CHAPITRE NEUVIEME
Catherine de MÉdicis pendant la minorité de Chailes IX. — Etat malheureux de la France. — Attitude de la Reine mère. — Sa politique est personnelle. — Il faut voir Catherine de Médicis par les détails. — Tout en elle est multiple. — Importance, attrait et curiosité de ses lettres. — Nécessité d'une publication de sa correspondance générale pour écrire une histoire définitive de la Reine mère. — Catherine a compris Philippe II.
— Dans Catherine de Médicis, la fermeté c'est l'habileté. — Curieux trait d'une de ses lettres au Pape. — Elle voudrait l'accommodement entre la religion réformée et le parti catholique romain. — Manque de conseillers. — Son goût à se rendre compte des choses par elle-même. — Masquée, elle court la ville, les boutiques, entend et s'informe. — Les intentions de la Reine d'après l'ambassadeur vénitien. — Le désordre à la cour, d'après une lettre du Vénitien M. A. Barbaro. — La Reine en 1568, d'après Giovanni Correr. — Chronique qu'elle lit au retour de Carcassonne et conclusion qu'elle en tire. — Ses embarras et son activité.
— Le parti hu{;uenot s'est toujours défié d'elle et même de ses caresses. — Remarquable portrait que fait d'elle Giovanni Correr en 1569. — Position de l'andiassadeur vénitien à la cour de France pendant les troubles.
« Vœ tibi terra cujiis est rex puer! Malheur à toi, royaume dont le roi est uu enfant! » est une sentence infaillible. Telle est Tanière parole dont usa Michel Suriano dans les considérations qu'il a écrites sur l'Etat de France pendant la minorité de Charles IX. Encore cet ambassadeur ne vit-il que le commencement de cette minorité difficile. Si comme ses successeurs, Marc-Antoine Barbaro et Giovanni Correr, il avait vu, dans les villes, les désordres et les séditions , chez les hommes les passions soulevées, et les tumultes des ambitions, à quels autres termes de détresse eût-il eu recours ! Il a du reste convenablement résumé la tristesse des temps lorsqu'il dit :
« Tel est done l'état actuel de la France : lui Roi très-jeune, sans expérience, sans antoiité; im Conseil plein de discordes, le pouvoir aux mains de la Reine, femme sage mais timide, im>solue et toujours femme; le roi de Navarre, prince très-noble et très-courtois, mais inconstant et peu exercé aux affaires; le peuple divisé par des factions — »
Gomment Catherine aurait-elle dû faire pour « rhabiller doulcement tout ce que la malice du temps peult avoir gasté en ce royaume? » car c'est ici son expression, dans une lettre à l'évêque de Limoges, son ambassadeur au Roi d'Espagne.
Son aptitude aux négociations, son activité de tous instants aux affaires, sa curiosité toujours excitée, son éloquence, son incessante faculté d'écrire, sa pénétration, sont extraordinaires. Temporiser, atténuer, voilà ses armes défensives; feindre, trop feindre, voiUi ses armes offensives : elles se sont retournées contre elle. Un jour elle irrite un parti, un autre jour elle le favorise. L'avidité qu'elle a de sauvegarder sa puissance perce en toutes ses actions : elle ne cherchait pas à sauver la France par amour poiu' la France; nullement : elle lutte pour elle et ses enfants, c'est une question personnelle. Le principe, c'est elle. Aussi, dans ses vengeances et ses sourdes colères, ne voit-on point que c'est l'honneur du principe qu'elle veut venger, mais simplement l'honneur de sa maison. Sa personnalité est en tout : un moment, des années même, elle est le point de mire de tous les partis. En 1569, en pleine majorité du Roi, un ambassadeur dira d'elle : " On nomme toujours le Roi, car c'est de règle; mais tous les yeux sont tournés vers la Reine, qui peut rendre beaucoup de gens contents ou mécontents à son gré. " Il faut la suivre jour par jour, la regarder à toute heure pour la bien saisir : autrement elle vous échappe et met en défaut votre capacité d'observation , si exercée qu'elle soit. Je ne l'ai bien comprise que par les dépêches , parce qu'elle a un caractère de détail , éminemment de détail : Richelieu , au contraire , est tellement identique à lui-même, il est si ferme, si décidé, il a une telle uniformité de principes et de procédés, qu'il est aisé