OPINION DES FRANÇAIS SUR VENISE EN
jamais conçue l'esprit de l'homme et qu'ait jamais exécutée sa main !
Regardons Catherine pendant cette terrible année; nous avons trois rapports successifs des Vénitiens à cette époque, dont lui , celui de Michieli, est des plus intimes. Plus que jamais , du reste (et ma publication des audiences de Catherine avec les ambassadeurs en sera une preuve irrécusable), plus que jamais l'amitié de la République Sérénissime était appréciée à la cour de France; la République avait effectivement secondé de ses deniers la Reinependant les détresses qui avaient suivi les premiers troubles. Tous appréciaient l'impartialité, la bonhomie, le charme des envoyés; ils aimaient la France et les Français, et la France et les Français avaient une sorte de culte pour ce pays et cette terre des Vénitiens que, s'ils venaient à les comparer à la malheureuse France d'alors , ils voyaient si beaux et si heureux. Giovanni Correr, dont M. Tommaseo a si noblement exprimé et traduit les pensées, terminait son discours au Sénat, à son retour de France, par ces paroles, assurément bien plutôt dictées par la conscience de la vérité que par un sentiment de présomption exagérée :
a Au milieu des troubles de ce malheureux royaume, j'ai souvent entendu des Français s'écrier : « Oh ! si j'avais mes biens à Venise! » Ils venaient ou bien ils envoyaient s'informer chez moi si la République prenait de l'argent à intérêt, si la zecca était ouverte. Ils voulaient y déposer de grosses sommes, comptant que là elles seraient au moins eu sûreté. Ils ne désiraieni pas d'être à Rome, à Naples, à Milan, ni en toute autre grand(> ville d'Italie, mais uniquement à Venise. C'était là pour eux un port sur, c'était le pays où l'on ne connaissait qu'un seul Dieu, où l'on n'observait qu'un seul culte, où l'on n'obéissait qu'à un seul prince, à une loi commune, et où tout le monde enfin pouvait vivre sans crainte et jouir paisiblement de son bien. »
528 DE LA DIPLOMATIE VÉNITIENrsE.
Giovanni Corier avait représenté le gouvernement de Venise dans le Royaume durant les plus cruelles années de nos guerres civiles; ayant suivi la Cour pérégrinante et errante comme une troupe de bohémiens, il avait été en butte à plus d'une terreur comme ii ])lus d'un péril. Rappelez-vous son énergique expression : « Les coups d'arquebuse sont les cloches des protestants. » Arrivé en 1507, il s'était trouvé à la journée de Meaux, si périlleuse pour le Roi et sa mère , si hardie et si surprenante dans son exécution de la part de Gondé et de l'Amiral; à Paris, il s'était vu sur le ])()int de combattre pour son propre salut, ainsi (pie d'autres ambassadeurs, mêlé à des prêtres et à des moines cpii détendaient la rue. Telle était la capitale de la France alors, qu'un ambassadeur en était réduit à se faire gloire de dire :
«Je m'habituai îï iii'éveiller à chaque signal, à chaque bruit qui frappait mes oreilles. Dans luie telle agitation d'esprit et de corps, au milieu de telles dépenses, je n'éprouvais ni fatigue ni chagrin, et je trouvais honorable et beau de m'appauvrir pour le service de Votre Sérénité. »