FRANÇOIS, FILS AÎNÉ DE CATHERINE
Nous touchons du reste aux limites de ce temps où Catherine va soudainement apparaître non phis la Reine humble rivale de la favorite Diane, mais la Reine mère du Roi et prête à entrer dans cette Aoie de puissance qu'elle a si peu connue jusqu'à présent. Nous ne sommes pas loin du jour où le Roi Henri, dans ses ardeurs de che- Aalier héros des tournois , trouverai la mort en la maturité de son âge et dans toute la fleur de sa santé. Avant donc de jeter les regards sur la personne de Catherine à l'instant et au lendemain de cette mort si peu prévue, il faut voir la famille dont elle était le chef, et qu'elle avait à présenter à la France.
Depuis l'année 154-3 jusqu'à l'année 1555, époques de sa première et de sa dernière grossesse, Catherine avait eu dix enfants. Elle perdit en 1550 Louis de Franjce, duc d'Orléans, qui avait pour parrain le roi de Portugal, et en 1556 Victoire et Jeanne de France, nées sœurs jumelles. En 1559, lors de la mort du Roi, sept enfants restaient donc à la Reine et formaient la pépinière des Enfants de France. Parlons d'abord du Dauphin , de François II , l'époux de Marie Stuart; le premier né, il fut tenu précisément sur les fonts baptismaux par l'ambassadeur de Venise, au nom de son gouvernement. Il n'y a guère d'hésitation à avoir sur la manière de juger ce prince : ce fut un malade. Tous les amliassadeursr le plaignent plus ou moins, depuis Matteo Dandolo, qui le vit à l'âge de trois' ans, jusqu'à Soranzo, qui assista aux fêtes de son mariage avec la Reine d'Ecosse. L'un le représente, tout enfant, d'une pâleur singulière, plus gonflé que gras, plus taciturne et moins enjoué que ne le comporte son âge; l'autre le donne, en 1552, pour avoir changé à son avantage; il avait acquis une certaine vivacité, avait pris un certain sentiment de sa grandeur, prétendait à l'obéis-
sance, voulait des armes et des chevaux, mais n'avait nulle inclination aux lettres; Capello , qui fréquentait la Cour en 1555, lui consacre ces quelques lijjnes :
«Leurs Majestés, dit-il, ont trois fils et trois filles; le premier des trois fds est le Sérénissime Dauphin, qui porte le nom de son grand-père, François, et qui est filleid de Votre Sérénité. Il accomplira ce mois-ci sa onzième année; pour son âge peu avancé, il montre qu'il se sait prince; il parle peu et il est peut-être un peu bilieux. Pour les traits, il tient plus de la physionomie de sa mère que de celle de son père; il ne manque pas de facilité, mais il a plus de plaisir au jeu de l'épée, de la lance, de la balle et de la paume, qu'à l'étude des lettres; il témoigne avoir peu de libéralité; il fait sa compagnie du duc de Lorraine, son cousin, âgé de quatorze ans; il a à sa cour beaucoup de princes, petits garçons comme lui : parmi eux se trouve Louis de Gonzague, fils du duc de Mantoue, lequel donne le bel espoir d'être un valeureux et beau prince. Monseigneur le Dauphin est ser\i avec plus de grandeur encore que son père; il n'a cependant pas de l'evenus déterminés, mais le Roi supplée à tout. Il aime beaucoup la Sérénissime petite Reine d'Ecosse (la Recjinata di 5'cozi'a),, Marie Stuart, qui lui est destinée pour femme. C'est une fort jolie petite fille de douze ou treize ans; il advient parfois que, se faisant tous les deux' des caresses, ils aiment à se retirer tout à part, dans un coin des salles, pour qu'on ne puisse entendre leurs petits secrets. »
Soranzo connut le Dauphin à quatorze ans, par conséquent à la veille de devenir Roi; il appuie sur la difficulté de son caractère, porté naturellement h être taciturne, bilieux, obstiné, mais du reste un peu amélioré, grâce aux soins minutieux de Catherine; le Roi commençait à l'initier aux affaires et voulait qu'il fut au Conseil. Mais Catherine surtout avait l'oeil sur ce prince héritier, et elle avait obtenu de lui inspirer ui\tel respect pour elle qu'il était aisé de reconnaître combien il était sous son entière dépendance. Les autres enfants mâles de la Reine étaient Gharles-Maximilien , duc d'Orléans, plus tard Charles IX;
LES EjNFA?sTS DE CATIIEIKNE DE MÉDICIS. 487
Edouard, duc d'An^jouléme, plus tard Henri III; Hercule, duc d'Anjou, connu ensuite sous le nom de François d'Alençon '. Il faut faire cette remarque : tous les enfants
1 Voici le plus authentique état civil de tous les enfants de Catherine de Médicis :
1° François, né le samedi 19 janvier 1543, entre quatre et cinq heures du soir, à Fontainebleau. Ses parrains furent le pape Paul III, le roi François P"", son {jrand-père, et la Seigneurie de Venise. Madame Marguerite, sa tante, fut sa marraine. Dauphin le 30 mars 1546, avant Pasques, marié avec la reine d'Ecosse Marie, 1558, le 24 avril ; mort le 17 novembre 1560 à Orléans.
2" Elisabeth, née le vendredi 2 avril 1545 à Fontainebleau, entre onze lieures et minuit. Son parrain, le roi Henri d'Angleterre; ses marraines, la reine Eléonore et la princesse de Navarre. Mariée à Philippe, roi d'Espagne, en 1559; morte le 3 octobre 1568.
3" Claude, née le samedi 12 novembre 1547 à Fontainebleau, entre sept et huit heures. S(!S parrains, les Cantons suisses ; ses marraines, la reine de IVavarro et madame de Guise, douairière. Mariée au duc de Lorraine, 1559.
4° Louis, né le tlimanche .3 février 1548 à Saint-Germain en Lave, entre trois et quatre heures. Ses parrains, le roi de Portugal et le duc de Ferrare ; sa marraine, la reine douairière d'Ecosse. Mort un an après au château de Mantes, le 25 octobre 1550.
5° Charles-Maximilien, né le vendredi 27 juin 1550 à Saint-Germain en Laye, à cinq heures un quart du matin. Ses parrains, l'archiduc d'Autriche et lo roi de Navarre; sa marraine, Renée de France, duchesse de Ferrare. Roi le 5 décembre 1560; mort le 30 mai 1574, à trois heures après midi; marié à Isabelle d'Autriche le 22 octobre 1570.
6" Édouard-Ahîxandre (Henri III), né le samedi 20 septembre 1551 à Fontainebleau, trois (piarts d'heure après minuit. Ses parrains, Edouard, roi d'Angleterre, et monseigneur de Vendôme ; sa marraine, madame la duchesse de Mantoue. Roi de Pologne 1573, puis roi de France 1574, marié le 15 févri(>r 1575 à Louise de Lorraine, mort le 2 août 1589.
7" Marguerite, née le dimanche 14 mai 1553 à Saint-Germain en Laye, à quatre heures un quart du soir. Son parrain, le prince de Ferrare; sa marraine, madame Marguerite, sa tante. Mariée le 18 août 1572 à Henri de Rourbon , morte le 27 mars 1615.
8° Hercule (plus tard François d'Alençon), né le lundi 18 mars 1554 à Fontainebleau, à neuf heures trois quarts du matin. Ses parrains, M. le cardinal de Lorraine et M. le d,"C de Montmorency, connétable; sa marraine, madame de Guise. Mort le 10 juin 1584 à Château-Thierry, non marié.
9° Victoire, née le 24 juin 1550 à Fontainebleau, à huit heures du
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mâles de Catherine fuient d'assez tristes princes, au contraire, toutes ses filles furent exquises, bien douées, charmantes, belles et fort intelligentes, ayant les plus beaux {joûts, partout aimées. Quelle trinit<'; gracieuse que celle de ses trois petites filles à la cour : Madame Elisabeth, promise d'abord à Edouard d'Angleterre, puis donnée à Philippe II ; Madame Claude, qui devint Madame de Lorraine, et Madame Marguerite, qui devint la reine de Navarre, que ses frères appelaient Margot, et dont la beauté, quelques années après, fut si grande (pi'elle faisait perdre leurs dévotions à ceux qui la regardaient si radieuse et parée aux processions et aux églises. Catherine apporta des soins particuliers à l'éducation de ce gracieux petit monde, du vivant de son mari. Elle n'avait, du reste, h peu près nulle autre chose à faire. A quels soins eût-elle vaqué , sinon à ceux-là ! La cour était toute glorieuse de cette fourmilière de petits princes et de petites princesses. On leur enseignait les lettres par-dessus toutes choses, et, pour prendre une singulière et forte idée du genre d'éducation qui a tant caractérisé l'époque de la Renaissance, il faut examiner attentivement ce curieux recueil de thèmes et de versions épistolaires qui étaient les exercices auxquels se livraient, sous l'œil de Catherine et sous celui des maitres, sa fille Elisabeth et la petite Marie Stuart avant son mariage. Nulle part on n'aura de preuves plus authentiques et plus aptes à faire ressortir la personne si lettrée et si éduquée de Catherine, alors qu'aux époques de villégiature elle était suivie de toute la couvée royale
matin. Ses parrains, le cardinal Caraffa, lé{;at en France, et M. de Guise; ses marraines, les duchesses de Saint-Pol et de Montpensier. Morte à Amboise le 17 août suivant.
10" Jeanne, née le même jour, à six heures du soir; morte aussitôt.
Voir l'important recueil de ^I. Louis Paris, Négociations , etc., relatives au règne de François II, p. 892; Appendice, vr.