ETIQUETTE FUNEBRE DE LA REINE MERE. ¥M
avait longftemps médité le jeu , elle eut la sourde habileté de dissimuler son influence.
Elle fut d'abord dans les larmes, prit le plus j^rand deuil et l'observa avec une ri^jueur extraordinaire '. Le Vénitien qui était à la cour, et qui dut, dans l'apparat que nécessitait le cérémonial en usajje, au nom de la République Sérénissime, lui exprimer les sentiments de condoléance de son étroite alliée, a lait, par le récit de sa visite, un tableau singulier de l'étiquette lugubre dont usa la Reine veuve :
« Elle était clans une chambre entièrement tendue de noir, et tellement que uon-soiilement les murailles, mais encore le parquet en étaient couverts. Il n'y avait d'autres lumières que deux cier(j('s brûlant sur un autel garni de drap noir. Le lit de la Reine était tendu de même. Sa Majesté était vêtue des plus austères habits : robe noire à queue traînante, qui n'avait d'autre ornement qu'un seul collet d'bermine. La reine d'Ecosse, maintenant Reine Très-Chrétienne (Marie Stuart), était dans la même pièce, mais vêtue de blanc entièrement; ensuite Madame Marguerite, sœur du Roi défunt et femme du duc de Savoie; puis les fdies de France, la reine d'Espagne, la duchesse de Lori-aine et leur jeune sœur, la petite Marguerite, toiUes vêtues de blanc et devant ainsi garder ce deuil quarante jours durant. » La Reine mère répondit au nom de tout son entourage, mais elle le fit sur un ton de voix si ému et si faible, que personne ne pouvait entendre ses paroles, quelque attention qu'on y portât. Car outre la faiblesse de sa voix en cette circonstance, elle avait aussi sur la tête un voile noir qui l'enveloppait entièrement et lui Couvrait mêine le visage ^. »
1 Je crois qu'il faut rapporter à cette époque même 1559 le curieux émail du musée de Cluny, n" 1009. « Cabinet de deuil à l'usage de la Heine, aux armes, chiffres et attributs du roy Henri II et de l.i Reine. Ce cabinet, sorte de tableau à volets, est un des monuments les plus complets en ce genre. La fjarniture est en cuir imprimé aux chiffres de Henry et de Catherine. Au-dessus des chiffres, la couronne de France; les espaces libres sont semés de larmes. A l'intérieur est le portrait en pied de Catherine de Médicis exécuté en émail ; elle est aj^enouillée dans son oratoire ; son costume est celui du deuil. »
2 Chronique de Lippomano parmi les manusciits de la bibliothèque de
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Mais, après ces premiers jours de deuil, elle pensa au maniement des affaires. On reconnut sa volonté dans les premiers actes : madame la Duchesse, le Connétable et le maréchal de Saint-André perdirent la faveur; les princes Lorrains, autrement dit les Guise, et à leur tète le Duc et le Cardinal, furent tout-puissants. Dans ce dernier camp , la Reine aurait aimé autant n'y point porter le triomphe : mais le Cardinal de Lorraine n'était pas sans presti(je, son habileté, d'ailleurs, était reconnue, et Catherine, d'un instant à l'autre, ne pouvait régner avec évidence. Il fallait un luinistre.
(( Le Roi a envoyé diie à madame de Valentinois qu'en raison de sa mauvaise influence {inali officii) auprès du Roi son père, elle mériterait un grand châtiment; mais cpte dans sa clémence royale il ne voulait pas l'inquiéter davantage, que néanmoins elle devrait lui restituer tous les joyaux que lui avait donnés le Roi son père ^ . »
On reconnaît bien là, dans ce procédé de venfjcance fort calme, l'ouvraoe du conseil de Catherine : on reconnaît mieux encore la Reine à la manière dont le vieux Connétable fut licencié. Celui-ci avait compris qu'un ministre favori d'un roi ne peut demeurer en cette qualité auprès de son successeur. Même, pour lui éviter des affronts, on lui donna à entendre qu'il eût à remettre entre les mains du Roi les titres et prérogatives dont il était honoré. Au dire de l'ambassadeur de Venise, ce fut après les obsèques qu'il alla trouver la Reine mère. Catherine lui facilita toute expansion. Le vieux serviteur des rois précédents rappela à la Reine ses services actifs, qui
Saint-Marc à Venise, intéressante à consulter, et contenant l'analyse de quelques dépêches de l'ambassadeur vénitien à la cour de France.
* Chroitir^ue i\c Lipponiano et dépêches de l'aiidjas-jadeur. Paris, 12 juillet 1559.