HENRI III
pamphlet si réussi. Henri n'a rien du Français; par l'humeur il est à la fois asiatique et itahen. Bien guidé et dirigé, il eût pu avoir de la finesse et faire preuve d'intelligence dans le Conseil, mais sa mère le perdit par trop de caresses et de marques de prédilection : il ne fiit qu'un dameret, et fit plus à lui seul pour l'ahaissement de la royauté dans l'esprit du peuple, par les actions houffonnes qu'il commit de l'air le plus sérieux, que tous les combats dont cette royauté avait ressenti le choc dans les guerres civiles. Les Vénitiens l'ont d'autant mieux connu, qu'à son retour de Pologne ils lui ont fait chez eux, à Venise, une réception dont le faste et la pompe avaient eu peu de précédents : l'hospitalité qu'il reçut de la République Sérénissime est un des beaux épisodes de la vie vénitienne au seizième siècle. Le Roi, du reste, a toujours su gré aux Vénitiens de ces fêtes inouïes qui ressemblaient à autant de triomphes, et dans ses audiences avec les ambassadeurs il s'est montré sans cesse d'une courtoisie et d'une affabilité peu communes, leur rappelant sans cesse le séjour merveilleux qu'il avait fait chez eux. Il faut d'abord le voir Monsieur, c'est-à-dire Duc d'Anjou, Roi de Pologne ensuite, Roi de France enfin. Henri III fut lieutenant du royaume et deux fois roi, mais j^our avoir été à de telles hauteurs et dignités, il n'a pas été davantage un homme politique. Un moment seulement il a eu non pas des qualités mais des instincts d'Etat : ainsi , Duc d'Anjou et lieutenant du royaume , il manifestait du raisonnement, il n'était même j)as sanr éloquence ; sa verte jeunesse eut quelque ardeur belliqueuse, mais elle lui passa comme un éclair. En somme, et quant aux résultats, rien de grand, rien d'élevé, rien de vaillant ne peut lui être rapporté; sa figure, son humeur, ses instincts, ses goûts, ses superstitions, ses
moyens, tout en lui est ori{;inal et ])izane; j)ar ces côtés, il mérite sinon d'être étudie;, du moins d'être regardé. A ces titres, il a peut-être la pliysionomie sinon la plus intéressante, du moins la plus curieuse de toute la jjalerie des j)rinces , tant Valois que Bourbons , qui ont occupé le trône de France. Sept ou huit ambassadeurs ont parlé de lui dans leurs relations, y compris l'ambassadeur expressément envoyé à sa Cour de Polo.';ne : mais tous à peu près disent la même chose de lui. Il ne j)rête pas à l'honneur du style; le détail de ses bouffonneries, de ses vêtements, de ses chapelets, de ses têtes de mort, de ses pommades, de ses fards et de ses pendants d'oreilles, le récit de ses chagrins pour la mort d'un mi{]non ; le prix qu'il attache à la découverte de petits chiens de race particulière, permettront peut-être de trouver matière à lui consacrer un journal fort plaisant, comme est celui de l'Estoile, mais jamais un livre. A la Cour de Catherine de Médicis, il est ce que fut plus tard Philippe d'Orléans, Monsieur, à la Cour de Louis XIV.
Tout jeune, et Duc d'Anjou, à dix-sept ans, il promettait quelque vaillance; de Moncontour et de Jarnac, il ne revint pas sans honneur. Je crois du reste que la flatterie de la Reine et des courtisans ont surfait son rôle. Néanmoins, à la Cour, pendant et après les seconds troubles, il faisait figure de capitaine et mettait haut près des dames les fumées glorieuses qu'il avait aspirées. Lors du mariage du Roi son frère en 1571 , excité par sa mère, il se sentit pris d'ambition, mais il ne voulait pas rester Monsieur, frère du Roi, C'est à peu près le meilleur moment de sa vie.
« Il aspire, dit Alvisc Gontarini, à de {jcamles di(jnités, parce qu'il voit bien que restant en France, et le Roi ayant des enfants, comme c'est à croire, un moment viendra pour lui où