‹ La diplomatie VénitienneChapitre 175 sur 246 · PREMIERE JOURNEE POLITIQUE DE CATHERINE · texte numérisé non relu

PREMIERE JOURNEE POLITIQUE DE CATHERINE

poussé par Marie Titdor, femme de Philippe II , avait joint ses forces. Nous avions investi Saint -Quentin : Colignv tenait la place dont Emmanuel-Philibert entreprit le siège et l'attaque. Le Connétable, dont le corps d'armée n'était pas éloi(>né , en chef de guerre de la dernière inhabileté , et contre l'avis du maréchal de Saint-André , voulut donner de l'avant et seconder Coligny. C'était risquer le salut de l'armée et l'honneur du rovaume. L'histoire a dit quelles furent nos pertes : immenses, inouïes depuis Pavie. Le Roi était à Compiègne : il s'était promis merveilles, d'après les trop beaux dires du Connétable. Le premier coup de la nouvelle fut accablant : la France fut prise de stupeur. Déjà Paris crovait l'ennemi sous ses murs et voyait le royaume prisonnier. Dans la capitale, les bourgeois pliaient bagage et fuyaient qui vers Orléans, qui vers Bourges, qui plus loin. Une telle panique ne pouvait servir qu'à nous avilir davantage. Il fallait des secours : secours d'argent, secours d'épées. Empêcher la fuite, éveiller l'ardeur, faire sonner aux oreilles de la France ces trois mots propres à réveiller les morts : la Patrie en danger! tel était le devoir impérieux de qui gouvernait. Mais le Roi était absent, la Reine seule était à Paris. Que fit la Reine? Où se montra Catherine? Que fit-elle par sa propre volonté, par sa seule inspiration? Je laisse à l'ambassadeur vénitien le soin de répondre :

« Paris, 14 août 1557.

« La Reine Très-Chrétienne voulant terminer la néfjociatlon qu'elle avait entamée en Tabsence du Roi avec les Parisiens, dans le but d'obtenir d'eux les subsides nécessaires, alla au Parlement en toute solennité, accompagnée des Cardinaux, des Princes et des Princesses, et là, dans la plus auguste et la plus imposante forme de paroles, elle exposa l'état des besoins du moment. Elle démontra que, malgré les énormes dépenses auxquelles s'était vu entraîner le Roi Très-Chrétien dans les der-

nières (jiierres, il avait ccpeiulant eu les plus (fiands égards pour ne point charger les villes; qu'elle n'en voulait d'autre témoignage que celui que leur disait leur conscience, rappelant combien, dans ces derniers temps, on leur avait fait peu d'appels; mais que, dans l'extrémité continue des besoins, Sa Majesté ne croyait pas pouvoir surcharger les peuples des campagnes, qui en temps ordinaire supportent toujours le plus gros poids, et qui l'avaient d'autant jjIus supporté, depuis l'extraordinaire des circonstances; elle démontra qu'il était donc nécessaire que les cités reconnaissantes de tous les bienfaits et de toutes les grâces du Roi manifestassent dans de si dures vicissitudes la confiance et l'affection qu'elles ressentaient pour leur Prince. Et la Reine s'exprima avec tant de sentiment et d'éloquence qu'elle jeta l'émotion dans l'âme de chacun. Elle exposa au Parlement le besoin que le Roi avait de 300,000 livres, dont !25,000 payables par deux mois, ajoutant qu'elle se voulait retirer du lieu de la séance, pour ne pas gêner la liberté des délibérations. Elle se rétira donc dans l'une des chambres voisines. Mais spontanément la résolution de satisfaire aux désirs de Sa ^lajesté fut votée, et la Reine ayant repris son rang et sa place, elle en reçut la promesse. Voulant donner même un plus efficace secours au Roi, cent des notables de la ville offrirent de donner immédiatement 3,000 francs chacun, afin que Sa Majesté s'en pût servir plus vite, puis humblement ils prièrent la Sérénissime Reine d'interposer ses bons offices aupiès du Roi en faveur de leurs privilèges. La Reine les remercia alors dans une si douce forme de j)aroles, qu'elle fit pleurer d'attendrissement tous ceux du Parlement, les assurant qu'elle les aurait toujours pour recommandés, ne voulant jamais se montrer oublieuse d'une manifestation si noble, pronuîttaiit de faire du Dauphin son fils leur procureur et intermédiaire auprès du Roi. Ainsi se termina cette séance du Parlement, avec tant d'applaudissements pour Sa Majesté et des marques si vives de la satisfaction de sa conduite, que rien n'en peut donner idée. Par toute la ville on ne parle d'autre chose, sinon que de la prudence de la Reine et de la manière heureuse dont elle a procédé dans cette entreprise. Chacun assui-e qu'avec toute autre personne on n'eiit pas rencontré une munificence aussi grande et une facilité aussi prompte. Cette résolution qui fait que Paris donne 300,000 livres, rap-

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