CATHERINE DE MÉDICIS
livres écrits pur ses contemporaijis. Il faut aller à d'autres sources, contemporaines aussi, pour découvrir la vraie Catherine, la vraie Reine mère qui a tenu pendant tant d'années dans ses mains le jeu de la politique de la France, en un temps où les passions ennemies, sous couvert et manteau de religion , ont abreuvé d'amertume et rempli de sinistres le plus beau des royaumes. Vous voulez connaître la Reine mère, la voir et l'entendre? interrogiez les diplomates qui l'ont connue , qui l'ont vue et l'ont entendue presque chaque jour; ils étaient aux abords de son trône, ils avaient accès à son cabinet; leur devoir était d'être aux écoutes de son Conseil, de surprendre le secret de ses luttes, d'en définir les moyens; interrompez ceux qui, avec autant de sanfj-froid que d'impartialité, ces conditions d'un jujjcment sain et droit, ont attaché des regards aussi attentifs que pénétrants sur le flux et le reflux des vissicitudes du royaume sous un tel règne. Les Vénitiens ont excellé à peindre Catherine et à soulever le voile de ses intentions et de ses ])rocédés; ils ont connu son âme et son esprit. A son égard , leurs paroles ont trouvé le moyen terme entre les flatteries serviles et les jugements amers; ils ont produit la lumière qui met en son vrai jour la figure de la plus politique des femmes, mêlée pendant le cours de trois règnes à toutes les secousses d'un gouvernement qu'agitaient de grandes fièvres h un profond degré.
Italienne par le sang de son père, un Médicis, Française par le sang de sa mère, une la Tour-d'Auvergne de la maison de Bovdogne, ayant donc en elle l'humeur des deux plus illustres nations du monde au seizième siècle, Catherine de Médicis, comme reine et comme femme, est une des étonnantes figures que puisse regarder l'histoire; mais elle fut plus reine que femme. En elle,
l'esprit d'Etat a tué l'intention d'amonr; elle fut plutôt ministre que femme; en fait d'intrigue, elle ne connut que rintri{;iie d'Etat, et à cet exercice elle a fait école. Je dirai le jour et l'heure — heure trop peu remarquée, à mon sens, par les historiens — où elle se révéla, alors même que le jeu des circonstances, la laissant à l'ombre de la maîtresse du Roi son mari, n'avait pas encore mis la partie de son côté.
Je ne prétends pas écrire ici ime histoire de Catherine de Médicis, j'apporte simplement une pierre à l'entreprise de son histoire; je négligerai beaucouj) les faits; j'aurai d'ailleurs un autre livre à lui consacrer, pour l'œuvre duquel j'ai réuni l'importante série d^s audiences qu'elle a données à tant d'ambassadeurs. C'est en ce livre de ses audiences que l'on trouvera une Catherine de Médicis de chaque jour, élaborant peu à peu son œuvré de gouvernement, occupée, attachée, liée fatalement au cours des événements, parant le coup des uns, subissant le contrecoup des .autres. Ici, dans cette étude, cherchez surtout la figure , les différents aspects de ce personnage , depuis le jour où Antonio Suriano, ambassadeur de Venise à Rome (en 1529), vit Catherine petite fille, très-chétive enfant , orpheline échappée aux tempêtes populaires de Florence, et abritée à l'ombre incertaine du trône pontifical de Clément VII, son oncle, jusqu'au jour où Alvise Mocenigo, autre ambassadeur de Venise, non plus à Rome, mais en France, en 1588, la voyait vieillie, autant à 1 école des années qu'à celle des épreuves, et qu'il traitait avec elle à Blois pour la dernière fois des affaires du monde, le 5 décembre, quatorze jours avant le meurtre du Guise par le Roi son fils, et trente-trois jours avant sa propre mort.
L'enfance de Catherine de Médicis fut tumultueuse