LES MENACES DE L'AMIRAL
à vouloir que la question IVit traitée en leur présence dans le Conseil. L'Amiral, entendant nommer le Conseil, répondit qu'il v^alait tout autant n'en pas parler, le Conseil étant composé de gens de robe lonjjue (gens de parlement) qui tous, soit par humeur, soit par profession, étaient opposés à toute guerre, et que jiour lui il n'aurait pas le courage de discuter de telles questions avec de telles gens. A quoi le Roi dit que dans ce conseil il n'appellerait pas des hommes de robe longiu', mais quelques seigneurs rompus aux choses des guerres, nommant aussitôt trois ou quatre d'entre eux, ainsi le duc de jMontpensier, Ludovic de Gonzague, frère du duc de ^lantoue, le maréchal de Cossé et un autre. L'Amiral ne sut ou ne voulut pas alors s'y opposer : il les tenait d'ailleurs pour personnages trop peu babiles pour être capables de répondre à ses pro]iositions et les contredire. Mais il en fut tout autrement qu'il ne l'avait espéré. Le Conseil réuni, le Roi, la Reine mère et d'Anjou présents, et l'Amiral avant exposé ses desseins avec autant d'habileté que d'éloquence, chacun des conseillers appelés à donner son avis fit une vive opposition et répondit avec une singulière fermeté. Ce furent ceux mêmes que l'Amiral avait estimés les plus faibles qui se montrèrent les plus osés. Le vote étant donc unanime à réprouver ses projets, il se tourna vers le Roi, et lui dit :
« Sire, puisque Votre ^îajesté, de l'avis de ceux qui sont ici, est entraînée ù ne pas saisir une occasion aussi fortuite pour son honneur et son service, je ne puis m'opposer à ce qu'Elle a fait, mais j'ai l'assurance qu'Elle aura lieu de s'en repentir. »
El il ajouta :
« Mais Votre Majesté ne trouvera pas mauvais si, avant promis au prince d'Orange tout secours et toutes la\eurs, je m'efibrce de sau\er mon honneur avec l'aide des amis, des parents, des serviteurs que j'ai, et à faire service de ma propre personne s'il en est besoin. »
Puis, se tournant vers la Reine mère :
« Madame, dit-il, le Roi renonce à entrer dans une guerre
Dieu Aeuille qu'il ne lui en survienne une autre, à laquelle sans doute il ne lui sera pas aussi facile de renoncer'. »
1 Giovanni Miohieli, Relazione délia Covte cli Francia, 1572. Le ISonce, l'évêque Salviati, alors à Paris, dans la dépèclie qu'il adresse
Youlait-il, par ces paroles, donner h entendre que, dans le cas où ses affaires iraient mal, le Prince d'Orange reviendrait en France avec les Français et les Allemands qui l'auraient servi , et alors une guerre serait nécessaire pour le chasser? En tous cas, c'était menacer la Reine, le Roi et le Royaume. La première y vit une allusion directe à de nouveaux soulèvements : elle crut ou voulut croire que l'Amiral lui montrait le sombre horizon de nouvelles guerres civiles. Le renard se jetait donc dans le piège. Par cette menace, Goligny armait Catherine. C'est là ce que j'appelle expliquer, non pas excuser la Reine mère!
La semaine suivante eurent lieu les noces du jeune Prince de Coudé avec la troisième fille du duc de Nevers; elles furent célébrées tout à fait h la huguenote : Paris vit ensuite celles du Roi de Navarre avec la jeune Valois. La fleur de France était là ; la fleur de tous les partis , la fleur des deux religions. Jamais une plus belle occasion ])Our avoir non pas seulement la tûte du saumon , mais aussi celle de toutes les grenouilles ! Catherine y comptait bien. Et ces noces qui, par l'union des deux religions, semblaient devoir être la réunion des partis, ces noces, pour la consécration et le souvenir desquelles — amère dérision ! — des médailles aux emblèmes pacifiques, les chiffres de Marguerite et de Henri placés au milieu d'un lien avec ces mots en
à Rome pour donner la nouvelle du massacre, justifie involontairement la vérité de cv.s détails rapportés par le Vénitien :
« Quando scrissi, dit-il, ai giorni passati alla S. V. Illustrissima, che l'armiraglio s'avanzava troppo , et elie gli darebbero su l'unz/c , gia mi era accorto, che non lo volevauo più tollerare.... »
Voyez Annales ecclesiastici , continuation aux fameuses Annales de Baronius, par le Révérend Père Tlieiner ÇMantissa documenloi um , t. I*^"", p. 32U) : Dépêche du Nonce l'évêque Salviati au Cardinal de Côme, Cardinal-patror.. Paris, 24 août 1572.