesté; on voit aussi un E, seconde lettre du même nom de Henri; on y peut voir aussi deux D, lesquels sont la double initiale de la Ducbesse de Valentinois , appelée aussi iMadame la Sénécliale. Son vrai nom est Diane, et l'allusion est bien manifeste dans ces deux croissants si unis et si joints par Fembrassement des deux D; ainsi sont en effet les deux âmes des deux amants, unies et réunies dans un étroit attacbement. Sa Majesté portait au cou une chaîne d'or travaillée, et sur la tête une toque de velours noir, avec une petite plume blanche. Les Suisses et ceux de la garde du Roi sont tous vêtus de la même livrée, avec un croissant d'argent en avant et en arrière portant cette devise : Donec tolum impleat orbem. 11 y avait Sa Majesté, l'illustrissime Connétable, les très-révérends Cardinaux de Lorraine, de Bourbon et de Vendôme, et bien d'autres seigneurs. Lorsque les ambassadeurs eurent fait les saints d'usage au milieu de la salle, ils s'approchèrent du Roi et le saluèrent de nouveau. Sa Majesté embrassa alors avec de grandes marques de bienveillance l'illustrissime Capello, qui lui présenta les lettres de créance. Sa Majesté les fit ouvrir et voulut les lire en pei'sonne. L'ambassadeur exposa ensuite l'objet de sa mission ; j'étais un peu loin, comme tous les autres, mais je vis néanmoins que, bien que l'illustrissime Capello ait parlé assez longtemps, Sa Majesté n'en demeura pas moins des plus attentives à tout entendre, et ne voulut jamais que ni l'un ni l'autre des deux ambassadeurs restassent découverts.... Le Roi leur répondit ensuite et dans une façon parfaite*. »
* J'appelle l'attention sur l'interprétation des deux fameuses lettres D faite par le jeune Vénitien à sa sortie du Louvre. Son dire est assurément
Ul DE LA DIPLOMATIE YE^^ITIENNE.
Voici d'autres détails. Il était dans les anciens usages de là cour de France que le Roi dinàt le 12 novembre au palais de justice et qu'il y reçût, le matin, des avocats, des juges et des procureurs le serment d'administrer et de protéger la justice en tout bien et honneur. Le Roi se rendit donc au palais ce 12 novembre, mais il ne voulut rien perdre de ses grands jeux favoris qui seyaient si bien aux forts et valeureux gentilshommes de ce temps : le neveu de l'ambassadeur vit le jeu du Roi ce même jour, et il le raconte ainsi dans sa correspondance à Venise :
« Après dîner, le Roi revint au Louvre, et là , à son jeu de balle avec rarjuette (jeu de paume) ', en compaffnie de monsei- (jneur de Guise et d'autres gentilshouimes , il se mit à jouer. Il était vêtu tout de blanc, chaussé de blanc aussi et coiffé d'un chapeau de paille, mais des plus beaux; il jouait en pourpoint. Il a la taille fort belle, il est peut-être lui peu (jras, mais en somme il est bien proportionné. Quand on le voit ainsi à son jeu, ou n'imaginerait pas qu'il est le Roi, car on n'observe ni cérémonies ni étiquette à son é/jard , si ce n'est que lorsqu'il passe sous la corde on la lui lève et qu'on ne se sert que d'une
l'écho des impressions du temps. Néanmoins, la signification de ces deux D entrelacés d'un H a été plaidée diversement. On pourra en juger par la lecture d'un article de M. de Petigny dans la Revue numismaiifjue , que dirigeait le savant M. Cartier (année 1848, t. XIII, p. 80). Emidèmes monétaires du règne de Henri II. M. Lenormant, dans la même Revue, a réfuté l'interprétation populaire de l'II marié aux deux D; il démontre que ce chiffre peut tout aussi bien fi{;urer deux G entrelacés, initiales de Catherine de Médicis, et par conséquent de l'épouse légitime. On pourrait se demander si Catherine de Médicis était aussi convaincue de cette signification !
1 Le jeu de paume du Louvre était déjà célèbre sous François I""", qui l'avait fait décorer en 1532 par le peintre Barthélémy Guetty : « A Barthélemv Guettv, trovs cens escus soleil poiu- deux patrons par luy faicts où sont figurez et paincts plusieurs histoires... satires et triumphes que le Roy a fait dernièrement en sa salle du jeu de paulme du Louvre, et pour une paire d'Heures historiées diC plusieurs histoires, faites de bonnes couleurs.... etc. » Renaissance des arf;, t. II, p. 250.