VOLONTÉ DE CATIIERIÏNE DANS L'ÉTAT
éviter les rivalités. Les ambassadeurs ont déjà reçu Tordre que lorsqu'ils voudront audience, ils la feront demander à Sa Majesté par les secrétaires désignés. Cela est d'un bon ordre et d'une bonne règle, car entre les si'crétaires on a réparti les charges de manière que l'un s'occupe des affaires d'Italie, l'autre de celles d'Espagne, un autre de celles de Flandre, etc. A chacun ses fonctions, les affaires se régleront ainsi bien plus vite et sans confusion, et de cette manière on n'aura point de compte à rendre des négociations ni au Cardinal de Lorraine ni au Connétable, comme cela se passait jadis. Mais o^i ira tout dioit à la Reine, et si elle a besoin du Conseil, elle le réunira de sa propre autorité et donnera la ré[îonse »
Telle est la phase nouvelle des destins de Catherine de Médicis. La voici Reine mère et Régente; elle a le pouvoir, mais au fond elle ne se trompe pas sur la difficulté et l'amertume d'une telle charge. Dans la première lettre que depuis qu'elle a ce titre elle a peut-être écrite de sa main, avec ce style extraordinaire et avec cette orthographe souvent inintelligible dont elle use en écrivant les mots français comme elle les prononce, c'est-à-dire à l'italienne , elle laisse échapper ce cri de la conscience qu'elle a des choses à sa fille d'P^spagne , épouse du Roi Catholique :
« Madame ma fylle seulement vous dyré ne vous
troubler de rien et vous aseurer que je ne feré pouyne de me gouverner de fason que Dieu et lenionde aront aucasion d'estre contens de moy, car set mon prinsypale bout de avoyr l'henneur de Dyeu an tout devent les yeulx et conserver mon authorité, non pour moy, mes pour servyr à la conservatyon de set royaume et pour le byen de tous vos frères, lesquels je ayme corne du lyeu où V0us aytes tous veneus. Pour se, ma fylle, m'amye, recomandés vous bien à Dyeu, car vous m'avés veue aussi contente come vous, ne pensent jeamès avoyr aultre tryboulatyon que de
n'estre asés aymayë à mon j;ré du Roy vostre père Et
Dyeu me l'a haulté et ne se contente de sela, m'a haultd vostre frère que je aymé come vous savés, et m'a Inysce avenue troys enfans petys et en heini Jeanine tout dyvysé , n'y ayant lieun seul à qui je me puise du toutjyer qui n'aye quelque pasion particouly ère. »
Quelle est alors la ])hysionomie morale et physique de la Reine? L'ambassadeur vénitien Giovanni Michieli, qui la quittait au moment même où elle prenait pleinement le pouvoir, nous a reproduit tous ses traits, dont voici les principaux :
« Elle a quarante-trois ans... de la plus vive intelligence... affable, capable de tontes négociations [capace di quahaïque maneggio , massime di Stato), politique avant tout — Elle ne perd pas le Roi de vue, ne tolérant qu'aucun autre couclie dans sa cliambre. Elle sait qu'étant éti'angère elle est enviée — Elle tient tout dans sa main, les charges, les bénéfices, les grâces; elle est le garde des sceaux et elle tient le cachet du Roi. Dans le Conseil , elle laisse dabord parler, mais son avis est en dernier ressort.... Ses desseins sont profonds [ha pcnsieri grandi) , et difficilement on peut les pénétrer. Dans son mode matériel de vivre, elle a peu de règle; son appétit est énorme. Elle recherche les exercices , inarcbant beaucoup , montant à cheval , très-active; elle chasse avec le Roi son fils, le pousse dans les
taillis, le suit avec une intiépidité rare Son teint est olivâtre;
elle est déjà grosse femme. Son douaire est de 300,000 francs par an, double de celui des autres reines douairières. Elle dépense largement et libéralement. »
La période où nous devons maintenant regarder et considérer Catherine de Médicis est celle dite de la minorité du roi Charles IX et de la régence de sa mère jusqu'à l'effroyable moment où, renonçant à son humeur habile des accommodements, elle se résout à de sinistres vengeances.