L'AMIRAL DE COLIGNY
du Bourbon le Roi de Navarre, protestant, avec Marguerite, sa troisième fille. C'était assurément sanctionner le parti de la religion. Ces noces étaient peu fiiites pour plaire à l'Espagne, qui alors, par le ministère d'Albe, homme d'une si farouche énergie, faisait sentir aux Flandres les poignantes blessures d'une épée fanatique.
Ce fut alors que la Cour, conseillée par le Cardinal de Châtillon qui la voyait chercher une issue pour remercier l'Espagne, Albe et Phifippe, attacha quelque prix à l'union anglaise. Quel triomphe pour la Reine mère , si son fils, le bel Henri , son enfant si aimé et qui tenait tant d'elle, eût épousé Elisabeth! Quel beau mode c'eût été pour Catherine de se venger de la politique de l'Espagne, qui, dès le lendemain de la mort de Henri H, sous des apparences de protection charmante, s'était fait im parti avec les Guise, et qui depuis n'avait cessé, tout en offrant des secours, de lui reprocher comme autant de crimes les concessions nécessaires qu'elle avait faites aux protestants, les édits de pacification qu'elle avait signés avec eux, en un mot, de les avoir reconnus et traités en rivaux plutôt que toujours en rebelles. Dans cet ensemble de circonstances nouvelles, le mariage de Navarre décidé, les humeurs soulevées contre l'Espagne, l'Amiral conçut de graves projets. Il avait su par ceux qui venaient de la Cour lui rendre hommage en son château fort de la Rochelle, que le jeune Roi était tout ardeur et tout courage, qu'il voulait des batailles, mais non pas de celles qui, livrées entre des camps d'un même sang et d'une même terre, bien que gagnées, n'en sont pas moins honteuses. Il rêva de capter cette jeune humeur royale, il fit peut-être le grand rêve de relever la France des hontes des guerres civiles, pour la conduire avec le Roi aux gloires des guerres nationales. Le grand ennemi alors, c'était l'Espa-
{jnol; la haine était profonde, accablante, poussée aux limites extrêmes; l'Espagnol avait battu la France à Saint- Quentin , cela regardait toute la nation ; l'Espagnol avait inventé des supplices et des tortures à l'usage de ceux de la religion, l'Espagnol avait assassiné Egmont, Horn , mille victimes, l'Espagnol faisait une horrible parade de sa colère contre le prétendu droit de conscience, l'Espagnol était l'hydre du parti protestant, comme le parti ])rotestant était l'hydre de l'Espagnol, cela regardait l'Amiral. Gagner le Roi, c'était gagner la cause. Anéantir l'influence de la Reine mère, briser Catherine, c'était peut-être réussir à faire du Roi un huguenot! Car c'était là le vrai but : le Roi de France huguenot, huguenot par Coligny!
Coligny partit pour la cour.
Tous, nous savons ce qu'était l'Amiral. Je dirai seulement comment le jugeait l'ambassadeur de Venise peu de mois même avant l'heure de cette mort que Catherine devait se charger de régler :
« Dans ces guerres, nul ne s'est fait remarquer et nommer autant que l'Amiral. N'est-il pas étonnant que dans ses destins il n'ait accouipli aucune action de grand mérite pendant qu'il était au service du Roi, tandis que dans les guerres mêmes contre le Roi il s'est acquis l'estime et la crainte à un degré tel, qu'un simple gentilhomme comme il est, avec peu de ressources, ait soutenu une guerre de cette durée et de cette importance, nonseulement contre son puissant souverain,Mnais encore malgré les secours que Sa Majesté recevait du Roi d'Espagne et de tant do souverains d'Italie, et de quelques princes d'Allemagne. Je m'étonne d'autant plus, qu'ayant perdu tant de batailles, il ait conservé cette réputation auprès de tous et qu'il inspire ce respect, même chez les reîtres et les lansquenets, qui , bien que créditeurs de nombreuses soldes, et après la perte de nombreux combats où ils avaient perdu leur butin , jamais ne se sont révoltés. C'est au point qu'on peut dire que si par la manière dont il tint en respect les nations étrangères, Annibal a mérité une aussi grande