‹ La diplomatie VénitienneChapitre 186 sur 246 · L'AMIRAL PRÉSENTE LA REQUÊTE (15G · texte numérisé non relu

L'AMIRAL PRÉSENTE LA REQUÊTE (15G

elle dut comprendre que cet ennemi était un homme de valeur peu commune, et que les armes dont il faudrait user devraient être en raison de la force du camp dont il prenait si hautement le commandement. Catherine avait d'autant mieux dû se rendre compte de la fermeté de Coligny que le fait s'était passé sous ses yeux, dans sa chamhre même, au palais de Fontainebleau. C'était dans l'après-midi; le Roi avait voulu se rendre dans l'appartement de la Reine mère, où étaient aussi la jeune Reine et les princes. Les Cardinaux de Lorraine et de Bourbon , les ducs de Guise et d'Aumale, le Connétable, le Chancelier, les maréchaux de Saint-André et de Brissac étaient présents : l'évéque d'Orléans, l'archevêque de Vienne, l'évéque de Valence, les chevaliers de l'ordre. Cela le vingt-deuxième jour d août : séance et réunion de toute importance, puisque, pour la première fois, si on ne reconnut pas bien officiellement le parti huguenot, on compta du moins avec lui et on consentit qu'à l'avenir on procéderait avec lui par voie de justice et non par voie de violence! Cet acte, dont l'amiral prenait ainsi l'initiative, est rappelé par l'ambassadeur dans sa relazione, et il en a vu si clairement les conséquences qu'il en fait suivre le rapport par cette réflexion que les faits ont ensuite trop justifiée :

« Ainsi, ou leur désir sera satisfait, ou bien, si fou tient à se maintenir dans Tobéissance du Pape et à observer les rites catholiques, il faudra recourir à la force, versc>r sans égard le sang des nobles, diviser le rovaiune en deux partis, en venir à une guerre civile qui ruinera eu même temps et le pays et la foi. C'est une chose constante et confirmée par beaucoiqi trop d'exemples, que les changements religieux amènent toujours des changements politiques. »

Pendant la maladie du Roi, il est intéressant de regarder les Guise et Catherine. Les uns font tout ce qu'ils

peuvent pour s'attacher vivement et indissolublement à la Reine mère : le Cardinal de Lorraine, qui s'est attiré la haine universelle du royaume, mais dont les ennemis déclarés sont le Roi de Navarre et Condé, le Cardinal, se voyant à la veille de perdre forcément toute autorité, puisque de par les lois fondamentales de l'Etat, dans les minorités, le prince du san() le plus proche parent du Roi est nécessairement puissant; le Cardinal voudrait que la Reine a{»it à sa tête et qu'elle signât, pendant les derniers moments du Roi son fils , une sorte d'arrêt de mort et de Navarre et de Condé. L'honnête Chancelier de l'Hospital conseilla autrement la Reine, qui, de son côté, n'aspirait qu'à pactiser avec un parti dont les chefs étaient si hauts sei(jneurs et par le sauf; et par l'inlluence. La politique lui dictait de se ménager des faveurs à la veille d'une minorité dont elle espérait la direction, sans le secours des Guise, dont l'ambition avait gêné et gênait la sienne.

C'était d'ailleurs du nouveau : il en faut en France. La Reine, qui, pour me servir d'une observation judicieuse, ne pouvait demeurer plus longtemps unie aux Guise sans se couvrir avec eux de l'aversion publique, eut, la veille luéme de la mort du Roi, vme entrevue avec Antoine de Bourbon, qu'on appelait le Roi de Navarre : celui-ci promit dévouement à la Reine, et ce triomphe de Catherine fut la chute du Cardinal de Loraine.

A la date du 8 décembre , deux jours après la mort du jeune Roi, l'ambassadeur constatait ainsi, dans une dépêche, la situation personnelle de Catherine de Médicis :

a Dans le gouvernement, la Rolne mère est considérée comme celle dont la volonté est suprême en toutes choses; c'est elle qui aura la main la plus haute aux négociations; de telle sorte, Tautorité sera conservée intacte pour Sa Majesté, et dans le Conseil il n'y aura d'autre chef qu'elle seule; on espère ainsi

Page 1