LES FILLES DE CATHERINE
dans les diverses résidences du Blaisois ou du Soissonnais. Il me semble entendre sa voix et écouter ses dires dans la donnée des thèmes composés par ce petit précoce génie d'intelligence Marie Stuart, et adressés sous forme d'entretiens épistolaires à l'ainée des filles de Catherine. N'estce point Catherine, hi Reine et la mère, qui parle ici, dans ce billet dicté en français à la petite Marie pour qu'elle le traduise en latin :
« La vraie grandeur et excellence du Prince, ma trèsaimée sœur, n'est en dignité, en or, en pourpre, en pierreries et autres pompes de fortune; mais en prudence, en sapience et en savoir. Et d'autant que le Prince veut être différent à son peuple, d'habit et de façon de vivre, d'autant doit-il être éloigné des folles opinions du vulgaire. Adieu , et m'aimez autant que vous pourrez ' . >f
Gomment s'étonner, d'ailleurs, que ce goût pour les lettres, pour les arts, pour les finesses exquises du beau, ne lui fût point très -familier? Sans en chercher, comme on l'a ridiculement fait, l'origine dans son nom seul de Médicis et dans sa naissance florentine, ne fut-ce pas assez pour elle d'avoir été élevée , éduquée , et faite à la cour la plus lettrée et la mieux disante de son temps et de bien d'autres? A quoi lui aurait servi la compagnie du roi François et celle si merveilleuse de la Reine de Navarre sa sœur, cette grande héroïne des lettres de son temps?
Une autre femme , nièce de la Reine de Navarre , fille du Roi, du nom de Marguerite, belle-sœur de Catherine, plus tard femme d'Emmanuel - Philibert , entretint la jeune Reine dans les propos et les goûts les plus
1 Voyez la Vie d'Elisabeth de Valois, par le marquis du Prat. La plupart de ces thèmes et de ces versions donnés en devoirs aux petites princesses, y sont reproduits d'après la piemière publication qui en a été faite en Angleterre par l'érudit M. de Montaijjlon.
lettrés : elle était presque du même â^e que la petite Médicis, lorsque celle-ci vint en France épouser Henri. On peut dire qu'elles burent aux mêmes sources fécondes des belles-lettres; et, comme elle ne se maria qu'en l'année 1550, elle fut longtemps la compajjne de la Heine, et dut l'aider à l'éducation de sa lignée. Pas plus d'elle que de Catherine, on ne pouvait guère louer la beauté.
« ÎMais, dit un ambassadeur, elle avait la ]ilns grande grâce et autant de bienveillanco que de courtoisie: ce qui lui vaut non-seulement l'affection du Roi et de la Reine, avec laquelle elle vit dans la plus étroite intimité, mais encore celle de tonte la Cour. Elle se délecte particulièrement à l'étude, et elle est fort versée dans les lettres grecques et latines >»
Ce goût pour les livres, Catherine l'eut toujours; mais jamais elle ne put s'y adonner avec autant d'aise et de liberté qu'à cette époque de sa vie où elle n'avait d'une reine que le nom. Ce fut à ce même temps^ presque un an avant d'avoir en main les affaires du royaume, qu'elle prétendit à la possession de la riche et curieuse librairie du maréchal Strozzi, tué à Thionville. Ce {;rand capitaine avait une très-belle bibliothèque « dont on ne saurait dire de lui comme le roi Louis XI disait d'un prélat de son royaume qui avait une très-belle librairie et ne la voyait jamais; qu'il ressemblait à un bossu qui avait une belle grosse bosse sur le dos et ne la voyait jamais. Monsieur le mareschal visitoit, vovoit et lisoit souvent en sa belle librairie; elle lui estoit venue du cardinal Ridolfe, et fut achetée après sa mort; il estoit très-savant prélat; elle estoit estimée plus de quinze mille escus pour la rareté des beaux et grands livres qui y estoient. Après la mort dudict mareschal, la Reyne mère la retira avec promesse d'en récompenser son fils et de la lui payer un jour — "
Je rappelle ce passage pour montrer le prix que la Reine