COPIES A OXFORD ET A RO:\IE
ail grand préjudice des intérêts publics, et j'ai jujje de mon devoir de vous en donner avis, d'autant plus que je ne crois pas que de pareils accidents arrivent de la sorte aux écrits secrets des autres princes ' . "
Voici une autre preuve, inédite comme la précédente. Il ne s'agit plus d'Oxford, mais de Rome. L'ambassadeur à qui la république de Venise en dut la communication était Leonardo Donato, plus tard doge. C'est du nombre de ses propres papiers que j'extrais ce document :
« On trouve à vendre à Rome, dit-il, et le secrétaire Marchesini a acheté les copies des écriturfis ici désignées , à raison de quinze paoli par cent feuilles :
» Discours du très-illustre Marc- Antoine Barbaro, ambassadeur, qu'à son retour de Constantinople il a prononcé à l'excellentissime sénat de Venise.
» Relation du très-illustre Contarini au retour de son ambassade au sultan Soliman, en 1535;
» Relation du très-illustre Marin de Cavalli au retour de son ambassade à l'empereur Charles-Quint et du prince son fils, en 1 551 ;
» Relation de messer Gasparo Contarini au retour de son ambassade à Clément VII, en 1530;
1 Liste des ;e/ai/o».f parvenues à la bibliotlièque d'Oxford, en Angleterre : Relazione d'Angleterre, de S. Z. Miohieli.
— de Savoie, de S. Franceseo Molin.
— du roi des Romains, de ser Lorenzo Contarini.
— du roi des Romains, de ser Micheli Surian.
— d'Espagne, de Tiepolo, 1567.
— de Pologne, de ser Hieronimo Lippomano.
— de Constantinople, de ser Marc-Ant. Barbaro.
— de Constantinople, de ser Giacomo Soranzo.
— de Perse, de Vicenzo Alessandri, secrétaire.
— de Rome , de ser Rernardo Navager.
— de Terre-Ferme, de ser Alvise Mocenigo, provéditeur, 1568.
— de Dalmatie et du Levant, de ser Ottavian Valier et Andréa
Zustinian , 1576.
— de Portugal, de ser Costantin de Garzoni.
» Relation de Rome du sei(]neur ^licliel Soriano, revenu ambassadeur à Pie V, en 1581 ;
» Traité de la conclusion de V alliance, par le très-illustre Michel Surian , en 1570;
» Relation sur Constantinopl* , par Marin Cavalli (sans date ) ;
» Relation sur Constantinople, par Domenico Trevisan ;
» Relation sur Charles-Quint et Ferdinand, par Nicolo Tiepolo ;
» Relation sur la Savoie , par Francesco Barbaro ;
» Relation sur l'Espagne, par Surian;
» Relation sur l'Espagne, par Antonio Tiepolo;
M Relation de Hierominô Lipporhano , revenu de Naples comme ambassadeur à don Juan d'Autriche;
» Relation du très-illustre Bernardo Navagero, ambassadeur à CoDstantinople '. "
Ainsi, malgré les redoutables précautions qu'avaient prises dans leur sagesse les non moins redoutables tribunaux politiques de la sérénissime Venise contre les divulgateurs des pièces secrètes, leurs lois, comme toutes les lois existantes, rencontraient d'actifs transgresseurs. L'histoire des châtiments serait longue à dire, et c'est à l'archive des Dix et des Trois qu'il tant la demander; les fauteurs furent plus j)articulièrement Jiombreux et dangereux sur la fin du seizième siècle et pendant la première moitié du dix-septième.
Ainsi peut-on s'expliquer ces reproductions manuscrites si nombreuses, que le chercheur ne voit pas sans étonnement dans les bibliothèques de Rome, de Paris, de Naples, de Sienne, de Florence, de Turin, de Madrid, de Londres, de Berlin, de Vienne et de Gotha. Ainsi furent
' J'ai trouvé cette pièce dans run des registres de l'archive Donà dalle Rose. Venise.
LE rriÉSOR POLiriQCE. 53
enfouis et presque é(jarés pendant quelque cent ans d'aussi précieux écrits. Notre époque, si féconde en découvertes dans l'océan de l'histoire, a su reconnaître leur valeur; et aujourd'hui de brillantes publications, soutenues par les jjIus nobles suffraj^es, tendent à les faire parvenir à la popularité historique dont elles sont dignes.