‹ La diplomatie VénitienneChapitre 201 sur 246 · CONSEILS SUR LA POLICL DE LA COUR · texte numérisé non relu

CONSEILS SUR LA POLICL DE LA COUR

qu'à la Cour it y ait un air de cour, elle veut aussi que le Roi sorte, chaque jonr, sur les trois heures après midi, et qu'il se montre, soit à pied, soit à cheval.

« Je désirorois % écrit-elle, que piinssiez une heure certaine de vous lever, et pour contenter vostre noblesse, faire comme faisoit le feu Hov vostre père; car (juant il pienoit sa chemise et <pie les habillemens entroient, tous les princes, seigneurs, capitaines, chevaliers de l'Ordre, giîntilshommes servans, entroient lors, et il parloit à eux et le vovoient, ce qui les cont<'ntoit beaucoup. Cela fait, s'en alloit à ses affaires (au Consi'il), et tous sortoient, hormis ceux qui en estoient et les quatre secrétaires

j) Après cela que donnassiez une heure ou deux à ouïr les depesches et affaires qui sans vostre présence ne se peuvent dépescher, et ne passer les dix heures pour aller à la messe, comme on avait accoustumé aux Rois vostre père et grandqière. Que tous les princes et seigneurs vous accompagnassent , et non comme je vous voy aller que n'avez que vos archers

» Et après dîner, pour le moins deux fois la semaisne, donnez audience, qui est une chose qui contente infiniment vos sujets, et après vous retirer et venir chez moy ou chez la Royne, afin que l'on cognoisse une façon de cour, qui est chose qui playt infiniment aux François, pour l'avoir accoustumé les Roys vostre père et grand-père

)) Et sur les tiois heures ajirès midy vous alliez vous promener à pied ou à cheval, affin de vous monstrer et contenter la noblesse, et passer vostre teuq^s avec cette jeunesse à quelque exercice houneste... ^. »

1 Archives curieuses, l''*^ série. « Avis donnez par Catherine de Médicis à Charles IX pour la police de sa Cour et le gouvernement de son Estât. » M. Griin, dans son intéressant livie de la Vie puhtirjue de Montaigne , veut démontrer que ces Avis n'ont pas été adressés à Ciiarles IX, mais à Henri III. Les raisons qu'il donne sont peut-être ingénieuses, mais elles sont plus que contestables.

2 II serait intéressant de composer, d'après les pièces authentiques des comptes et des dépenses qui sont aux Archives de rEmj)ire, un tableau de la cour entière de la Heine ujère , le détail total de sa maison, y compris la

C'est l'ambassadeur Si(;ismondo Gavalli (|ui a si bien caractérisé Ibimieiir [){)litique de Catberine de Médicis par une expression habile (\m à elle seule est tout un jujjement : « Tiitle le sue ozioni di niomento sono stntc sempre guidate e rcgolate da ini afjetlo potentissimo che sino in vita del niarito si conobhe essere in sua niaeslà , e questo

è un affetto di sigunregginre Toutes ses actions ont

toujours été basées sur l'invincible passion que, du vivant même de son mari, on a reconnu être en elle : la passion de dominer, de commander. »

« Dans les affaires, ajou(e-t-il, elle est infatigable; elle montre de beaucoup savoir. Sa manière y est fort belle; par les gestes, jiar les jiaroles, elle tend à satisfaire chacun. Mais il importe à celui qui doit traiter avec elle d affaires importantes de procéder avec une extrême circonspection, car elle sait donner le change à son langage; et le gouvei'ner avec ime variété singulière : elle donnera, si elle le veut, une réponse qui, tout eu paraissant déterminée et défuiitive, ne sera pas moins sans conclusion. Dans l'administration, on voudrait voir en Sa Majesté plus d'ardeur et de promptitude : dans les résolutions surtout, si la matière exige de la diligence; en toutes choses, d'ailleui's, il semble qu'elle ne procède qu'avec crainte. Trompée souvent par beaucoup, elle ne se fie maintenant qu'à peu : mais, avec ceux en qui elle a confiance, elle s'épanche volon-

désifjnation de tout le personnel , l'inventaire des meubles de ses hôtels, etc. Durant son lono[ veuvajje, ce fut elle, en effet, (|ui, par la tjualité de son entourajje, par les soins d'apparat qu'elle recherchait, donnait à la cour ce prestijje que, maljjré tant de traverses, tant de chocs, tant d'atteintes, elle a toujours gardé. Brantôme est fort curieux à lire sur cet article; tout ce qu'il raconte justifie singulièrement l'authenticité des avis donnés par Catherine de Médicis à son fils le roi Charles. « La chambre de la Reine estoit tout le plaisir de la cour, « dit-il. La Reine y donnait souvent des concerts, des comédies; sa chapelle aussi était excellente. C'est au comte Léon de Laborde qu'il appartiendrait de traiter ce piquant et attrayant sujet : la Chambre de la liciiie mère. On y voyait les plus grandes daines et les plus charmantes filles d'honneur : pour le service de sa politique, c'était un moyen. La liste des dames et des demoiselles, bien qu incomplète dans Brantôme, est cependant bonne à consulter.

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