COURTOIS! U: DE CATHERINE DE MÉDIGIS
Sérénissime; il rappela avec le sourire aux lèvres l'accueil qu'elle fit à l'ambassadeur son collèjjue, ainsi qu'à lui, lors de l'oflice des compliments :
« Arrivés, dit^il, dans la salle où était Sa Majesté, elle m'accueillit et m'embrassa avec des signes de la plus vive amabilité, soit par l'expression des meilleurs souhaits à l'adresse de notre République, soit par ses allusions au souvenir qu'elle avait conservé de ma personne lors de ma première ambassade; elle ne voulut point s'asseoir tant que nous ne l'eûmes point fait, remerciant singulièrement ce très-Illustre Etat de ses bienveillantes démonstrations, compatissant par ses expressions aux fatigues que j'avais dû éprouver pendant un si long vovage, dans une saison de si grandes chaleurs. Elle exprima aussi sa reconnaissance pour les signes d'affection que le ^Magnifique Giustinian fit au nom de Votre Sérénité lors des obsèques du roi François, à la cérémonie desquelles il voulut rester debout tout le temps, malgré ses accès de goutte; elle se dit enfin la bonne fille de Votre Sérénité, ajoutant qu'en raison de l'affection et de l'attachement que nous porte le Roi Très-Chrétien son mari, il n'est besoin de recourir à son intermédiaire, mais que le cas échéant, il ne serait rien qu'elle ne fit pour nous marquer son dévouement. »
Tels sont les débuts de Catherine de Médicis au chapitre des compliments avec la République de Venise; il en ressort une bonne (jràce parfaite et une habileté surprenante dans l'art de paraître naturelle, art qui en elle sera plus tard un de ses moyens les plus persuasifs et les plus entraînants.
Lorenzo Contarini, qui vit Catherine en 1552, lui a consacré une intéressante page; son récit confirme singulièrement une des jolies pages de Brantôme :
« Le Roi, dit-il, a pour fennne Catherine, fille de Lorenzo de Médicis; il l'épousa en 1533, étant alors duc d'Orléans; elle fut mariée par le pape Clément, son oncle, avec une dot de 130,000 écus en argent et ses possessions en Auvergne, d'un revenu
annuel de 16,000 écus. Elle est plus jeune que le Roi de treize jours seulement; elle n'est pas belle, mais elle est d'une sagesse et d'une prudence extraordinaires; nul doute qu'elle serait apte à (joiiverner ; cependant elle n'est point consultée ni considérée autant qu'elle le mériterait, n'étant pas d'un sang égal à celui à\\ Roi ; mais elle sait se faire aimer de tous et du Roi par les qualités de son caractère et surtout par sa bienveillance. Pour ce qui est du chapitre des choses ordinaires, elle est fort bien traitée, car elle a 200,000 écus à dépenser par an; encore ne lui suffisent-ils pas, étant de son naturel liberaUsslma. Elle tient une belle cour de seigneurs et de dames, parmi lesquelles des princesses même, et elle les pensionne tous; elle dépense tellement pour sa table, pour ses écuries, pour ses vêtements, pour ses largesses et pour les mariages qu'elle aime à négocier, que le Roi est souvent obligé de suppléer à ses revenus par des donations extraordinaires. Cette princesse resta pendant neuf ans de mariage sans pouvoir avoir d'enfants, et comme, à l'époque de la mort du Dauphin, on doutait qu'elle en pût jamais avoir, le bruit courut que le roi François voulait que son second fijs Henri, l'époux de Catherine, fit divorce, estimant peut-être aussi pouvoir par une nouvelle alliance accommoder un peu mieux ses affaires. Mais la Médicis ayant appris le danger qu'elle courait, v remédia par sa prvidence, s' adressant d'abord directement à son mari. Comme il l'aimait, il lui fut facile de se laisser persuader. Puis elle alla trouver le roi François, à qui elle dit avoir entendu que l'intention de Sa Majesté était de donner une autre femme pour épouse à son mari, et que puisque jusqu'alors il n'avait pas plu au Seigneur Dieu de lui faire la grâce d'avoir des enfants, il convenait, du moment que Sa Majesté n'avait pas pour agréable d'attendre davantage, qu'elle pourvût à la succession d'un si grand trône, et que pour sa part, en raison des grandes obligations qu'elle avait à Sa Majesté, qui avait daigné l'accepter pour belle-fille, elle était plutôt disposée à supporter cette grande douleur que de s'opposer à sa volonté, et qu'elle se résolvait à entrer dans un couvent ou à demeurer à son service et en sa faveur. Cet épanchement, elle le fit avec beaucoup de larmes et de tendresse au roi François; le cœur si noble et si facile du Roi s'émut tellement, qu'il lui dit : « Ma fille, ne doutez point