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CATHERINE APRÈS L'ÉDIT DE PACIFICATION

dominante dans l'opinion du monde protestant, et par conséquent dangereuse pour une royauté contre laquelle il avait tant lutté. Cet homme, Goligny, l'Amiral (on ne l'appelait pas autrement), gênait, tourmentait, inquiétait la Reine mère. Chose singulière! Coligny, à l'égard de la Reine, Coligny, cheF protestant et âpre ennemi de l'Espagne, joua le même rôle que quinze ans plus tard Guise, chef catholique et serviteur facile de l'Espagne, joua à l'égard^de Henri III. Pour l'un et l'autre, pour ces hras voués à des causes si contraires, le résultat fut le même : une mort violente! Ce fut l'ouvrage de la Reine mère pour l'un , ce fut l'ouvrage du fds de prédilection de cette Reine pour l'autre.

Depuis l'édit de ])acification de 1570, Catherine de Médicis avdit enfin pu asseoir ses esprits de manière à ne plus être forcément cette Reine errante, assiégée ou assiégeante, toujours à la veille ou de gagner ou de perdre les amers combats des guerres civiles; elle avait vu mourir quelques-uns des grands chefs dont elle pouvait redouter l'hostilité autant que l'amitié : ainsi le Roi de Navarre, le maréchal de Saint-André, François de Guise, le jeune Condé, le vieux Connétable. Ses armes pins (jue jamais devaient être ses talents; elle avait désormais bt;soin de plus de dextérité et de prudence que de poudre et d'arquebuses. C'est le temps, du reste, où elle se livre avec le plus d'entraînement à ses goûts pour les arts, ])our les constructions : elle s'occupe beaucoup alors de son charmant petit palais des Tuileries, elle dresse des jardins, commande de merveilleux ouvrages à l'émailleur Bernard Palissy et à l'orfèvre Dujardin ' : elle a de fréquentes con-

' Voyez Aichù'cs de l'urt francdh , iccneil de ilocuiiiciits iii(''<lits relatifs à riiistdiro (le l'ait français, |>iil)li(i sous la direction de M. Anatole de Montai{jloii : t. V des Document'; , analyse du compte île {lepensex faites

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férences avec l'architecte Jean Bullant, successeur de Phili])pe de l'Orme daus ies ouvrages d'architecture conunandés par la Reine ' : c'est Bullant, surintendant des bâtiments, qui bientôt lui construira son joli hôtel appelé alors le palais de la Reine, et plus tard ï hôtel de Soissons ^. Enfin pour elle, c'est un temps de ])aix : elle savoure les charmes du trône.

Mais Catherine n'abandonne point la politique : la circonspection la sert merveilleusement pour jiénétrer l'esprit des j>artis qui se forment à la Cour : les Guise demandent vengeance contre les Montmorency, ce sont les Gapulet et les Montaigu. Adroite et fine, Catherine se joue tantôt avec l'espérance qu'elle inspire aux uns, tantôt avec la crainte qu'elle imprime aux autres. Les places de sûreté qu'elle avait dû céder, plutôt j)ar prudence que par bon vouloir, au parti j)rotestant, n'étaient pas sans lui causer des regrets amers en même; temps que de sourdes inquiétudes ; elle avait l'œil sur la Rochelle, sur Cognac, sur Montauban , sur la Charité, ces vraies places fortes, belles parts de la couronne où elle se savait peu honorée, mais qu'elle avait dû détacher, autant pour le repos du Roi son fils ({ue pour la sécurité du parti, qui, sans ces places, eût continué la guerre, au risque d'y perdre le dernier homme et le dernier château. Les circonstances de la politique extérieure avaient même changé les dispositions de la Cour d'une telle sorte, que la Reine en était arrivée à trouver bonne l'idée du mariage

pour le cliâteaii des Tuileries an 1571, p. 1; et t. III, Conmiande de bijoux faile par la Reine , j). 39. «

' Vovcz les Grands architectes français de la renaissance , d'après de nombreux documents inédits des bihliothèques et archives, par Adolphe Berty. (Paris, chez Au(;ustc AuLry, J8G0.)

- Cet hôtel était situé à l'endroit où se trouve aujourd'hui la Halle aux blés. Catherine eu avait fait le siéjje de ses études astrologiques.

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