CATHERINE DE MÉDICIS EST AIX AFEAIRES
ne comptaient pas moins de qnarante années ; il parla des gnerres où il avait combattu, des négociations qu'il avait traitées; il dit à la Reine qu'il n'avait plus, après cette mort du roi Henri son mari, qu'à demander à jouir librement de son repos dans sa résidence de Gbantilly, la suppliant de prendre en protection les héritiers de sa maison. Catherine lui fit bonne figure, le licencia avec d'affectueuses paroles, ajoutant, avec cette apparence de naturel dont elle avait si bien le secret , que , malgré la résolution qu'elle-même, après un malheur aussi grand que celui de la mort du Roi, avait prise de mener une existence aussi retirée que possible , elle ne manquerait cependant pas de prendre en protection les intérêts de la maison des Montmorency '.
Tel était donc le nouveau personnel qui eut dans ses mains le maniement principal des affaires sous François II : Catherine et les Guise. Chef dans les choses de la guerre, le duc François de Gviise; maître des négociations, directeur des affaires à l'intérieur, le Révérendissime Cardinal de Lorraine, à qui les sceaux du royaume furent remis. S'il fallait, à tout bien considérer, qualifier le titre de Catherine alors, ce serait de l'appeler la grande conseillère. Sa volonté, bien que dissimulée, commença dès avant même le sacre du Roi son fils : les textes contemporains en font foi. Les puissances étrangères ne s'y méprirent point, et le roi Philippe , qui certes prévoyait le degré d'autorité où voulait tendre la Reine mère dans le royaume, adressa au jeune Roi des félicitations dont Catherine pouvait prendre la plus grande part : « Ayant prins , dit l'ambassadeur de France , parlant de l'audience que lui a donnée à Gand Sa Majesté Catholique, un singulier plaisir d'avoir
^ Giovanni Michieli, ambassadeur, dépêche du 21 août 1559.
entendu que le Roi Très-Chrétien se soit si bien et avec une telle piété et respect, comporté avec la Hovne sa mère, laquelle Sa Majesté a eu l'estime et réputation que ses vertus méritent ' . »
Un des premiers soins de Catherine fut la composition du Conseil. Voulant honorer le Conseil en même temps que s'assurer la faveur des princes étranjjers ses parents, elle fit conseillers le Duc de Savoie, le Duc de Lorraine, le Duc de Ferrare , puis elle songea à ses serviteurs ; ainsi M. de Lansac? ancien gouverneur du Roi; M. de la Broche? lieutenant de ses hommes d'armes, et M. de Sourdis. Si elle avait été plus prudente, si elle eût déjà fait la dure expérience de l'exercice du pouvoir, elle eut agi mieux encore ; elle eût admis sans conditions , spontanément, les Princes du sang, tels que monseigneur de Montpensier, le Prince de Condé, monseigneur de la Roche-sur-Yon. Témoignant de les craindre, elle les désignait chefs de parti, et, dans les circonstances où les passions religieuses devaient entraîner la France, ce ne fut point d'une bonne politique de les mécontenter. En demandait-on raison au Cardinal de Lorraine, habilement, à son point de vue , il répondait à ceux qui se trouvaient lésés : « // en a plu ainsi à la Reine vière, de la volotite de laquelle le Roi ne peut et ne doit se départir. » Ce sont les propres paroles du Vénitien : à mon sens , elles sont importantes. Elles expliquent la sourde rivalité qui existait, par le fait, entre la Reine et le ministre. Tous les deux voulaient le pouvoir vrai, et comme leur cause était la
1 Négociations , lettres et pièces diverses relatives au rè{;ne de François II, tirées du portefeuille de Sébastien de l'Aubespine, évêque de Limoges, par Louis Paris, bibliothécaire archiviste de la ville de Reims. Paris, Imprimerie royale, 1841. Il est indispensable de consulter ce recueil pour avoir une parfaite intelligence des idées et des facultés politiques de Catherine de iVIédicis.