‹ La diplomatie VénitienneChapitre 207 sur 246 · HENRI, DL'C D'ANJOU · texte numérisé non relu

HENRI, DL'C D'ANJOU

il ne sera rien de plus que M. de Montpensier et les autres Princes du sanj;. Coniuie je l'ai écrit à Votre Sérénité, lorsqu'il apprit la nouvelle de la victoire de Lépante, il se plaijjnit à ses confidents de l'occasion qu'on lui avait enlevée de se faire gloire. »

Au fond il n'était qu'homme et satellite de coiu'. En 1 569, Giovanni Correr le caractérise par ces mots : « Sta volentieri fra le dame, il se tient volontiers parmi les dames. " L'expression est charmante, et celle qui vient ensuite est plus piquante, « si diletta questo di una caccia domestica. » Il se délecte à la chasse intime, à la chasse de palais, comme on dirait à la musique de chambre. Il y a loin de la nature de ce dameret à celle du Roi son frère, ce chasseur emporté qui s'égare dans les forêts épaisses et sonne de la trompe, pour l'appel des limiers, jusqu'à jeter le désordre dans tousses organes. « Henri est d'un bel et agréable aspect; il s'habille avec une recherche exquise, il a les manières douces et aimables. » Gela en 1571. La Reine l'adorait; d'Anjou était son âme : lui seul connut bien la Reine mère, elle lui confiait tout. En 1572, un ambassadeur, grand familier de la Cour, Giovanni Michieli, remarque au sujet du second fils de Catherine combien il a perdu cette haute réputation de chevalier des batailles qu'il avait acquise pendant les seconds troubles, surtout à la suite du siège de Poitiers. Il avait même perdu ce crédit dont il avait joui un moment, crédit assez avéré pour que, voulant obtenir quelque (;ràce du Roi, on s'adressât à d'Anjou, à qui le Roi ne savait rien refuser :

i( Maintenant, tous ses instincts de bravoure et ses graves desseins dont on parlait ont entièrement disparu; il s'abandonne à une telle oisiveté, les voluptés dominent tellement sa vie, il s'éloigne tant de tous exercices, que chacun s'en étonne. Il se tient la plu|)art du temps chez les dames, tout plein d'odeurs, se couvrant de parfuuis, s'accouniiodant et se frisant les cheveux, se mettant aux oreilles des pendants et des anneaux

de plusieurs sortes. On n'a pas idée de la dépense qu'il fait pour la beauté et l'éléffance de ses cbeniises, de ses habits; il charme les dames en mille façons, mais snitout en leur donnant des jovaux qui lui coûtent des sommes énormes, de manière qu'il obtient d'elles ce qu'il veut. Il est l'œil droit et l'âme de la Reine mère, elle ne le quitte jamais; dans ses voyages, dans ses allées et venues, elle l'a toujours avec elle et manye souvent avec lui. Sur lui maintenant reposent tous les desseins de la Reine; elle lui voudrait voir une couronne étran^jère, et afin — en cela elle a quelque raison — d'empêcher que, demeurant en France, la division ou la rivalité ne s'établisse enti-e les deux frères; on en a déjà vu quelques marques à propos de certaines paroles. Ce fut pour lui qu'on entama la négociation du mariage dAiujlelerre ; les choses étaient si avancées, que si tout d'un coup il n'avait témoigné des regrets, ce mariage se serait accompli. On s'occupe maintenant de son élection au trône de Pologne; il est l'un des compétiteurs à cette couronne, et dans ce but, à grands frais, la Reine a envoyé en Pologne l'évêque de Valence comme son ambassadeur chaigé de cette grave affaire. »

Cette élection réussit, comme on le sait : à ce |)rf)})os, et par les résultiits, on peut dire que le Roi éiu et le royaume électeur se sont réciproquement trompés. Il faut se représenter l'étonnement des Polonais de ce temj)S lorsqu'ils virent arriver, pour les gouverner, ce petit princefemme, portant des colliers d'ambre! Du reste, ils ne le virent pas longtemps, et trois mois après, lorsque Henii reçut les nouvelles de France qui hii apprenaient la mort du Roi son frère, il fit le jeu à son royaume de Pologne de s'en échapper, pour accourir à son rovaume de France, qu'il préférait à tous, malgré les « traverses des guerres civiles » et les désordres qui étaient imminents. Vu am- Ijassadeur, Morosini, et un auti^e, Lippomano, le virent la même année : l'un à Paris, où il était allé le complimenter, l'autre à Gracovie, où il s'était rendu sur l'ordre de la

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