‹ La diplomatie VénitienneChapitre 185 sur 246 · DIFFICULTÉS DE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DE GOUVERNEMENT

Depuis le procès d'Anne du Bourg, sous le Roi son mari, jusqu'à l'arrestation du Prince de Coudé sous ie lloi son fils, quel progrès n'avait pas fait la religion nouvelle? A quelle hauteur ne s'était pas levé l'étendard des croyances réformées? Et de quelles audaces inouïes jusqu'alors, du moins pour la majesté du Roi de France toujours si respectée, n'avait-on ])as eu de poignants témoignages? A peine les cérémonies du sacre avaient-elles été accomplies que la Cour, étant à Blois à la fin de novembre, recevait les sombres nouvelles de troubles et de désordres insolites. Giovanni Michieli le dit expressément :

« Mais ce qu'il importe surtout, c'est de s'occupcu- des choses de la religion. Ainsi que je l'ai souvent écrit, il y règne le plus graud désordre; il y faut ua remède plus qu'ordinaire : de toutes paits ou entend parler de troubles et de séditions; bien qu'à Paris et dans d'autres villes il ne se passe pas de semaine ([u'on ne brûle vifs nombre de ceux de la religion et qu'on n'en incarcère plus encore», la contagion, loin de cesser pour cela, progresse et s'étend chaque jour aussi. »

Et cette contagion (le parti catholique l'appelait ainsi) avait tellement grandi que peu de mois après cette notification de l'ambassadeur, la conspiration d'Amboise apparaissait comme son oeuvre et son fruit !

De là les châtiments, les supplices, les irritations, les colères fanatiques , les sourdes rumeurs, les conspirations; de là la lutte établie entre la cour et les sujets, lutte où le prestige de la couronne avait perdu son éclat : il y avait des partis à la cour, des inimitiés terribles , avides de vengeance ; le parti de l'amiral ne voulait pas d'égal , le parti des Guise ne voulait pas de supérieurs : les mains du premier tenaient la bannière des croyances nouvelles, les mains des seconds soutenaient le drapeau des anciens principes. Sur cette mer, l'habileté de Catherine était

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appelée h conduire le vaisseau de la France : si ce fut sans naufrage, ce ne fut pas du moins sans tempêtes. Un fait considérable en lui-même s'était passé, fait dont l'importance pour l'avenir n'avait pu échapper à la perspicacité et à la sagacité de la Reine mère. L'ambassadeur lui donne place dans les nouvelles qu'il adresse à la Seigneurie de Venise à la date du 30 août :

a Dans rassemblée des princes, le premier jour qu'ils se réunirent, il se passa un fait regardé par tout le monde comme d'une grande audace {di molto ardiré) et accompli par monseigneur l'amiral. Avant même que le Roi et les seigneurs de la cour eussent pris place, l'amiral présenta de sa propre main au Roi deux suppliques ou requêtes, comme on dit en France. Après lecture faite, on sut qu'elles se résumaient à dire que le royaume suppliait Sa Majesté, en matière de religion, à vouloir concéder deux Églises dans deux parties de la France, afin que ceux de la relitjion puissent exercer plus commodément leurs rites, sans que personne les puisse inquiéter. Rien que le Roi ait demandé plusieurs fois à l'amiral de qui il tenait ces requêtes, celui-ci nia énergiquement de le savoir, et comme ensuite il prêta même serment de l'ignorer, le Roi en parut fort troublé, et ordonna à l'amiral, en lui faisant fort mauvaise figure, qu'il allât à sa place et qu'on procédât par s'entretenir des choses pour lesquelles ils étaient appelés, n

Le mot avait donc été posé dans cette circonstance d'une manière aussi ferme qu'inattendue. Aucune démarche d'une signification aussi résolue n'avait encore été faite. N'était-ce pour ainsi dire pas arborer un drapeau que de remettre cette supplique aussi solennellement? Dans les événements, dans les choses, on ne saurait jamais trop regarder aux origines : souvent elles sont la clef très-siire de bien des chiffres qu'autrement il serait mal aisé de comprendre. De ce jour surtout, l'amiral se désigna au parti, de ce jour Catherine dut se dire : Voilà l'ennemi! Et comme elle était judicieuse et de grande pénétration ,

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