‹ La diplomatie VénitienneChapitre 174 sur 246 · PORTRAIT DE CATHERINE DE MÉDIGIS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CATHERINE DE MÉDIGIS

que puisque Dieu a voulu que vous sovez ma belle-fille et la femme du Dauphin, je ne veuille qu'il soit autrement; peutêtre lui plaira-t-il de vous faire la grâce, à vous et à moi, de répondre à ce que nous désirons le plus au monde. » Il arriva que peu de temps après elle fut grosse, et que l'année 154:^ elle mit au monde un enfant mâle, pour la plus grande satisfaction de chacun, lequel fut appelé François et tenu sur les fonts de baptême par votre Illustrissime Etat. Elle a eu depuis deux filles, Isabelle et Claude, et dans ces derniers temps trois autres fils, dont un, le duc d'Orléans, est mort l'année dernière. »

On peut dire, du reste, qu'autant Catherine avait été stérile les dix premières années de son mariage, autant elle devint féconde ensuite; les temps où le Dauphin se voyait si tristement privé de descendance étaient Lien changés, et en 1554 un ambassadeur à la cour de France fait cette observation :

« Gomme Leurs Majestés sont encore jeunes, elles craignent d'avoir plus d'enfants qu'il ne faut; car le Roi voudrait laisser à chacun d'eux un héritage qui répondit à la grandeur de son nom et de son caractère. »

Giovanni Capello, successeur de Lorenzo Gontarini, avait emporté d'elle cette impression, qui réellement alors était celle de la France :

(i La Reine est aimée et respectée, et mérite de l'être de chacun pour ses qualités personnelles et pour sa bienveillance : le royaume entier est de cet avis. Elle est belle femme lorsqu'elle a le visage voilé; je m'exprime ainsi parce qu'elle est grande, que sa taille est élégante et que sa peau est fine; quant à son visage, il n'est point beau, la bouche est trop grande et les yeux gros et blancs. Reaucoup disent qu'elle est le portrait frappant de son oncle Léon X. Elle s'habille richement et avec le plus grand goût; mais lorsque le Roi va au camp, elle prend le deuil et le fait prendre à tontes les dames de la cour. »

Jusqu'alors, quel avait été le rôle de Catherine, sinon

mo DE LA DIPLOMATIE VÉNITIENNE.

lin rôle muet et soumis? En 1557, pendant des jours d'épreuve non -seulement pour l'orgueil national de la France, mais même poiu' la sécurité du royaume, elle se révéla Reine et témoigna aux Parisiens que le sang de la nation était devenu son propre sang : cela bien avant la mort du Roi et pendant la pleine autorité de la duchesse de Valentinois. Son initiative surprit d'autant plus qu'elle était d'autant moins attendue. Catherine de Médicis, par cet acte, en cette journée, leva le voile de l'indifEérence politique à laquelle la force des choses l'avait juscju'alors condamnée! Ce jour-là, elle ne fut ni Catherine de Médicis ni l'épouse du Roi, elle fut la Reine de France; pour elle et pour l'histoire, ce fut la première heure d'initiative, ce fut le premier signe de cette individualité que plus tard elle a élevée h un si haut degré. En quel état se trouvait Paris au lendemain de la perte de la bataille de Saint-Quentin , qui valut h la France un moment de surprise mêlée de terreur, et à l'Espagne une heure de gloire militaire dont la construction votive de l'Escurial a consacré le souvenir? En quel état se trouvait Paris? quelle résolution prit la Reine? Regardons les choses d'un peu plus loin pour en arriver à cette journée où , ])our la première fois , Catherine de Médicis , isolée du Roi , suivie de sa cour à elle , traversa Paris, alla du Louvre au Parlement, prit la parole et remplit d'émotion le cœur des Parisiens.

L'épée de la France n'était pas heureuse depuis la rupture de la trêve conclue à Yaucelles l'année précédente. Cette rupture, le Pape l'avait conseillée au Roi par l'entremise du cardinal Carafia, son légat, venu tout exprès à la cour. Le duc de Guise porta la guerre en Italie contre le duc d'Albe; le connétable de Montmorency la porta en Flandre contre Emmanuel- Philibert : en Italie et en Flandre, notre ennemi était l'Espagnol, auquel l'Anglais,

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