‹ La diplomatie VénitienneChapitre 176 sur 246 · CATHERINE DE MÉDICIS AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

CATHERINE DE MÉDICIS AU PARLEMENT

portera à Sa Majesté plus d'un million et demi, cliacune des villes du royaume devant sans doute contribuer dans une mesure relative à ses facultés, etc.. *. »

Telle fut cette première journée toute glorieuse pour la Heine : Catherine, j)ar cet acte si liabileuient accompli, se rendit personnellement grande dans l'esprit du Roi, et laissa dans le peuple et à la cour une merveilleuse impression. Ce qui est digne de remarque, c'est que depuis ce temps le Roi se montra plus souvent chez la Reine, qu'il ajouta à ses habitudes celle de tenir cour chez elle pendant une heure environ, chaque jour après souper, au milieu de toutes les dames et des seigneurs. Rrantôme, j)lus que tous les autres écrivains du temps, a convenablement rappelé cette joiu'née de la Reine.

« Que fit-elle après la bataille de Saint-Laurent, l'État étant ébranlé et le Roy étant allé à Gompiègne poin* redresser nouvelle armée? Elle épousa tellement les affaires qu'elle excita et émeut Messieurs de Paris à faire un prompt secours à leur Roy, qui vint très-bien à propos et pour l'argent et aux autres choses nécessaires pour la guerre. » La France, selon son glorieux usage, revint promptement de la surprise et de la panique qu'elle avait subies au lendemain de Saint-Quentin, et l'ambassadeur de Venise, qui rappelait quelques années plus tard les dangers qu'avait courus le royaume, pouvait dire véridiquement à notre honneur :

(( IMais il arriva toujours que lorsque le royaume paraissait à moitié vaincu, après de {'landes défaites, des territoires perdus, après la captivité des principaux seigneurs et capitaines, et môme des parents du Roi, la France se redressa plus fbrte que jamais; elle repoussa les attaques, elle fit trembler ses vainqueurs.

1 Archives de Venixe. Cancclleria sécréta. Dépêches de l'ambassadeur Giaconio Soranzo.

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» Telle est la force, telle est la fortune de ce rovamne, qu'il se crée lui-uiênie d'autant [)liis de ressources que la nécessité est plus urgente. »

Ce fut en effet peu de temps après que le triomphe de l'armée sous Calais effaça nos hontes sous Saint-Quentin : !(.' duc de (juise, rappelé d'Italie, ou il faisait une assez triste carapaj^ne, réchauffa le sang des vaincus et en fil des vainqueurs ;i cette (jrande hataille de Calais, qui rendit au royaume une ville et une place dont l'Anglais était maître depuis deux cent dix ans. Messieurs de Paris, qui avaient vu pendant les mois précédents Catherine de Médicis se rendre au Parlement pour v signaler la patrie en danger, et surexciter l'âme de la nation, ])urent la voir suivre le même chemin du Parlement, mais alors plus glorieuse et j)lus iK'ureuse. Le 8 janvier, en effet, elle se rendait, en compagnie du Roi, à la Sainte-Chapelle, pour le pompeux office des actions de grâces dues par les souverains à Dieu leur Seigneur :

« Je trouvai la Sérénissime Reine toute pleine d'une allégresse infinie, et elle me marqua son grandissime désir de voir la paix se conclure, mais une paix telle, pour me servir de ses propres paroles, qu'on fut en droit de la croire durable et qui ne fût point chose de passage comme avait été l'autre; qu'autrement elle ne la souhaitait point; et elle remercia singulièrement Votre Sérénité pour les conseils et les exhortations que la République adressait au Roi son mari. »

L'amour de la Reine pour le Roi était plus démonstratif depuis quelque temps; Soranzo, qui en parle vers 1558, après avoir loué la helle prestance de la Reine, sa nature si affable, ajoute :

(( Elle aime le Roi et met son amour pour lui au-dessus de toutes choses, et tellement, que le but de toutes ses pensées parait ne pas être autre que de complaire à Sa 3Iajesté et de se trouver avec elle; et, sans égard aux fatigues, elle le sait autant qu'elle le peut »

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