‹ La diplomatie VénitienneChapitre 195 sur 246 · PORTRAIT DE CHARLES IX · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CHARLES IX

gloire auprès des anciens, l'Amiral en mérite une d'autant plus grande qu'Annibal y eut moins de peine, parce que partout il était victorieux, au contraire de l'Amiral, dont la cause était toujours vaincue', »

Ses ennemis le tenaient pour très-grand homme : si le parti protestant fut si fort et si considère , assurément il le devait beaucoup à ce grand chef. L'historien Ilanke, si ferme dans ses jugements, a fait de Goligny le plus noble éloge que puisse envier un homme de valeur : « La considération dont il jouissait ne reposait pas sur l'enthousiasme des triomphes, mais sur le besoin qu'on avait de lui. Un jour il tomba malade, et les fautes qui furent commises firent sentir tout ce qu'il valait^. »

Le Roi, que Goligny allait trouver pour lui demander la guerre et une place d'honneur aux grands combats , n'était pas plus un méchant homme qu'il n'était un esprit capable. Goligny, dans sa vieille expérience, sentait bien que sa tâche eut été facile et belle sans la Reine mère. Pour l'Amiral, si le grand ennemi à l'extérieur était l'Espagnol, la grande ennemie à l'intérieur, c'était Gatherine, car elle était le roi et le ministre, c'est-à-dire le gouvernement. Gharles IX son fils n'était qu'un tueur de bétes, un chasseur effrayant, miiis non un prince, moins encore un jiolitique.

Quel était le Roi, quels étaient son caractère, sa nature, ses instincts? Jusqu'à son mariage, il n'avait guère connu de la royauté que le côté des déboires et des vicissitudes; il n'avait d'ailleurs fait qu'obéir, sa mère commandait; il n'avait pas gouverné pendant un seul jour. Sa volonté s'exerçait à ses chasses; il avait horreur de demeurer au

1 Alvise Contariiii, Relazione délia Corte di Fvancia, lue en fôvrier 1572. Raccdlta Albèii , t. XI de la collection, IV de la 1'''^ série, p. 239.

2 Léopold Ranke, Histoire de France, t. I"^"".

Conseil. D'une humeur ])ouillante, il lui fallait de l'air, toujours de l'air. Grandissant, il devint belliqueux. Étaitce le résultat des désirs qu'il avait de se voir enlevé à l'extraordinaire volonté de la Reine qui le fascinait? Dans les guerres, dans les camps, en effet, qu'eut fait Catherine, le Roi étant majeur et commandant? Voici ce roi d'après les Vénitiens : dès les premiers ans de sa minorité, ils n'en parlent que par conjectures, et naturellement alors ce jeune Roi d'un si beau royaume devait annoncer les plus belles dispositions :

(t Sa figure est belle ; il a surtout de très-beaux yeux , tout à fait ceux de son père. Il n'est pas robuste, il mange et boit peu; il demande à être ménagé. Les exercices violents lui plaisent, il s'y fatigue et y perd toute sa respii-ation. Il se refuse à l'étude; s'il s'y livre un peu, c'est par obéissance pour sa mère. Mais il aime la guerre, il en parle, il recherche la conversation des capitaines. »

Voici un trait curieux rapporté par Michieli lors de sa première ambassade, à l'époque où Charles, par la mort de François II , devenait roi :

<i Lorsqu'il n'était que duc d'Orléans et qu'on lui parlait de l'État de Milan comme lui appartenant (je ne sais pas si c'était pour le flatter ou dans tout autre but), il s'en réjouissait grandement; il appelait quelques-uns de ses capitaines qui étaient le plus près de lui, et il leur faisait promettre de le suivre dans sa future expédition. Après être parvenu au trône, un jour que l'un de ses principaux officiers, qui était Milanais, venait prendi'e congé, celui qui l'inti'oduisait prévint le jeune Roi que cet homme-là pourrait lui être utile dans l'État de Milan, qu'il fallait lui faire des avances. L'enfant répondit alors avec vivacité qu'il le savait bien, mais que depuis qu'il était roi // ne pouvait plus ainsi en parler publiquement^ . »

* Recueil de Toinmaseo, t. l'-i". Relation de Giovanni Michieli, 1560.

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