LA DUCHESSINA D'URBINO
déjà depuis neuf ou dix mois. Cette enfant {qiicsta fanchdla) est est entrée maintenant dans sa treizième année; elle est d'un naturel très-vivace, fait montre d'un esprit charmant, est bien élevée, et a reçu son éducation par le soin Aa nonnes du couvent des Murate, à Florence, femmes, du reste, de jjrand renom et de sainte vie. Elle est petite de sa personne, maigre et d'un visage sans traits fins; elle a les yeux gros, tout à fait ceux de la maison de Médicis. Le Roi Très-Chrétien, dans ses lettres, l'appelle toujours la duchesse d'Urbin, titre qui ne laisse pas que d'offenser les agents du duc d'L'rbin actuel, et qui souleva des discussions de la part des ambassadeurs de l'Empereur ' . )i
Déjà, du reste, la personne de Catherine de Me'dicis avait donné lien à plus d'une contestation lors de l'entrevue et dans les conseils tenus par l'empereur Charles et le pape Clément. Combien de partis ne se proposaient pas en effet pour \a fayiciulla, comme l'appelle le Vénitien! L'ambassadeur les désigne et les qualifie tous. Catherine était désirée et demandée en mariage par le duc de Milan , qui l'aurait prise même sans Parme et Plaisance dans la corbeille; par le duc de Mantoue, par le roi d'Ecosse, par le duc d'Urbin, par le roi de France pour le second de ses fils. Le duc de Milan? le Pape le trouvait d'un âge disproportionné , d'une mauvaise santé , pauvre et point sûr de son domaine. Le duc de Mantoue? Sa Sainteté n'y avait aucune inclination, le sachant d'une nature toute vicieuse et fort disposé à vivre avec la Boschetta, dont il eut fait son épouse si l'Empereur eût consenti à légitimer ses bâtards. Le roi d'Ecosse? le Pape ne voulait point de ses prétentions, montrant de ne point aimer à envoyer si loin la Diichessina, disant que la dépense qu'on aurait à faire pour les courriers porteurs de ses nouvelles, serait plus considérable que la dot. Le Pape, toujours au dire de
1 Antonio Suriano, Relazione délia Corte di Roma, 1531, Raccolta Albùri.
l'ambassadeur, en présence de tous ces princes à marier, ne tendait qu'à traiter sérieusement avec le roi de France; encore voulait-il entrer, avant d'y consentir, dans de minutieuses considérations, faisant valoir que le fils du Roi n'était point encore en àfje, s'opposant à laisser en France, selon le désir de Sa Majesté , la Duchessina , sans que l'union fiit accomplie et que le mariage fut consommé, ne voulant point enfin qu'elle fiit là comme un gage entre les mains de la nation ' .
Ce mariage, si difficilement négocié, fiit cependant décidé et accompli. Cet événement fiit solennellement consacré par le ftiit de la venue du Pape à Marseille et de son entrevue avec le roi de France, au grand déplaisir de l'Empereur. Antonio Suriano, dans une seconde relazione de Rome en 1535, s'étend longuement sur les détours et les hésitations qui ont précédé les négociations. Le récit qu'il en fiiit est un chapitre de politique internationale au seizième siècle, dans lequel les trois grandes puissances du temps sont en jeu ^.
Catherine partit de Florence le 1" septembre de l'année 1533; elle fit route à petites journées pour Porto- Yencre, à la Spezzia ^, où l'attendaient les galères fi^ançaises, qui, sous les ordres du duc d'Albany, son oncle, la conduisirent à Nice d'abord , et de là à >.Iarseille. Elle y entra le 23; le Pape l'y avait précédée depuis le 11 ; de grandes paroles v avaient été dites et de non moins grandes promesses y avaient été fiiites. Diverses chroniques, de nombreux mémoires, plus d'un livre, relatent les faits et
^ Antonio Suriano, Relazione délia Corte di Borna, 153L Eaccolta Albèri, t. VII, p. 285.
2 Id., ibid., 1535, pages 306 à 308.
^ La Gioventii di Caterina de' Medici di Alfred Pieumont. Traduction de l'allemand par le docteur Stanislas Bianciaidi, cb. xviii, pages 130-131.