INTELLIGENCE ET PÉNÉTRATION DE CATHERINE
temps (c'est le mot IVançais) ; aussi se moiitrait-il éloigné do néjjoeier et de parler d'affaires, se remettant du tout à sa mère : maintenant, il ne pense plus ni n'agit de même. On m'a raconté que, depuis les événements, il se fait dire plus de trois fois une même chose par la Reine avant de lui obéir, d
Ces deux mêmes ambassadeurs, MichieH et Cavalli, ont rapporté aussi les impressions que leur avait fiiites la Reine mère. C'est le dernier portrait de Catherine, sous le règne de Charles IX, que nous puissions produire d'après les Vénitiens.
Selon Michieli, elle manifeste chaque jour qu'elle est le plus habile personnage d'Etat dont on ait mémoire, — la piii accorta e di inaggior ingegno. — Elle ne connaît pas seulement les choses de France, mais encore celles de tous les autres royaumes et de toutes les puissances. Pour elle, les conseillers sf)nt inutiles. Malgré la rivalité des Guise d'tm côté , des Bourbons et des Montmorency d'un autre, elle a maintenu la suprématie de l'autorité royale. Par ses dernières actions, elle sait la haine qu'elle s'est attirée non-seulement dans l'esprit des Français, mais encore dans celui de ses voisins les Anglais et les Allemands; haine si grande, qu'au lendemain même de la Saint -Barthélémy, Anglais, Flamands, Allemands, Polonais, et tous autres qui se trouvaient à Paris, soit h l'Université, soit ailleurs, se sont tous retirés : néanmoins Catherine saura bien apaiser la haine et se les réconcilier. Elle sait les dangers qu'elle court, elle cherche à les prévenir et elle se préinunit contre tout. Dehors , une garde imposante de Suisses l'accompagne toujours; chez elle , elle a de fidèles officiers qui veillent à la sécurité de sa nourriture et à tout ce qui les concerne. Aujourd'hui sa préoccupation politique est de pourvoir son fils d'Anjou de quelque Etat et royaume en dehors de France : pour
cc.'la, elle se rapproche extrêmement du lUn d'Espa^jne, bien qu'elle sache la mauvaise opinion que ses ministres ont d'elle. De sa part, du reste, ce n'est qu'une feinte, car au fond elle n'aime pas et elle craint le Roi Catlioli(pie : elle redoute son amhition envahissante. P]lle a du reste de grands projets, et on commence à j)arler de certains ])artis à prendre. Peut-être est-ce pour. divertir l'esprit ])réoccupé de la nation. Elle donne de nombreux conseils au Roi son fils, entre autres surtout celui de ne pf)int, à l'exemple des rois son ^rand-père et son père, laisser aux mains de ses plus intimes favoris le {jouvernement et l'administration; car s'ils ])rennent une antoiité troj) (;rande, il faut trop compter avec eux : mais il est habile de répartir les affaires entre plusieurs, selon les besoins des temps, selon la valeur et la suffisance des personnes. A l'un une charjje, à l'autre une autre, tous ainsi dépendront de lui.
Catherine se plaisait en effet à montrer sa science politique : (juand elle n'en avait pas les occasions, elle les cherchait et allait au-devant. Plusieurs fois le Vénitien parle des conseils que la Reine aime à donner sui" le gouvernement de l'Etat; nous en avons d'autres preuves et des plus convaincantes, fort curieuses d'ailleurs, ce sont des conseils écrits ])ar elle, envoyés à ce fils Charles IX qui, comparé à son d'Anjou, faisait son désespoir et en qui elle ne retrouvait aucune des qualités royales dont elle aimait tant qu'on fit parade. La voilà bien, la Reine mère, tout ordonnée, toute pénétrante, tout intelligente sur les airs que doivent avoir un Roi et la Cour dans un pays dont elle connaît si bien les instincts : je la recoimais à tous les mots, à toutes les phrases, dans ces recommandations à son fils Charles pour la police de sa Cour et le gouvernement de son Etat. Elle sent comment il faut ])laire aux Français, elle reproche au Roi de ne pas avoir assez la prestance royale, elle veut